L’escouade de limiers de la police, sous la supervision du patron du Central CID, enquêtant sur le scandale de faux documents bancaires pour l’octroi de Residence et Occupation Permits par le Board of Investment (BOI) à des ressortissants étrangers contre des pots-de-vin de Rs 100 000, auditionne depuis ce matin un important témoin. Un dénommé S.K, habitant Trou-aux-Biches, considéré comme étant un lien majeur entre les ressortissants étrangers et le système de racket au sein de cette institution, devrait être en mesure de permettre aux enquêteurs de confirmer le Modus Operandi des fraudeurs et d’évaluer l’étendue de cette fraude avec des risques potentiels d’importantes opérations de blanchiment de fonds.
Le conseil d’administration du BOI, qui s’est réuni en début de semaine, a de son côté pris la décision de lancer un exercice d’appels d’offres en vue de recruter de consultants privés pour entreprendre un exercice de forensic auditing des procédures adoptées pour l’octroi des différents permis sous la Business Facilitation Act et également pour mener un programme de damage control médiatique dans le sillage de ce scandale, qui ébranle le BOI depuis bientôt un mois.
Du côté du Central CID à la mi-journée, l’on se garde d’ébruiter la présence de celui qui est considéré comme un contact local, un des rabatteurs du système de fraude et d’escroquerie au BOI. Mais d’autres sources avancent que le dénommé S.K. est entendu à ce stade à titre de témoin et que les détails divulgués devraient permettre aux limiers du Central CID de baliser les nouveaux paramètres de cette enquête criminelle, qui dépasse les opérations du BOI pour toucher d’autres institutions et organismes liés aux investissements à Maurice.
Des premières informations glanées de sources bien informées indiquent que cet homme d’affaires de Trou-aux-Biches détient une parfaite maîtrise du système en opération. Il intéresse les enquêteurs de la police dans la mesure où il est engagé dans la ligne de business, soit la vente à des étrangers de time-sharing des bungalows et autres appartements de luxe dans le nord de l’île, que celle du tandem Toquard et Perissoud.
Des indications sont que S.K. pourrait être le contact local de ces deux ressortissants français au sein de la société Premium F.C. Investir à Maurice, qui a pignon sur rue à Trou-aux-Biches. Il aurait même assuré la gestion de l’établissement hôtelier placé sous la responsabilité de Philippe Toquard jusqu’à son départ en catastrophe de Maurice le 20 juin dernier.
Le Central CID croit savoir que les explications de S.K. pourraient leur permettre de démanteler l’aile externe au BOI du racket de faussaires pour les Residence et Occupation Permits. Toutefois, en début d’après-midi, très peu d’informations ont transpiré de l’audition de ce contact local dans les locaux du Central CID.
Consultations
Pour ce qui est du volet d’enquête avec l’arrestation du Manager/Administrative Office du BOI Avinash Roy, les enquêteurs font toujours face à des résistances de ce suspect pour concéder son rôle présumé dans ce réseau. Jusqu’ici, il n’a pas été confronté à des preuves compilées par la police contre lui. Au moins deux autres suspects opérant à l’intérieur du BOI sont dans le collimateur de la police. « Les mouvements des dossiers de demande de permis au sein du BOI présupposent que de tels actes frauduleux avec de fausses garanties bancaires ne peuvent être exécutés par une seule personne. Il doit y avoir au moins deux autres complices dans le système », indiquent des sources policières proches de l’enquête.
De son côté, Avinash Roy, qui a retenu les services d’un nouveau conseil légal, Me Poonum Sookun, après le départ de ceux qui l’étaient au moment de son arrestation, tente d’obtenir sa remise en liberté sous caution. Une Bail Motion a été déposée devant le tribunal de Port-Louis. Des consultations étaient en cours ce matin au sein de la police pour décider si elle doit objecter à la remise en liberté sous caution de ce suspect à ce stade de l’enquête.
A la mi-journée, Avinash Roy; qui était en détention policière depuis son retour de l’Inde, vendredi a retrouvé la liberté provisoire avec une caution de Rs 25 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000 suite à une décision du tribunal de Port-Louis.
Par ailleurs, le conseil d’administration du BOI, qui s’est réuni en début de semaine, a procédé à une évaluation de la situation avec l’éclatement du scandale de fausses garanties bancaires dans les dossiers du BOI soumis au Passport and Immigration Office. L’une des décisions entérinées est le lancement d’un Bidding Exercise pour le recrutement de consultants pour un examen approfondi des procédures en place en vue de déceler les failles et lacunes et de proposer des mesures correctives.
« Effectivement, cette décision a été prise car le mot d’ordre est d’y mettre de l’ordre une fois pour toutes. Il faut s’attendre à voir le Management venir de l’avant avec une communication officielle dans les meilleurs délais », a confirmé au Mauricien un des membres du conseil d’administration du BOI, visiblement embarrassé par cette affaire portant atteinte à l’intégrité de cette institution.
Une autre préoccupation majeure du BOI dans la conjoncture concerne un exercice de damage control médiatique avec l’intention de « faire disparaître l’affaire des fausses garanties bancaires du BOI à la Une des journaux ». Des agences engagées dans les relations publiques et de spin doctoring ont été approchées pour des propositions à cet effet dès la semaine dernière.