Depuis plusieurs semaines maintenant, nous assistons tous, qu’importe le coin du monde où l’on se trouve, via les chaînes d’infos et/ou les réseaux sociaux, à un drôle de film, où, par exemple, toutes les artères des grandes villes légendaires du monde, de Paris, Londres, Rome… sont étrangement désertes. Comme vidées de leur âme et de leur chaleur. Une image saisissante, comme irréelle, et devant laquelle on cligne souvent des yeux et on se pince, même, pour vérifier si on ne rêverait pas.

Parce qu’en effet ces images ne sortent pas d’une énième superproduction à grands renforts d’effets spéciaux digne du pays de l’inénarrable Trump. Mais parce qu’elles sont belles et bien réelles, véridiques, authentiques. Cela se passe autour de nous, dans tous les pays de la planète. Aucun continent n’est épargné. La vue de ces milliers de morts, anonymes, enfermés dans des cercueils ou des sacs, disposés çà et là, le silence assourdissant qui règne un peu partout, chez nous comme ailleurs, les larmes impuissantes de ceux et celles des « frontliners » qui auront tout tenté pour repousser le moment fatal… tout cela nous fait réaliser que le monde s’est arrêté. Que quelque chose de grave est en train de se passer.

Ce ressenti est alors puissant, suffocant même. Un sentiment de la force d’une gifle magistrale. Administrée de telle manière à nous réveiller de notre torpeur. Secouer cette léthargie trop aisée dans laquelle des milliers (millions) d’entre nous, à travers le globe, nous nous sommes laissés enliser, à force de privilégier le facile à l’effort. Qui aurait pensé qu’un jour nous fêterions Pâques comme cela se fera cette semaine, séparé des autres ? Ici comme ailleurs, la joie immense qui caractérise cette fête aura été redéfinie. Qui sait si le mois sacré du Ramadan démarrera en période de confi nement ou pas ? Et combien sauront tirer profit de cette nouvelle configuration ? Le monde, la terre, la nature, le destin, Dieu… chacun l’appellera selon ses convictions, nous offre actuellement à tous, indistinctement, une nouvelle chance. Une opportunité de nous racheter, auprès de nous-mêmes pour commencer. Car charité bien ordonnée commence par soi-même, n’est-ce pas ?

Cette période de confinement est idéale à la remise en question. Un moment pour jauger nos attitudes et nos gestes, quotidiens et irréfléchis, et ce qu’ils engendrent comme répercussions. Que ce soit notre égoïsme, au sein de la cellule familiale ou parmi les collègues de travail, à nos actions imprudentes, au nom d’une politique quelconque, qui tue entre autres notre environnement, notre humanité, nous y avons tous une contribution. Au-delà de notre petite personne, cette pandémie de Covid-19, ses effets sur notre quotidien, cette isolation contrainte, ses incertitudes quant à notre futur, immédiat et plus lointain, nous ramènent justement vers l’essentiel, vers l’autre, et réclament le respect, l’écoute, le dialogue, l’amour.

Des valeurs, des principes et des attitudes qui, pour beaucoup (trop) d’entre nous, ont été noyés dans les courses (folles et insensées) vers la gloire, la réussite sociale, la reconnaissance et la puissance. Certainement, tout cela ne disparaîtra nullement une fois que le confinement sera levé. Chassez le naturel, et il reviendra… au galop, n’est-ce pas ? Les mauvaises habitudes ont la dent dure. Mais qu’à cela ne tienne. On ne devrait pas cracher sur une telle opportunité de rectifier nos erreurs, de remettre les pendules à l’heure, et, comme dirait l’Anglais, de « mend our ways ».

Il n’y a aucun mal à cela. Et le monde, gageons-le, ne pourrait que s’en porter mieux ! Parce que justement, pandémie, enfermement et repli sur soi obligent, nous sommes face à nos destins. Individuels et collectifs. Saurons-nous prendre les bonnes décisions ? Aurons-nous la force de faire un examen honnête et intègre de nos consciences, accepter nos erreurs et aspirer à changer pour le meilleur ? Assez, du moins, pour se défaire dans un premier temps de l’indifférence, de l’hypocrisie et du je-m’en-foutisme qui caractérisent nos générations actuelles. Pas uniquement parmi celles qui émergent, hélas ! Mais également parmi celles qui sont semivieillissantes et qui préfèrent se laisser happer par un mirage d’existence conjugué aux artifices et au matériel. Dont la plupart de nos politiques, de tous bords confondus. L’idée n’est pas utopique. Mais (re)créer un monde, une société où les uns et les autres cohabiteront avec plus d’égalité, de respect, de compréhension et de collaboration, devrait composer l’essence de la base sur laquelle nous bâtirons notre renouveau. L’étape du confinement est en soi un traumatisme inédit qu’il nous faut absorber, à sa juste mesure, en extraire des leçons pour, surtout, préparer l’après. Que l’on souhaite positif, juste et en phase avec tout ce qui vit autour de nous…