Vous rêvez d’ailleurs, mais n’aimez pas trop la ville; vous cherchez l’évasion, mais sans vous détourner du confort. Autant de critères difficiles à satisfaire tant ils semblent emprunts de paradoxes. Ce petit coin de paradis existe pourtant, et s’appelle Cabanyal. Là, quiétude et séjour trépidant se conjuguent avec un étrange sentiment “d’autre temps”.
De tous les itinéraires possibles, rares sont ceux qui amènent le voyageur entre les dédales de quartiers aux relents de pureté perdue. Des endroits suspendus comme autant de jardins, côtoyant les bâtisses, anciennes et nouvelles, respirant le pays où elles sont nées. Les touristes sont légion à Valence, car la carte postale que l’on leur aura vendue n’est jamais galvaudée, tant la ville sent bon l’Espagne, la vraie, celle dont se gargarisent encore quelques aînés dans de lointains villages. Mais il est un quartier de la ville où les sens sont encore davantage en éveil : Cabanyal.
Cabanyal n’est pas un quartier comme les autres. C’est un havre de paix, un endroit unique dans une Europe malmenée et une Espagne meurtrie par la crise. Une micro-cité colorée où l’on réapprend les images, les bruits, les sensations. Où le toucher se mélange à l’olfactif, et le regard se perd dans des horizons sans fin. Là, les souvenirs se construisent à chaque battement de coeur.
Tout commence à l’aéroport de Valence, où la propreté du hall et une musique classique diffuse mettent déjà en garde les voyageurs “excités”, ceux qui ne peuvent concevoir leur besoin d’exotisme sans un brouhaha mélangeant autant de langues inconnues, au gré des marchés et des haut-parleurs. Pour eux, Chopin et Mozart semblent leur dire : “Faites demi-tour ! Dépêchez-vous tant qu’il en est encore temps.” Car Valence n’est rien de tout ça, et encore moins Cabanyal.
L’aéroport laissé derrière soi, on a le choix : taxi ou métro. Le premier fera quelques premiers détours agréables, tandis que le second, lui, permettra de se laisser bercer par un calme inhabituel dans ce genre de transports, à peine percé par des annonces en valencien. “Proxima parada : Maritim-Serreria. Correspondencia amb la linia 6.” Les palmiers bordent l’itinéraire. Une fontaine a élu refuge entre deux d’entre eux, hommage paisible à Sorolla, un peintre espagnol né dans la ville.