Une vente très particulière s’est déroulée dimanche dernier, 14 octobre, à Paris. Ce jour-là, Yann Arthus-Bertrand, le célèbre photographe et réalisateur, militant de l’environnement, qui a signé le livre de photographie La Terre vue du ciel ou Human, le film qu’il a présenté à travers le monde et à Maurice en février 2017, dimanche dernier donc, Yann Arthus-Bertrand a vendu aux enchères… ses amis. Cette vente inédite est de plus intervenue à un moment très particulier dans l’histoire des ventes aux enchères.

Soit quelques jours après l’événement Banksy. Où une toile du célèbre et mystérieux street artist s’est auto-détruite sous les yeux du public médusé alors qu’elle venait d’être vendue pour la somme faramineuse de € 1,185 million. La scène, qualifiée de surréaliste, s’est déroulée le vendredi 5 octobre, à la fin d’une vente de plusieurs lots d’art contemporain chez Sotheby’s, une des plus anciennes et importantes maisons d’enchères dans le monde. Une reproduction de « Girl with Balloon » l’une des célèbres images dont Banksy a orné les murs des villes, vient d’être attribuée pour plus d’un million d’euros. Mais le marteau du commissaire-priseur a à peine clôturé la vente que le public présent voit la toile se faire partiellement découper en fines lamelles par une broyeuse à papier dissimulée dans le cadre. Lequel cadre, au fi nal, apparaît à moitié vide, la partie découpée de la toile pendouillant sur le bas. Si l’énigmatique Banksy a revendiqué sur internet avoir lui-même orchestré cette destruction pour faire un magistral pied de nez au « marché de l’art » et à sa spéculation, certains se demandent si son geste spectaculaire n’aurait pas finalement eu l’effet inverse : car déjà, le responsable de Sotheby’s, Alex Branczik, a fait savoir qu’auréolé de ce happening retentissant, le tableau et son cadre déchiqueteur pourrait au final valoir encore plus cher… Mais revenons à Yann Arthus-Bertrand. Ses enchères a lui ont aussi été un happening, mais pour une autre raison. Dimanche dernier, lors d’une vente orchestrée par Drouot, l’équivalent français de Sotheby’s, plutôt que des tableaux de maître, il a donc vendu aux enchères un moment passé avec une célébrité, en faisant appel à ses amis stars qui ont bien voulu accepter de jouer le jeu.

Le but : récolter des fonds pour GoodPlanet, la fondation qu’il a créée, et contribuer à maintenir l’accès gratuit au public au domaine de Longchamp, lieu dédié à l’écologie et à la solidarité. Au catalogue de cette vente aux enchères exceptionnelle, 43 lots. Parmi lesquels on peut relever une heure de tennis à Rolland Garros avec Paul-Henri Mathieu ; un déjeuner avec le photographe franco-brésilien Sebastiao Salgado et sa femme Lélia Wanick ; une journée de tournage du nouveau film de Bruno Solo, un dîner dans la salle à manger privée d’Alain Ducasse dans les cuisines du Plaza Athénée ; une rencontre avec Nikos Aliagas dans les coulisses de The Voice ; une immersion dans les arcanes du journal télé visé de 20h sur TF1 avec Gilles Bouleau ou de France 2 avec Laurent Delahousse ; une visite privé e de la Fondation Louis Vuitton et un plongeon dans les univers fascinants de J.M. Basquiat et Egon Schiele, une séance photo avec le distingué photographe allemand Peter Lindbergh ; une visite privilé gié e de la maison et des jardins de Claude Monet à Giverny avec le jardinier en chef ; une immersion dans Taratata, l’émission de ré fé rence pour la musique live, en compagnie du présentateur Nagui ; une entrée coulisses avec le chanteur Calogero ; ou un déjeuner avec Blaise Matuidi, le joueur de l’équipe de France et champion du monde de foot.

Si elles existent déjà aux Etats Unis, les ventes aux enchères du temps de célébrités au profit d’oeuvres de bienfaisance sont plutôt une nouveauté en France. Et dimanche dernier, l’initiative de Yann Arthus-Bertrand et de ses amis a fait un tabac : une journée avec la chanteuse Zazie est partie à 6500 €, celle avec le comédien Dany Boon a remporté 5000 €, le concert privé à domicile avec la violoniste Zhang Zang a obtenu 4200€. Au total donc, 176 740€ récoltés (plus de Rs 7 millions), soit deux fois plus que ce qu’espérait l’équipe, et de quoi renflouer les finances de GoodPlanet pour cette année. Et s’il y avait là une nouvelle formule à réfléchir. Pour nous, qui recevons chaque année des centaines de célébrités diverses. Et si, au lieu de vendre notre passeport à $500 000 et notre nationalité à $1 million comme annoncé par le gouvernement en juin dernier, nous songions à mettre à profit le développement, de plus en plus dans le monde, d’une nouvelle forme de tourisme. Un tourisme en quête de sens. Que nous ne soyons pas là uniquement comme un produit que l’on consomme.

Et que nous demandions à nos illustres visiteurs d’offrir un moment de leur temps que nous mettrions aux enchères, pour locaux et autres visiteurs fortunés, avec pourquoi pas un accès privilégié pour quelques locaux moins fortunés que ces expériences pourraient inspirer. Cela pourrait même devenir un rendez-vous annuel vendu à l’étranger, un happening en soi.