Le gouvernement a pris la décision d’instituer un comité interministériel présidé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval pour étudier les recommandations du rapport en quatre volumes et deux CD de la Commission Justice et Vérité présidée par le Dr Alexander Boraine. C’est ce qu’a décidé le conseil des ministres lors des délibérations d’hier sur recommandation du Premier ministre Navin Ramgoolam. Le comité comprendra pas moins de sept ministres et aura pour mandat d’établir un calendrier d’exécution des mesures et suggestions préconisées dans le document officiel.
Avec un tel mandat, le vice-Premier ministre et ministre des Finances tiendra en ligne de compte l’appel lancé par la Commission Justice et Vérité (CJV) selon lequel « our appeal to the president of the Republic and the Prime Minister is that they take our recommendations seriously and act expeditiously. One way forward would be the appointment of a representative task force to examine every recommendation and to formulate a specific plan of action linked with a concrete timeline ».
À ce stade, la principale difficulté qu’aura à surmonter le comité interministériel présidé par Xavier-Luc Duval est d’ordre logistique, soit obtenir un nombre suffisant de copies du rapport en quatre tomes et comprenant des centaines de pages. « Il ne faut pas s’attendre à voir le comité ministériel entamer ses premières délibérations sur la base d’un Executive Summary d’une quinzaine de pages. Il y a encore le fait de mettre sur pied un secrétariat pour assurer le suivi des délibérations », indique-t-on dans les milieux autorisés interrogés sur la convocation de la première séance de travail.
L’une des priorités susceptibles d’intéresser le comité interministériel concerne la question de National Apology proposée dans le rapport Boraine. Elle préconise que « that in the light of injustices suffered by descendants of slaves and indentured labourers, the Republic of Mauritius and other institutions make an official apology through the President of the Republic, the Prime Minister and private institutions connected with slavery and indenture, such as the Catholic Church, the Chamber of Commerce and the Mauritius Sugar Producers Association ».
Le comité devra ainsi trouver la formule idéale pour la présentation de ce pardon national aux séquelles de l’esclavage et de l’engagisme, de véritables crimes contre l’humanité, sans froisser les susceptibilités de l’establishment politique en place et nullement responsable de ces problèmes.
« We were a colony at that time. When slavery was there, we were a colony, when indentured labourers came, we were a colony. So, we need to see who should actually apologise because now, today, we are an independent nation, an independent Republic. But from 1968, then there were no slaves and no indentured labourers », a fait comprendre le Premier ministre Navin Ramgoolam en réponse à une interpellation supplémentaire du leader de l’opposition Paul Bérenger à l’Assemblée nationale mercredi.
Les autres principales recommandations de la CJV, qui a écarté la possibilité d’une compensation financière aux descendants d’esclaves et de travailleurs engagés, sont :
– la création d’un musée des esclaves pour honorer la mémoire des victimes de la traite négrière et pour reconnaître leur contribution au développement du pays,
– une commémoration spéciale le 23 août, soit le Jour du Souvenir de l’Abolition de la Traite des Esclaves décrété par l’Unesco comme le Jour du Souvenir et de la Réconciliation à Maurice,
– la proclamation de l’Equal Opportunities Act dans une démarche pour créer une société juste pour tous les citoyens mauriciens « irrespective of race, ethnic religion, culture and social background »,
– un audit des emplois dans les secteurs public et privé car il est un fait reconnu que « Creoles are the last to be employed and the first to be retrenched »,
– la mise sur pied d’institutions techniques de niveau pour remédier aux lacunes sur le plan académique,
– l’introduction du kreol dans le programme scolaire,
– l’abolition de tous les examens nationaux, y compris le Certificate of Primary Education, avant la Form V,
– l’adoption de lois anti-discriminatoires sous toutes les formes,
– l’institution en toute urgence d’un Land Monitoring and Research Unit pour encadrer les victimes de vol de terrain et de « dispossession » illégale,
– une refonte complète de la politique de logements sociaux pour éliminer les conditions dégradantes existantes, et
– une révision de la pension de vieillesse, notamment pour ceux âgés de plus de 70 ans.