C’est au célèbre Museum führ Kommunikation de Berlin, l’un des plus riches musées de philatélie au monde, que se tiendra durant le mois de septembre une exposition de timbres intitulée « The Blue Penny – The meeting of the queens in Berlin ». Les Post Office rouge et bleu de Maurice, habituellement présentés au Blue Penny Museum, qui figurent parmi les timbres les plus rares et les plus chers au monde, seront exposés là-bas. Il s’agit, ni plus ni moins, que de la plus ambitieuse exposition philatélique de tous les temps puisqu’elle permettra de réunir 18 des 27 Post Office connus à travers le monde.
Pourquoi une telle popularité ?
La philatélie est certainement l’une des activités humaines les plus populaires au monde. Il y a plus de philatélistes que de joueurs de football amateurs sur notre planète. Il n’existe pas de nation qui n’ait émis des timbres par le passé. Il s’agit même d’une des premières prérogatives régaliennes que tout Etat qui se respecte, vise symboliquement à s’arroger dès sa naissance. Dans un seul pays, la Chine populaire, il existe plus de 40 millions de collectionneurs amateurs de timbres-poste. Vous qui lisez cet article, n’avez-vous pas connu, au sein de votre propre famille, au moins un philatéliste ? Collectionner les timbres est l’activité la plus facile qui soit. Prélever les timbres du courrier, les sélectionner, les traiter, les classer, les présenter, les montrer, les échanger,… autant d’activités fondamentales de socialisation et qui, si l’on comprend que la philatélie fut, en général, l’objet d’une transmission trans-générationnelle, permit une foule d’apprentissages  induits, qui présentent un caractère universel et pédagogique. Le modeste album réalisé et pieusement conservé, constitua dans bien des cas, l’unique livre écrit et partagé, la fierté d’une vie et, bien souvent, d’une enfance retrouvée.  Collectionner des timbres est ainsi l’activité la plus populaire et la plus répandue qui soit concevable.
Internet, loin de diminuer l’attrait généralisé pour les timbres, a rendu à ceux-ci leur stricte valeur de collection et leur attrait esthétique, réduisant considérablement son usage, mais favorisant les contacts entre timbrophiles et transcendant les frontières.
Tout en insistant sur le côté viscéralement populaire de la philatélie, comment ne pas être également frappé par l’extrême rareté de certains timbres et le minuscule sérail des collectionneurs de raretés proprement inaccessibles. Tout en n’étant qu’amateur chevronné, qui ne connaît pas, ainsi, ces exceptions que sont le Bordeaux Cover ou les deux fameux Blue et Red Mauritius Post-Office ?
A l’autre extrême, au sommet de la pyramide, des légendes se construisent, des huis clos privés et réservés à l’élite des collectionneurs, des scenarii d’acquisitions rocambolesques ou miraculeux, des détails infimes patiemment détectés à la loupe, qui bâtissent une histoire infinie et romanesque de joyaux dans un univers pourtant à la base, si populaire. Un rêve se construit, un monde spécifique de collectionneur vivant sa passion intensément et avec dévotion. Entrouvrir le sérail en question, c’est basculer vers une passion où l’irrationalité a aussi sa place.
En 1846, l’ HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordinance_No._13 » \o « http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordinance_No._13 » Ordinance No. 13, régissant les tarifs postaux dans l’île Maurice fut promulguée. Le  HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/21_septembre » \o « http://fr.wikipedia.org/wiki/21_septembre
21 septembre » 21  HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Septembre » \o « http://fr.wikipedia.org/wiki/Septembre » septembre  HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/1847 » \o « http://fr.wikipedia.org/wiki/1847 » 1847, l’île émit deux timbres poste, gravés et imprimés à Port Louis par Joseph Osmond Barnard. Il y avait 500 timbres One Penny rouge vermillon et 500 Two Pence bleu. Seuls quinze exemplaires des premiers (dont deux non utilisés) et douze des seconds (incluant quatre non utilisés) ont survécu à l’épreuve du temps. Deux des timbres jamais utilisés, rentrés au bercail grâce à la vente de 1993 chez D. Feldman et à la constitution d’un consortium de 16 entreprises mauriciennes regroupées autour de la Mauritius Commercial Bank, sont fièrement exposés ensemble au Blue Penny Museum à Port Louis, Ile Maurice.
Les deux Mauritius Post-Office, bleu et rouge, sont une merveilleuse et fascinante légende. Les montants concernés par chacune des ventes, sont, à chaque fois, tellement gigantesques, que le profane se demandera toujours pourquoi et comment une telle valeur a pu être adjugée à une si petite vignette ? Il est vrai qu’en poids comme en surface, même le Koï Noor n’a qu’à bien se tenir…
Pourquoi une telle valeur ?
Evidemment, la première raison objective d’une telle valeur, qui nous vient aussitôt à l’esprit, réside dans la simple loi de l’offre et la demande : beaucoup d’acheteurs, peu d’élus. Le degré de fascination pour ces timbres est tel, qu’ils constituent en quelque sorte, l’aboutissement obligé du parcours d’un philatéliste argenté, l’apogée d’une collection émérite entreprise de longue date et parfois sur plusieurs générations, le point d’orgue des plus belles pièces et des plus exceptionnelles raretés.
Cependant, en admettant que la seule loi de l’Offre et de la Demande suffise à en expliquer l’immense valeur, resterait alors, à éclaircir la raison fondamentale de cette rareté elle-même…
Ce qui ferait la rareté d’un timbre, c’est paradoxalement, son caractère propre, son exceptionnalité, son unicité. Plus son caractère unique sera reconnu et démontré, plus il pourra prétendre à se rapprocher de la notion d’oeuvre d’Art et plus son aura sera immense. C’est en 1931 que le philosophe Walter Benjamin introduit le terme d’aura dans son essai Petite histoire de la photographie, suivi en 1936 de L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, cela pour caractériser à ses yeux, la spécificité de l’oeuvre d’Art qui est unique, liée à un endroit précis et qui s’inscrit dans l’Histoire. Pour lui, la reproductibilité technique a pour conséquence, la perte de l’aura. Il insiste sur le fait que la valeur de l’objet d’art plastique en Occident est étroitement liée au caractère unique de l’original, lui conférant une forme d’autorité. Benjamin parle d’«autorité de la chose», d’«aura», cette dernière étant désormais étroitement associée à l’artiste.
Le timbre poste, au premier abord, simple objet usuel, vignette de tarification payée en amont d’une prestation postale, reproduit par définition à un très grand nombre d’exemplaires, s’apparente à la photographie telle que la décrit W. Benjamin et s’inscrit en opposition à la notion même d’oeuvre d’Art, ne possédant en cela aucune aura. Sauf que, par le biais de l’Histoire et de la philatélie, la connaissance de l’auteur, Joseph Osmond Barnard, sa signature, le très faible tirage (500 exemplaires) et le nombre d’exemplaires existants, ont eu tôt fait, dans les cas des Blue et Red Vermilion Mauritius Post Office, de leur rétablir l’aura et l’autorité de la chose unique. D’ailleurs, pour les spécialistes, chaque exemplaire des Post Office, a été isolé et dans chaque cas, des spécificités liées à l’encrage, l’ordre du timbre dans les tirages, la vitesse du pressage manuel,… leur ont conféré un statut d’objet unique parfaitement répertorié. Au contraire, cette spécificité même, n’étant qu’affaire de spécialistes, n’a fait qu’en augmenter l’aura.
Dans ce cadre, une simple erreur sur un timbre ancien suffirait à lui procurer un caractère suffisamment exceptionnel, pour permettre de l’isoler de la masse dont il serait pourtant issu. S’il était concevable que ce timbre constituât lui-même et, à lui seul, une erreur, nul doute que sa rareté, décuplée soudainement, suffirait à en faire une authentique pièce de musée. C’est ainsi que les timbres non émis, ceux retirés de la vente pour diverses raisons anecdotiques, les variétés imprévues telle celle du fameux timbre américain Inverted Jenny de 1918, avec son aéroplane à l’envers, ou encore cette autre variété inattendue et unique, connue à un seul exemplaire, ayant donné lieu au célèbre Tre Skilling suédois de 1855, imprimé jaune au lieu de vert, figurent tous parmi les raretés les plus prisées des philatélistes avertis.
A ce titre, l’histoire des Post-Office est éclairante, car elle s’avère révélatrice de l’importance de la notion d’erreur en philatélie comme en Art. C’est parce qu’il est impossible de résoudre l’énigme du sourire de Mona Lisa, que la Joconde est sans doute tant adulée. C’est aussi parce que le nombre de Vermeer de Delft est très restreint, que l’oeuvre de ce dernier se revêt d’une aura supplémentaire.
Les deux timbres de Joseph Osmond Barnard, imprimés en 1847, sont signés par deux lettres autographes gravées à même le cou de la Reine Victoria, ce qui apparente immédiatement ces deux oeuvres à de l’Art au même titre que n’importe quelle gravure. Le caractère quasi unique de ces deux timbres, deux Post-Office red vermillon one penny non oblitérés et quatre bleu two pence non oblitérés à travers le monde, rend leur possession quasi impossible, car, aux simples collectionneurs passionnés et fortunés, peuvent légitimement s’ajouter les institutions financières ou les organismes de placement,  voire même les Etats. La demande devient ainsi exorbitante, alors que l’offre, à ce jour, a de fortes chances de demeurer identique, la probabilité de retrouver un nouveau timbre non oblitéré, bien qu’admirablement évoquée par Theresa Rebeck dans son oeuvre théâtrale Mauritius, est en fait quasi nulle.
D’où l’idée d’erreur, qui survint assez vite pour en justifier la rareté : le tirage d’origine fut de 500 exemplaires et ne fut jamais renouvelé par la suite, engendrant de ce fait un épais mystère, l’énigme insoluble de la justification d’une seconde version Post Paid, quand la première, Post Office, s’avérait si parfaite…
L’erreur sémantique
L’auteur de la construction de cette mystification fut Georges Brunel, qui, dans son ouvrage Les Timbres-Poste de l’Ile Maurice, émissions de 1847 à 1898, paru en 1928, s’employa à la construction de la justification de cette rareté par la notion d’erreur. Le passage principal de la narration de cette légende construite de toute pièce, est contenu au sein du chapitre II intitulé « histoire d’une erreur » : Il se met à l’oeuvre et enfin, pour un bijoutier, on ne peut trop rien dire de la gravure, c’était en somme acceptable. La tête a été soignée, il a inscrit en haut, en caractères gras, Postage, la valeur en bas de la vignette, Mauritius, sur le côté droit (gauche sur la plaque), il ne lui reste plus qu’un côté à graver et enfin, le travail sera achevé, mais soudain, le voilà frappé d’amnésie, c’est en vain qu’il cherche son croquis, qu’il fait appel à sa mémoire, impossible de se rappeler les mots fatidiques à graver ! Il prend un parti héroïque et, sachant bien qu’il se fera rabrouer énergiquement, il va néanmoins trouver le postmaster Brownrigg, pour lui demander de lui rafraîchir la mémoire. Il arrive bientôt devant le bureau de poste et, au moment d’entrer, il voit s’étaler devant ses yeux les mots : Post Office ! Il croit se souvenir que ce sont ces mots qu’il fallait graver ; tout heureux de l’aubaine, il se frotte les mains, fait demi-tour et, tout de go, se remet au travail et termine enfin la gravure des fameuses vignettes et commet ainsi l’erreur la plus colossale et la plus célèbre de toute la Philatélie. (…)
-Triple sot, ne put s’empêcher de dire le Haut commissaire du gouvernement de sa Majesté britannique, quand il lut sur les vignettes bureau de poste au lieu de port payé !
Que faire ? Que faire ? Assurément cela ne valait pas la peine de faire sauter l’île, il valait mieux faire sauter les habitants et c’est à ce dernier parti que se résolut le gouverneur, car, justement, il allait donner sa réception annuelle. Il employa la plus grande partie du tirage pour affranchir les cartes d’invitation.
Après 1928 et la parution de la thèse de Brunel, ils furent nombreux, côté anglais, à se satisfaire de la version et lui emboîtèrent aussitôt le pas : L.N. et M. Williams dans Famous Stamps, Londres , 1940. John W. Nicklin, dans Fabulous Stamps, paru à New-York en 1945, va jusqu’à affirmer qu’il existait des instructions initiales en faveur du «Post Paid», dont Barnard ne tint aucun compte. En 1947, Michael Harrison dans Post Office Mauritius-1847, Londres, etc.
Pour quelle raison, Georges Brunel, expert émérite, a-t-il décidé d’inventer, de romancer la réalité ? Tout simplement parce que, confronté à une énigme, et même si son raisonnement peut aujourd’hui nous paraître enfantin, il fut tout de même le premier à tenter d’en élucider le mystère. En effet, après un tirage aussi confidentiel et aussi limité dans le temps, quelle explication trouver à la nécessité d’un retirage dès 1848, d’une autre série de timbres, dont le seul changement visible réside dans le remplacement du fameux Post Office par le plus prosaïque Post Paid ?
Post Office, pour Brunel, ne pouvait se justifier que par une erreur intrinsèque. Le seul changement apparent étant Post Paid, largement repris par la suite, la seule explication plausible pour lui, la seule, du moins, à même de pouvoir expliquer la précédente version Post Office, était de considérer cette dernière comme une vulgaire erreur, ce qui offrait une explication générale et plausible à sa rareté.
Seulement voilà, Alfred S. de  Pitray et Peter Ibbotson, philatélistes eux aussi et passionnés par la légende des Post Office, ont pu prouver depuis sans peine, que « Post Office » était sémantiquement comme orthographiquement tout à fait correct. Quoi de plus logique pour une institution qui prend la responsabilité d’un envoi, que de signaler sa prise en charge par l’inscription Post Office, signifiant par là que l’objet, lettre ou colis, est bien passé par son sein. Le Dr. Adolphe et M.R. d’Unienville dans leur article du numéro de décembre1974 du London Philatelist remarquent judicieusement : «Il est très probable que Barnard  a utilisé « Post Office » parce que c’était et c’est toujours la dénomination légale du département du Gouvernement concerné. » Plusieurs faits indéniables attesteraient en effet de cette logique parfaitement justifiée : Avant l’usage des timbres poste, des tampons comprenant la mention Post Office furent déjà utilisés à Maurice.
Certains timbres américains comprennent également la mention Post Office, sans que personne n’ait trouvé à y redire, dont le tout premier, édité en 1847, parfaitement contemporain des timbres émis à Maurice et représentant Benjamin Franklin.
Du coup, la version romancée de Brunel ne se justifie guère. De plus, l’exemple du Black Penny anglais, qui devait servir de modèle à Barnard, ne comporte pas de mention sur les côtés…, ce qui laissait au graveur mauricien d’adoption, toute latitude pour écrire ce qu’il souhaitait sur les deux côtés verticaux de son timbre. 
La seconde raison donnée pour expliquer la rapidité du retirage de 1848, réside dans le fait que la première version de Barnard ne comprenait que deux gravures seulement, réalisées sur un même cuivre… D’où un tirage long et fastidieux.
C’est d’ailleurs la seule et unique raison valable qui appert à la lecture de la lettre de J. Stuart Brownrigg, Receveur des Postes, à G. F. Dick, Secrétaire Colonial de l’Ile Maurice, lettre retranscrite par J.B. Moëns dans son ouvrage (Les timbres de Maurice, 1878, Bruxelles). Le Receveur y évoque la grogne du public concernant le retard pris dans l’émission des timbres… mécontentement qui n’aurait pas eu lieu si «j’avais été autorisé à utiliser, en attendant, les plaques originales, la seule objection faite, comme je le comprends, était que, comme il n’y avait qu’une seule gravure de chaque vignette, trop de temps se serait écoulé pour l’impression d’un nombre relativement élevé».
Au cas où la raison du retrait eût résidé dans le fait d’une erreur, nul doute que Brownrigg n’aurait sans doute pas écrit «la seule objection…»
La seconde série de la seconde gravure Post Paid comprenait douze exemplaires à la fois sur le même cuivre, réduisant considérablement le temps de tirage… Voilà qui eut amplement suffi à justifier et expliquer la nécessité d’une nouvelle gravure et l’abandon de la plaque des deux Post Office
Oui, mais quid alors du changement concomitant de la mention Post Office en Post Paid ?
Nous voilà rendus au point de départ… Notons ici les remarques d’Alfred S. de Pitray (in Le Post Office de Maurice et sa légende, Curepipe, 1975), qui, tout en prouvant l’absence d’assise de la version de Brunel, n’en avoue pas moins demeurer sur sa faim :
«Comment, une fois encore, ne pas rester perplexe et se poser mille questions devant la mutation rapide et troublante, en l’espace de huit mois, de Post Office en Post Paid ? Pour quelle raison fut opéré ce changement ? Que ce soit pour la première version ou la seconde, il n’existe hélas aucune trace écrite des instructions du Receveur des Postes colonial, M. Brownrigg ou de celles plus hypothétiques du Gouverneur concernant les deux timbres. Ce manque de directives écrites ouvrait la voie à toutes les hypothèses, dont celle de Brunel
Des erreurs, tout le monde en fait… et en fait de bourde philatélique, la plus grave mystification ne serait-elle pas celle qui fait dire aux anglophones et francophones, «le Blue Penny», cela pour désigner un timbre, certes bleu, mais où figure justement en toutes lettres, la mention « Two Pence »… Le Red Penny, certes, mais alors dans ce cas,…le Two Pence Blue, ou alors mieux encore, le «Blaue Mauritius», comme disent les Allemands… cela manque peut-être de précision…, mais s’avère au moins exact.
L’erreur graphique
Reste donc à élucider le plus grand mystère de la philatélie, le seul à justifier et expliquer la rareté des Post Office, celui de leur substitution en une nouvelle version Post Paid après seulement huit mois de bons et loyaux services.
Récemment, dans un article paru au sein du célèbre Stamp Magazine, en février 2007, une nouvelle version est venue s’ajouter à celle, peu plausible, de Brunel. L’article, Better by design ? , signé Christian Le Comte, éditeur et designer graphiste, narre et étaye dans le détail, une hypothèse d’ordre purement esthétique :
The commission was simple : to design a stamp compliant with its British antecedent, but with the inclusion of the name of the colony. Although this was a simple brief, it posed a complex problem for the designer : how and where to include the word « Mauritius ».
La décision finale pour laquelle devait finalement opter Barnard, fut d’inscrire « Postage » en haut et la valeur du timbre en bas, à l’image du modèle du Black Penny. Il ne lui restait donc plus qu’à ajouter le nom de la colonie d’un côté du timbre, en cherchant un mot qui puisse équilibrer valablement « Mauritius » de l’autre côté.
Christian Le Comte de poursuivre: Including the words « Post Office » was therefore, not a legal or practical requirement, but a simple aesthetic decision. (…)
Little is known about the period between the request for more stamps and their production, but before starting to engrave the new plate Barnard would have discussed the details with Brownrigg and made suggestions to improve the stamps’ design and production.
Selon Christian Le Comte,  in terms of meaning, « Post Paid » does not seem to have any advantage over « Post Office », since the concept of pre-paid postage was no longer an innovation, and the word « Postage » already appeared on the stamp.
But a closer look at the stamps shows that in aesthetic terms, the « Post Paid » is an improvement, looking more comfortable and being easier to read.
The difference between the size of the lettering in « Postage » and « Post Office » in the first issue is significant, especially to a designer’s trained eye, and Barnard might have been keen to find a visually more pleasing counterpart to « Mauritius ». (…)
Post Paid provides an excellent balance to Mauritius, as both have nine characters including the necessary space between words.  (…)
The « Post Office » wording was, from the beginning, only supposed to fill a space on a stamp. In the style of lettering used by the designer, « Post Paid » provided a better visual balance for « Mauritius ».
Why not ? Le seul inconvénient de cette thèse serait donc, en éliminant l’idée d’une erreur, de semer le trouble en affirmant que la seconde version Post Paid, serait en quelque sorte plus équilibrée, plus aboutie, plus réfléchie et pour finir,… plus belle que la première version Post Office, ce qui ne manquerait pas de poser un problème moral : la première version ayant donc beaucoup plus de valeur parce que son auteur la trouvait moins belle que la seconde, qu’il lui substitua au plus vite… L’imperfection comme source de valeur, nous revoilà avec l’idée fondamentale d’une erreur, même si celle-ci serait d’ordre purement graphique.
Le fait est que personne à part Christian Le Comte n’avait risqué une critique esthétique de la version Post Office, n’y trouvant sans doute rien de choquant. Que Barnard, qui était du métier et un puriste, professionnel de la gravure, ait eu un jugement impitoyable sur sa première version au point de la condamner, pourquoi pas ? L’hypothèse paraît solide et expliquerait l’absence de directive, Barnard étant le seul responsable de la rectification. Néanmoins, la preuve manquera toujours…
L’erreur historique
Et si l’erreur et sa supposée correction étaient plus simplement d’ordre historique ? En effet, si nous prenons a contrario la phrase de Le Comte :   in terms of meaning, « Post Paid » does not seem to have any advantage over « Post Office » et que nous mettions de fait l’accent sur le seul changement véritable : une modification sémantique réelle, un apport d’information certain, alors une nouvelle piste nous serait offerte, qui permettrait d’inscrire les deux fameux timbres dans l’Histoire.
Le Penny Black est le premier timbre postal prépayé de l’histoire et fut émis par l’Angleterre le 6 mai 1840. Le succès fut considérable : alors qu’en 1839 les Anglais expédiaient 82 millions de lettres, deux ans plus tard 170 millions de lettres furent échangées. En 1845, Le Basel Dove premier timbre à être imprimé en 3 couleurs (noir, bleu et cramoisi) fut le premier et le seul timbre émis par le canton de Bâle en Suisse…
L’Ile Maurice, c’est connu, fut le cinquième pays à avoir émis ses propres timbres, en 1847. En 1848 seulement, La France décide à son tour d’entamer une grande réforme postale. Le fameux 20c Cérès noir ne sera disponible dans les bureaux de poste que le 1er janvier 1849, ce qui permet d’affirmer, sans l’ombre d’un doute, que la France émit son premier timbre après l’Ile Maurice.
Jusqu’à présent, l’histoire de la philatélie, étudiant les premières années de cette réforme mondiale essentielle que constitue l’invention du timbre poste, s’est légitimement attachée à en dépeindre les succès immédiats et bien réels. Il n’empêche que fort peu a été écrit sur les problèmes indéniables auxquels ce changement considérable dut être confronté et parmi d’autres, le fait important que l’application de cette véritable révolution dans les communications, somme toute philanthropique, ne fut pas pratiquée de manière concomitante et que des décalages considérables séparent certains pays de l’Angleterre dans l’impression de leurs premiers timbres.
L’Ile Maurice ayant imprimé ses deux timbres près de deux ans avant que la France n’imprime son non moins fameux Cérès 20c, il convient de s’interroger sur la façon qu’ont eu les différentes postes nationales de gérer leurs systèmes non seulement différents, mais désormais… antinomiques voire opposés.
Le système qui prévalait avant l’invention de Sir Rowland Hill était de faire systématiquement payer le destinataire et non l’expéditeur, cela s’avérait injuste quant au fond, mais de plus, inefficace dans le fonctionnement, l’anecdote veut en effet, que les failles furent vite trouvées, permettant … de ne rien payer du tout. On raconte qu’un jour, s’étant arrêté dans une auberge, Rowland Hill vit une jeune fille recevoir du facteur une lettre. La jeune fille examina attentivement la lettre… et la refusa. Le courrier, dans ce cas,  retournerait à son expéditeur au frais de la Poste britannique. Rowland Hill proposa à la jeune fille de payer le montant de la taxe, mais elle refusa et lui expliqua que la lettre était vide ! Le secret de la jeune fille ? Tout simplement quelques signes sur l’enveloppe, un code entre elle et son fiancé qui lui permettait immédiatement (et gratuitement) de savoir si son fiancé allait bien. Une enquête révéla que plusieurs malins connaissaient l’astuce et qu’elle finissait par coûter cher au gouvernement de sa gracieuse Majesté. Rowland Hill (1795-1879) proposa alors,  malgré l’hostilité du Premier Ministre Robert Pell, une réforme instaurant le paiement par l’expéditeur sous forme d’une vignette postale. Voilà donc pour l’Histoire…
Revenons sans plus tarder à notre Ile Maurice : il convient aussitôt de faire remarquer que la majorité du courrier quittant l’île avait encore pour principale destination … la France et non la métropole anglaise, ce qui s’explique historiquement, l’Ile Maurice n’ayant jamais constitué une colonie de peuplement. Les Anglais, après la conquête de l’île en 1810, décidèrent adroitement de composer avec les colons français déjà sur place, ne faisant qu’ajouter leur empreinte à celle existante et faisant par là l’économie de précieux colons destinés préférentiellement à l’Australie.
Si nous examinons aujourd’hui les vestiges des envois effectués par Maurice au moyen de ses premiers timbres, nous sommes bien obligés de constater la prééminence incontestable du courrier destiné à la France, dont le plus célèbre d’entre eux, le fameux Bordeaux Cover.
Si nous nous replaçons dans le contexte de ces relations trilatérales entre une colonie, sa métropole et le pays destinataire probable de la majeure partie des correspondances, il est facile d’imaginer qu’un cafouillage transactionnel était parfaitement possible à un quelconque moment de l’acheminement jusqu’au destinataire compris.
Il est notamment envisageable de concevoir que le courrier expédié de Maurice ait dû être réglé à nouveau à son arrivée par le destinataire, ce qui était encore la règle en France.
Il est non moins judicieux de concevoir qu’un système occasionnant deux paiements pour la même prestation a nécessairement dû poser problème, obligeant à une double prise en charge et à un paiement redoublé, créant une injustice flagrante.
Il nous semblera, dans le cadre de cette hypothèse, que le changement subtile entre Post Office et Post Paid s’avère plus que significatif, il s’expliquerait historiquement. Post Office offre l’appellation d’un simple constat, le courrier expédié est bien passé par la poste, l’inscription assure une responsabilité morale de la prise en charge, mais l’appellation n’offre aucunement la garantie que la prestation postale d’acheminement a bel et bien été payée en amont. Simple question de bon sens…
Il paraît dès lors évident que la nouvelle mention Post Paid, qui préexistait d’ailleurs déjà précédemment sur certains tampons postaux mauriciens, peut s’expliquer par la précision d’un énoncé beaucoup plus explicite, ce qui est déjà payé ne saurait l’être à nouveau, logique élémentaire. Nul doute que le risque de voir le courrier repayé par le destinataire,  avec une mention Post Paid s’évanouissait aussitôt.
Cette hypothèse expliquerait bien mieux le changement d’inscription que l’hypothèse de Brunel ou celle pourtant plus plausible de Le Comte. Nous aurions là une version inscrivant à tout jamais le timbre dans son contexte historique colonial, dans sa spécificité mauricienne, autant que dans l’histoire de la philatélie elle-même.
La définition de la philatélie, si l’on s’attache à l’étymologie du mot, du grec philos (ami) et ateleia (affranchissement), est donc l’art de s’intéresser aux affranchissements, aux timbres-poste, d’abord, ou à certains d’entre eux en particulier, et plus largement aux marques postales, enveloppes acheminées, cartes maximum, etc.
L’histoire magnifique de nos Post Office serait donc une histoire philatélique par excellence, un simple problème d’affranchissement, qui, une fois réglé, en fixa pour toujours la rareté et donc l’immense valeur. Nous proposons ici cette explication, elle vaut ce qu’elle vaut et ne vise modestement qu’à être débattue, elle a ses avantages, offrant une compréhension logique de l’immense rareté de nos joyaux mauriciens de la philatélie en les réinsérant dans leur contexte colonial.
N’oublions pas que l’utilisation même de l’émission de ces deux timbres est également historique puisque leur premier emploi émane directement du nouveau gouverneur de l’Ile Maurice, William Gomm, qui, voulant apaiser le courroux d’une population d’origine française, très remontée contre l’obligation qui venait de lui être faite d’utiliser l’anglais en cour de Justice et afin de retrouver la confiance des Mauriciens, organisa un bal costumé. C’est dans ce cadre que, pour l’envoi des invitations, on utilisa une partie de la toute première émission des fameux timbres Post Office mis en vente le 22 septembre 1847. Le bal eut bien lieu le 30 du même mois, scellant une entente qui ne tarderait plus à se vouloir cordiale.
Ajoutons que ces deux simples et minuscules vignettes, à bien y réfléchir, par le simple portrait profilé de la Reine Victoria, possèdent une pertinence historique qui fait d’eux un immense témoignage historique, certainement le plus grand concentré d’Histoire et de Culture qu’il soit possible de concevoir.