Véronique Papillon

Non ! Il ne s’agit pas d’un titre de film « Béton » comme on le dit en créole mais de notre chère île. Elle est en train de se faire un remodelage facial depuis quelque temps, une chirurgie esthétique gargantuesque pour tenter de devenir un « bijou » dans l’océan Indien, un bijou architectural qui risque de prendre des allures grotesques car sachons-le, l’abus de silicone, de botox et lifting peut vous métamorphoser en un personnage méconnaissable.

Si nous faisons un tour à travers l’île, nous verrons des chantiers aux quatre coins. Nord, sud, est, ouest, centre, tout y passe. Metro « Tram » Express qu’on nous a refourgué, le futur « Super » pont reliant Coromandel à l’autoroute, les plages déproclamées pour des projets visant le progrès de notre nation… Je pourrais énoncer une liste interminable à en juger tout ce qui se passe en ce moment. Tout ce béton et toute cette ferraille, pourtant, assomment. C’est un réel coup de massue pour l’environnement. « Quelques » arbres de coupés n’ont pas vraiment d’impact ? Dans quelques années, nous verrons cela surtout lors des pluies estivales qui deviennent d’année en année diluviennes. Oui ! Nous ne sommes pas épargnés par le réchauffement climatique ! Et merci messieurs, dames ! Vous y contribuez aussi avec votre ciment ! A titre d’information, même si notre île n’est qu’un minuscule petit point sur la carte du monde, nous avons ce qu’on appelle un microclimat. Les ingénieurs doivent forcément connaître le mot surtout quand vous faites un Environmental Impact Assessment. Ai-je été déplacée ?

À en juger par le train des travaux, on suppose que toutes les études préalables ont été faites. Il reste un hic : on ne consulte jamais le peuple ! Admettons-le : le flyover de Pont-Fer est une nécessité mais le tram… Oups ! Le métro ne l’est pas vraiment ! Des hôtels à un moment où le tourisme ne remplit plus les caisses de l’État comme avant! Des smart cities pour accommoder des étrangers tout comme ces appartements qui restent hors de prix pour les Mauriciens ? On nous fait avaler une couleuvre en béton. Elle ne glisse pas, elle ne descend pas. Franchement, l’avenir me paraît dur. Il n’est même pas pavé de bonnes intentions puisque le peuple ne fait pas partie de la formule (remplissons les caisses !). On clamera la création d’emplois et un meilleur positionnement économique mais je dirai : à quand la valorisation de l’environnement, qui constitue un enjeu majeur, vu que sans sa protection adéquate, nous sommes condamnés ? D’autre part, le touriste moderne, si vous ne le savez pas, cherche des lieux authentiques, verts. L’écotourisme que ça s’appelle. Je vous mets la puce à l’oreille, sauf si vous l’avez bétonnée !

Nous pouvons dire que nous vivons l’âge d’or du goudron et du béton ! Dans quelques années, nous devrons aller voir nos plantes endémiques au musée (une idée touristique !) et nos enfants verront l’herbe (verte ! pas l’autre !) comme un miracle. Si c’est cela assurer un avenir sûr pour la nation, mieux vaut se tirer une balle maintenant. Ah non ! On le fait pour nous. Elle s’appelle « Développement » dans votre jargon.