Alain Wong: « J’ai appris sur le terrain »

Le ministre de l’Intégration sociale, Alain Wong, a rendu visite jeudi dernier aux jeunes fréquentant la Maison Familiale Rurale du Nord, située à Calebasses, où ils apprennent divers métiers qui les aideront à trouver des emplois dans les entreprises du pays. Cette visite cadre avec le projet de réduction de la pauvreté, visant aussi à combattre l’illettrisme et le chômage à travers la formation. Financé à hauteur de Rs 1,2 M par la National CSR Foundation, ce projet concerne une cinquantaine de jeunes âgés de 14 à 18 ans et venant de différentes régions de la capitale et du nord du pays.

S’adressant aux responsables de cette institution ainsi qu’aux jeunes présents à cette occasion, le ministre Alain Wong a estimé que « ce que vous faites à la Maison Familiale Rurale du Nord épouse complètement la conviction que j’ai pour l’éradication de la pauvreté ». Et de poursuivre : « Nous sommes convaincus que cette culture de la pauvreté devient intergénérationnelle. Je crois que ce que vous êtes en train de faire, de prendre des enfants, à qui vous offrez cette chance de refaire leur vie, est formidable. La persévérance paie. Vous, ici, avez formé 1 500 enfants qui, probablement, auraient pris un autre chemin », a-t-il déclaré, avant de souhaiter avoir le budget nécessaire pour construire une “boarding house” pour ces enfants, qui figurent dans le registre social de Maurice.

Alain Wong a poursuivi : « Des enfants turbulents, ça existe. Moi aussi, lorsque j’étais petit, j’étais turbulent. On m’appelait le “petit démon”, le “petit diable”. À un moment, mes parents pensaient même me mettre dans un orphelinat tellement j’étais turbulent. La région de Roche-Bois, les montagnes, les rivières… Tout cela n’avait pas de secret pour moi. J’ai appris sur le terrain, où j’ai eu beaucoup d’expérience. » Le ministre fait ressortir : « Les enfants ne réussissent pas tous dans leur éducation. Et l’éducation n’est pas qu’académique. Pa zis konn ekrir ek lire. (…) Nous devons prendre conscience que nous avons tous des talents et nous devons essayer de les mettre en valeur. D’ailleurs, les gens les plus riches dans le monde sont ceux qui n’ont pas terminé leur éducation. Mais ils ont des talents. Ils ont appris autrement. »

Selon lui, « ce n’est pas parce que vous êtes plombier que vous avez moins de mérite qu’un médecin ou un avocat », dit-il, ajoutant : « Si nous n’avons pas de plombier pour résoudre nos problèmes à la maison, que vaut l’ingénieur ? Nous avons tous notre rôle dans la société. Ce n’est pas de notre faute si nous sommes nés pauvres. Mais si nous mourons pauvres, c’est notre faute ! »

Poursuivant, Alain Wong a conseillé aux jeunes de « ne pas avoir peur d’innover ». Il continue : « Le plus grand mal de Maurice, c’est qu’on cherche tous des emplois dans la fonction publique en pensant assurer notre avenir. Je reçois toutes les semaines des gens qui cherchent de l’emploi au gouvernement. Ce n’est pas ça. Vous, les jeunes, vous devez innover. N’ayez pas peur d’innover ! »

Le ministre a par ailleurs estimé qu’il y a « toujours des défis à relever », reprenant : « Lorsque vous avez réussi, vous devez tendre la main aux autres. Mais dans la vie, je le répète toujours, il faut de la discipline et le sens du sacrifice. »

La Maison Familiale Rurale du Nord, qui accueille des jeunes en difficultés sociales, familiales et éducatives, a célébré cette année ses 25 années d’existence. « Des jeunes issus de milieux défavorisés sont formés dans cet établissement pour contribuer au développement du pays », estime Raj Jatoo, directeur de la Maison Familiale Rurale du Nord.

À ce jour, plus de 1 500 jeunes ont bénéficié d’une formation professionnelle dans des domaines tels que l’hôtellerie, la cuisine, la pâtisserie, le service et l’accueil, la mécanique automobile, l’agriculture et d’autres travaux manuels « qui peuvent les aider à gagner leur vie ».

Selon Raj Jatoo, la Maison Familiale Rurale du Nord propose une formation socioprofessionnelle alternative aux jeunes ayant échoué dans leur vie scolaire et/ou familiale. « Nous leur proposons une formation particulière, qui existe en France depuis plus de 80 ans, soit une pédagogie par alternance. C’est-à-dire que ces jeunes passent une semaine au centre puis une semaine dans une entreprise. Ils font ainsi le va-et-vient pendant une ou deux années. Et souvent, ils sont embauchés par la même entreprise qui leur a offert un stage », indique-t-il.

Plusieurs jeunes, dont Anne-Sophie et Manisha, ont témoigné de leur passage à la Maison Familiale Rurale du Nord.