Le Manager/Administrative Officer du Board of Investment, Avinash Roy, dans le collimateur du Central CID depuis l’éclatement du scandale de faux documents pour des Residence and Occupation Permits, a fait son come-back hier après-midi aux Casernes centrales. Il a été convoqué en présence de son conseil légal, Me Poonum Sookur, pour une nouvelle séance d’interrogatoire sur les procédures adoptées concernant l’octroi des permis de résidence à des ressortissants étrangers. Par ailleurs, l’enquête policière sur le cas du ressortissant français Philippe Toquard, 61 ans, le principal partenaire de Premium F.C. Investir à Maurice, confirme que le principal secteur économique d’intérêt reste l’immobilier à haute valeur ajoutée. Entre-temps, le contact mauricien de F.C. Premium, le dénommé A.S.K., qui a échappé à une inculpation provisoire à ce stade de l’enquête, aurait mis à la disposition de la police des informations cruciales sur le fonctionnement du réseau de faussaires avec des complicités à haut niveau au sein du BOI.
Avinash Roy, qui a retrouvé la liberté conditionnelle mercredi dernier, n’a pas fini d’intéresser les limiers du Central CID. Hier après-midi, il a été de nouveau longuement entendu par la police sur le respect des procédures pour l’octroi des Residence and Occupation Permits à des ressortissants étrangers, notamment français et indiens. L’audition d’hier après-midi était consacrée aux fausses garanties bancaires faisant partie des dossiers du couple Toquard et du ressortissant indien, Dhanjay Goondeeah, qui avait retenu les services de Me Alan Ganoo lors de son interrogatoire la semaine dernière.
Le Manager/Administrative Officer du BOI, le seul cadre de cet organisme inquiété par la police jusqu’ici dans cette affaire, a rejeté toute responsabilité quant à l’authenticité de ces documents bancaires. Le dossier pour toute demande de Permanent Residence Permit logée auprès du Passport and Immigration Office doit impérativement contenir une série de documents, dont une garantie bancaire de Rs 100 000 par demande et tirée au nom du gouvernement aussi bien que de la « Documentary Evidence » prouvant le transfert d’au moins 40 000 dollars américains ou leurs équivalents annuellement pour les trois années précédant la demande.
Que ce soit dans le cas du couple Toquard où les garanties bancaires devaient être le double ou dans celui de Dhanjay Goondeeah, tous les documents bancaires étaient des faux. Ce détail a été confirmé par les principaux concernés affirmant qu’ils n’ont jamais été clients de ces deux banques commerciales mauriciennes ou encore moins capables de détenir de telles sommes d’argent sous forme de dépôts bancaires.
À ce stade de l’enquête policière, le mystère de la provenance de ces fausses garanties bancaires n’a pas encore été élucidé. Le suspect Avinash Roy a rejeté toute connaissance et toute responsabilité dans cette affaire. Face aux questions pressantes des enquêteurs, le Manager/Administrative Officer a répondu en substance : « Les garanties bancaires fournies dans ces cas précis étaient sous forme de documents originaux. Je n’ai pas vérifié leur authenticité auprès des banques commerciales concernées. »
Cette réponse d’Avinash Roy au Central CID laisse la porte grande ouverte à l’effet que ces mêmes faux documents bancaires auraient pu être versés dans d’autres dossiers pour des demandes de Residence and Occupation Permits. L’exercice d’audit des dossiers du BOI que compte entreprendre le Central CID, indépendamment du Forensic Auditing confié à la firme Ernst & Young, pourrait être révélateur à plus d’un titre.
Ce scandale de fausses garanties bancaires avait été découvert par le Passport and Immigration Office parce que tous les documents bancaires dans le dossier des Toquard et soi-disant émanant de deux banques commerciales portaient les mêmes numéros de compte. Un simple exercice de vérification de ce détail au niveau du BOI, qui recrute les meilleures compétences disponibles pour attirer des investissements étrangers, aurait mis hors d’état de nuire ce racket à un droit de Rs 100 000 à un club très select de fraudeurs.
Le Central CID n’écarte pas une prochaine descente des lieux au QG du BOI afin de procéder à des constats de visu des différentes étapes pour les permis. D’autres membres du personnel du BOI faisant partie de la chaîne de vérification et d’autorisation, devraient être également entendus sur « cet oubli fatidique » de contrôler les garanties avec les banques concernées. De son côté, Avinash Roy a été prié de se mettre de nouveau à la disposition des enquêteurs de la police la semaine prochaine pour d’autres séances d’audition.
Par ailleurs, l’enquête policière confirme que le principal champ d’activités de Philippe Toquard et ses partenaires mauriciens et étrangers était l’immobilier à forte valeur ajoutée et extrêmement lucratif avec des prête-noms mauriciens en sus de la vente aux étrangers du Time Sharing dans des bungalows et autres appartements de standing. Le dénommé Toquard, qui est également professionnellement présent dans le domaine de l’immobilier en France et à La Réunion, n’est nullement ce sexagénaire à la retraite voulant se la couler douce à Maurice.
Le Website Premium F.C. comporte des éléments d’informations sur le parcours de Philippe Toquard et de son partenaire français, Jean-Paul Huchet. Ce site révèle que « ce service de Transaction et Formation dédié aux métiers de l’Immobilier a été créé par deux cadres d’une des trois plus grandes enseignes nationales de franchise. L’idée est née du constat par ses fondateurs que les points faibles de beaucoup d’agences immobilières sont le recrutement, le manque de formation du personnel, le manque de visibilité et la motivation permanente des équipes ».
Philippe Toquard est présenté comme étant « le directeur en simultané de quatre agences immobilières d’une des trois plus grandes franchises. Il a été récompensé en 2008 par les ministres Mme Boutin et M. Besson pour être la première agence numérique de France ». Il n’est nullement un néophyte dans le secteur de l’immobilier.
Les indications disponibles à la fin de la semaine accréditent la thèse que l’audition d’A.S.K., le contact local de Philippe Toquard, de Claude Perissoud et de Jean-Paul Huchet, aura permis aux limiers du Central CID d’avoir un meilleur Insight du rouage de ce racket de fraudeurs bénéficiant de la complicité du BOI. Les informations, portant sur l’identité des autres complices du réseau, arrachées lors de cette audition, devraient permettre à la police de remonter la filière.
Les enquêteurs se gardent de confirmer les premiers détails de cette audition pour ne pas entamer l’intégrité de l’enquête en cours. « Tout ce que l’on peut dire est qu’il a donné une longue déposition », s’accorde-t-on à affirmer aux Casernes centrales.