Après trois semaines d’enquête sur le scandale de faux documents pour soutenir des demandes de permis de résidence logées auprès du Board of Investment (BOI), le Central CID devrait revenir à la charge pour exiger le retour à Maurice des premiers suspects interpellés. Leurs témoignages sont considérés comme étant de nature cruciale en vue de démanteler le réseau opérant dans les hautes sphères du BOI, avec un premier paiement de Rs 100 000 réclamé aux ressortissants étrangers en attendant de leur proposer du business sous des prête-noms. L’audition d’hier d’A.S.K., un des contacts locaux des ressortissants étrangers en situation illégale à Maurice, n’a pas permis aux enquêteurs de la police de faire de breakthrough conséquent.
Du côté du QG du BOI, au N°1, Cathedral Square, la décision sur la firme de consultants chargée d’effectuer un Forensic Auditing des procédures devra tomber cet après-midi alors qu’au Central CID, les responsables de l’enquête étudient actuellement la possibilité de mettre sous séquestre tous les dossiers de demandes de permis déposés au BOI depuis le début de l’année en vue d’établir l’étendue du racket.
Les recoupements d’informations effectués de sources concordantes indiquent que suite à une correspondance émanant de Philippe Martial Toquard, le ressortissant français inculpé provisoirement de faux et usage de faux, faisant comprendre que suite « à des pressions trop fortes », il ne compte pas rentrer à Maurice pour collaborer avec l’enquête. Les limiers du Central CID ont demandé à Me Samad Goolamaully, dont les services ont été retenus par le suspect français, de convaincre celui-ci de changer sa décision de rester hors du territoire mauricien avec des inculpations provisoires logées contre lui.
Aux termes des engagements pris devant le magistrat siégeant au tribunal de Port-Louis pour le Variation Order de l’Objection to Departure contre lui le 18 juin dernier, Philippe Martial Toquard doit retourner à Maurice au plus tard le 11 juillet avec le risque de voir sa caution être saisie par les autorités et un mandat d’arrêt international logé contre lui. Des contacts établis entre la police et son conseil légal laissent indiquer que le prévenu n’est nullement réfractaire à l’idée de fournir toutes les preuves incriminantes sur le racket de Rs 100 000 au sein du BOI à certaines conditions.
Mais aucune des sources approchées par Le Mauricien n’a voulu s’aventurer sur la nature des garanties recherchées par Philippe Toquard contre son témoignage à charge. Dans des milieux officieux, l’on soutient que si ce ressortissant français décide de passer à table devant les limiers du Central CID avec de la documentary evidence à l’appui, l’enquête policière prendrait une tout autre tournure et devrait dépasser le simple contexte des Residence and Occupation Permits pour toucher à toute la question de faux Business Plans soumis par des étrangers pour des projets de développements immobiliers de haut standing.
Contre-vérifications
« Nous procédons par étape dans cette enquête complexe. Nous préférons attendre l’échéance du 11 juillet imposée par la Cour avant de prendre la décision qui s’impose en vue de poursuivre l’interrogatoire de ce suspect en particulier », indique-t-on de sources policières autorisées.
L’audition d’un des partenaires de Premium F.C. Investir à Maurice, société gérée par Philippe Toquard, n’aurait pas donné les résultats escomptés. Le dénommé A.S.K., dont les connexions politiques à haut niveau ne font aucun doute, entendu par le Central CID pendant la journée d’hier, a pu rentrer chez lui sans être inquiété outre mesure.
La police procède actuellement à des contre-vérifications des détails fournis par ce contact local des ressortissants étrangers opérant dans le nord de l’île. Il n’est pas à écarter que le quatrième partenaire de Premium F.C., un dénommé J.P.H., soit convoqué incessamment par la police pour des besoins d’auditions.
Après cette première étape, le Central CID compte approfondir la piste des fausses garanties bancaires en procédant à des interrogatoires au niveau des deux banques commerciales dont les documents se trouvent dans des dossiers compromettants au Passport and Immigration Office. Dans le cas des ressortissants français et indien interpellés par la police, les fausses garanties bancaires portant sur des millions de roupies émanent « purportedly » de ces banques.
Le Central CID compte établir les liens entre ces banques commerciales et le cerveau du racket de Residence and Occupation Permits au sein du BOI. Les directions générales des deux banques seront appelées à coopérer avec les enquêteurs de la police, qui comptent solliciter un Judge’s Order sous les dispositions de la Banking Act pour accéder aux documents relatifs.
À la mi-journée, le BOI a pris la décision de confier l’exercice de forensic auditing de ses procédures pour l’octroi de Residence and Occupation Permits à la firme d’experts conseils Ernst and Young suite à des procédures de bidding lancées en début de semaine. La principale difficulté qu’auront à surmonter les consultants d’Ernst and Young pourrait être sous la forme d’accès à des dossiers du BOI.
La direction générale du Central CID est actuellement en consultations avec les autorités compétentes en vue de placer sous scellés tous les dossiers de demandes logées par des étrangers depuis le début de cette année. Au cas où cette démarche est autorisée en faveur des enquêteurs, Ernst and Young se verra privée de fichiers majeurs d’une institution publique jusqu’ici « au-dessus de tout soupçon »…