Écrivain, journaliste et correspondant de guerre, Hemingway demeure l’écrivain le plus lu dans la première moitié du 20e siècle. Auteur emblématique de Lost Generation, il prête un talent narratif unique à ses thèmes de prédilection pour s’imposer  parmi les plus grands romanciers de son époque.
Né en 21 juillet 1899 dans l’Illinois aux Etats-Unis, Hemingway est le fils de deux bourgeois au mode de vie pieu. Afin de rompre avec cette rigueur familiale, le jeune Ernest s’évade pour pratiquer des activités de plein air comme la chasse et la pêche. Ces moments de liberté constitueront la base de son premier roman, Le Soleil se lève aussi, qui atteint immédiatement le rang de best-seller. Après avoir quitté le lycée et travaillé pendant quelques mois en tant que journaliste, ayant d’ores et déjà l’ambition de devenir écrivain, Hemingway s’engage sur le front italien de la Première Guerre Mondiale en tant qu’ambulancier pour la Croix Rouge.
Cette première expérience de combat et plus particulièrement la proximité avec la mort qu’il connaîtra suite à une explosion manquant de le tuer, constitueront le vivier principal de son inspiration littéraire, que l’on retrouve notamment dans L’Adieu aux armes. Grièvement blessé par cette détonation qui lui valut une vingtaine d’éclats d’obus dans les jambes, il passera trois mois à l’hôpital avant de rejoindre l’armée italienne. Bien qu’assez vite rétabli sur le plan physique, il restera fortement touché nerveusement et sombrera dans un alcoolisme qui ne le quittera plus.
Lost generation.
Passé quelques temps au front, Hemingway épouse Hadley Richardson en 1922, la première de ses quatre épouses. Le couple s’installe alors à Paris et le jeune écrivain travaille comme correspondant étranger. Cet environnement lui fait découvrir les écrivains modernistes de la communauté expatriée, connus alors sous le nom de Lost generation, courant dont il deviendra l’un des piliers. Ce groupe d’écrivains, porté par Gertrude Stein, poétesse et dramaturge américaine et Ezra Pound, dénonce l’absurdité du monde et les horreurs de la guerre.
La dénomination de ce courant littéraire et sociologique est d’ailleurs tirée de l’un des ouvrages emblématiques d’Hemingway, Paris est une fête. S’imposant une discipline rigoureuse, Hemingway ne se mêle que très peu aux expatriés américains et finit par se lier d’une inébranlable amitié avec Gertrude Stein, qui le guidera personnellement vers la maturité littéraire. Désireux d’atteindre un style épuré et laconique, il concentre alors principalement ses écrits sur ses expériences avec la vie et la mort, en prenant soin de n’évoquer les émotions qu’une fois l’émoi passé.
WW2.
Dépendant du risque qui constitue pour lui un exutoire à sa douleur existentielle, il s’engage à nouveau pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’exorcisme de la douleur par l’activité physique est en effet une thématique que l’on retrouve souvent chez Hemingway : ses personnages pêchent, chassent, font la guerre et recherchent de manière obsessionnelle l’affrontement avec le risque. Ces combats sont au coeur de ses plus grandes oeuvres, comme Pour qui sonne le glas, évoquant la Guerre Civile espagnole durant laquelle l’écrivain s’efforça de défendre la cause des Républicains. La parution de ce roman en 1940 constitue l’entrée d’Hemingway au sein de la caste des écrivains engagés. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il fait la connaissance d’André Malraux. Présent au débarquement de Normandie ainsi qu’à la libération de Paris, Hemingway a vécu son lot d’expériences fortes, qui contribuèrent à rendre sa fin de vie difficile.
Peu après la parution de son roman Le vieil Homme et la mer en 1952 qui lui valut le prix Pulitzer un an plus tard, Hemingway participe à un safari en Afrique qui manqua encore une fois de lui coûter la vie et rajouta à ses douleurs psychologiques un mal physique chronique. Ce dernier roman est souvent considéré comme son chant du cygne puisqu’il définit l’essentiel de la philosophie de l’écrivain. Salué comme un chef d’oeuvre, ce titre contribua à son obtention du prix Nobel de littérature en 1954.
Cuba Libre !
Expatrié à Cuba pendant quelques années, Hemingway décide de rompre avec l’individualisme extrême dans lequel il reposait depuis plusieurs années, déclarant “Un homme seul est foutu d’avance.” Il se suicide pendant l’été 1961 d’un coup de fusil dans la tête, ne supportant plus sa déchéance physique ni son impuissance à écrire. Bien que dépressif, Hemingway souffrait également d’une maladie génétique à l’origine de forts troubles mentaux qui causa de nombreux suicides dans sa famille, notamment son père, sa soeur, son frère ainsi que sa petite-fille.
Mégalomane mélancolique mais peut-être avant tout romantique, Hemingway incarne l’esprit de toute une génération et l’ensemble de son oeuvre constitue une longue autobiographie romancée avec un style unique. Face à son désordre intérieur, l’écrivain fervent défenseur du minimalisme narratif a cherché à faire face à son désordre intérieur en créant des fictions qui en étaient la métaphore. Auteur à succès, plusieurs de ses oeuvres furent érigées au rang de grands classiques de la littérature américaine et font aujourd’hui encore partie des immanquables qui savent toucher le lecteur.