Ernest Wiehe, artiste multidimensionnel, a joué dans de nombreuses formations et accompagné de nombreux artistes locaux. D’où les hommages de ces derniers depuis sa mort. Aujourd’hui, c’est Cyril Ramdoo, chanteur populaire et qui a exploité un pan du patrimoine musical local qui rend hommage à Ernest avec la sortie d’un CD Un pain ti godon qu’il avait enregistré sur cassette vingt ans plus tôt. A l’époque, sa rencontre avec Ernest avait apporté une touche jazzy au séga. Avec Un pain ti godon, c’est à un « relookage » de chansons audacieuses, toniques, joyeuses que l’on assiste. L’album composé avec le saxophoniste et arrangeur Ernest Wiehe montre à quel point Ernest faisait fi de tout étiquetage et que la mayonnaise pouvait prendre admirablement quand le jazz rejoint les mélodies populaires. Le disque Un pain ti godon comprend dix titres dont la fameux Pot Pourri de chansons de Serge Lebrasse, Ti frère, Jacques Cantin. Cyril Ramdoo avait rejoint un autre maître pour colorer sa matière sonore. On reconnaît d’emblée les notes musicales d’Ernest Wiehe mais loin de toute performance et de joute instrumentale, ce disque est un point de rencontre de l’intelligence et la sensibilité. Cyril Ramdoo, auteur de ségas tels Fraudere Mariaz connaît la recette pour faire un album à succès. Il aime les ambiances particulières (L’hotel dithe), les chansons grivoises (Tifi gro madam). Ses textes ne sont jamais coupés de la réalité quotidienne. Cyril Ramdoo est un interprète vigoureux qui pour rester au plus proche de l’esthétique séga-jazz ne contient pas sa fougue et colle au plus près du jeu des musiciens. Des textes très accessibles et des rythmes entraînants expliquent ce moment où tout le monde se met à danser quand les instruments tricotent furieusement et le chanteur se lance dans des « histoires vivantes ». Cyril Ramdoo et Ernest Wiehe ont su concilier les dynamiques vocales et instrumentales dans Un pain ti godon. Un disque qui a marqué un tournant dans la musique locale et qui fera date par sa potentialité expressive et qui est un témoignage captivant des compositions et des arrangements de l’époque.On écoutera attentivement Un pain ti godon mais aussi La foire pour comprendre ce qui constitue le sommet de cette rencontre entre Cyril Ramdoo et Ernest Wiehe.