Laurence Beaumarchais ouvre le festival de jazz Ernest Wiehe ce soir à l’hôtel Tamarin à 20 h 30 en première partie du concert que donnera par la suite le saxophoniste et compositeur François Jeanneau, le parrain du festival depuis les débuts, mais qui vient pour la première fois avec son quartet au grand complet. Enfant de l’île soeur, Laurence Beaumarchais a déjà fait résonner sa belle voix ample au Cocoloko à Grand-Baie vendredi dernier. Cette femme qui trouve que jazz et maloya vont bien ensemble et qui ne conçoit pas un concert sans un moment d’impro quand l’âme s’exprime, nous la connaissons aussi à Maurice en tant que comédienne et conteuse, notamment grâce à la troupe Babasifon.
Laurence Beaumarchais a pu dernièrement lors de Total Jazz dans l’île soeur, reprendre Oh my love de John Lennon. Le pianiste franco-américain Jacky Terrasson l’avait autorisée à reprendre et s’approprier ce morceau, qu’il a présenté sur son dernier disque, pour la chanteuse franco-haïtienne Cécile Mc Lorin Salvant. Comme quoi les défis ne font pas peur à cette femme à la crinière de feu qui s’en est emparé pour lui offrir une autre coloration, avec aussi une adaptation de Danyel Waro.
Ce soir, elle nous revient avec quelques morceaux façonnés dans la langue qui résonne au fin fond de son coeur, de ceux qui feront peut-être partie d’enregistrements qu’elle envisage pour les mois à venir. Elle interprétera aussi surtout plusieurs grands standards qui lui sont chers, à sa façon, d’une voix qui sait être à la fois éclatante et douce. Elle joue ce soir avec son pianiste et trois musiciens mauriciens, Neshen Teeroovengadum, Steven Bernon et Christophe Bertin.
Après à ses débuts une formation aux États-Unis et quelques tournées, la chanteuse a éprouvé la nécessité d’aller puiser plus profondément dans les ressources qui la constituent et la nourrissent. « Quand aux États-Unis, on me demandait de me présenter, je disais que je venais de La Réunion mais que j’étais française. J’ai réalisé qu’il y avait une sorte de contradiction dans cette affirmation, une équation à résoudre… » Le théâtre lui a apporté cet enrichissement et des réponses, particulièrement dans le creuset de la culture et de la langue réunionnaises qu’elle revendique comme partie intégrante d’elle-même.
« Après ma formation aux États-Unis, j’ai eu un souci avec le « qui suis-je ? » Le jazz c’était surtout l’amusement, la fête pour moi, mais j’avais besoin d’aller plus profondément dans les choses et en moi… J’étais un peu dans le vide et le théâtre m’a fait un bien fou pour ça. » S’il a été possible de voir Laurence Beaumarchais sur les planches dans des créations de la troupe Talipot ou encore dans L’incroyable vérité du monde d’Ahmed Madani, elle cheminera plus longuement et très fidèlement jusqu’à aujourd’hui, avec Léonne Louis, l’extravagante conteuse et fondatrice de Babasifon…
La quête d’authenticité se traduit aussi chez elle dans sa façon de travailler avec ses musiciens, lorsque par exemple elle laisse chacun libre d’improviser à l’instrument à certains moments de ses concerts. « J’aime qu’il y ait une part de son sans mot… C’est du ressenti mais il n’y a pas de mots pour le dire, juste des notes et un feeling. Et je reste toujours ouverte aux suggestions des musiciens. Ceux qui pratiquent le chant grégorien disent que ces moments où on laisse la voix psalmodier, c’est l’âme qui parle… »