La laïcité équivaut-elle à retirer le religieux du débat public ? Cette question avait fait l’objet de l’homélie du père Jean-Claude Véder lors de la messe de la Saint-Louis le 25 août dernier. Face aux voix qui s’étaient élevées – suite au débat autour de la légalisation de l’avortement et auxquels avaient pris part des religieux – pour dire que la religion doit se cantonner au domaine du privé et ne doit, en aucun cas, donner son mot au public, le prêtre avait argué que le discours de l’Église catholique a toute sa pertinence dans les débats sociaux, la laïcité étant, avait-il dit, conforme à l’esprit même de l’Évangile. Qu’en est-il des autres religions ? Pour le Conseil des Religions, qui représente les grandes croyances de l’île, « une laïcité qui exclurait la religion à Maurice ferait fausse route ». Des représentants de diverses religions débattent du sujet.
Les interventions de religieux lors des débats sur la légalisation de l’avortement avaient fait réagir certains Mauriciens dont la députée de la majorité Nita Deerpalsing, qui avait même demandé au Premier ministre de considérer la possibilité d’inclure le terme “séculier” dans notre Constitution. Comme nous le fait voir l’avocat Reza Uteem, si le mot laïcité n’est pas mentionné dans la Constitution, « la Cour Suprême a dans plusieurs arrêts précisé que Maurice est un pays laïque : “A secular State” ». Et qui dit laïque dit séparation entre État et religion. Dès lors, quelle est la légitimité du discours religieux dans les débats publics ?
Pour Belall Maudarbux, spécialiste en sociologie de l’Islam et chargé de cours en Religions et Résolution des Conflits à l’UoM, « la laïcité préconise une séparation entre l’État et la religion mais pas entre l’espace public et la religion ». Selon lui, le problème repose « sur ce qu’on entend par laïcité. Il me semble qu’a Maurice, parmi les élites, (politiciens, journalistes etc.) il y a une forme de laïcité négative : pour qu’un pays soit laïque, il faut qu’il s’extirpe de toute considération religieuse dans les débats publics. C’est cette conception qui prévaut en général chez les journalistes et politiciens ». Or, observe-t-il, « il faut reconnaître que les documents fondateurs de la Constitution mauricienne ne font aucune mention de la laïcité de l’État par opposition à la Constitution indienne ou française ». De plus, ajoute-t-il, si l’on prend l’exemple des pays les plus laïques, « on peut voir que la religion a une place prépondérante et parfois il y a des concessions qui sont faites surtout en Europe occidentale. Lorsque vous les comparez à la laïcité mauricienne, vous trouverez que celle-ci est très anti-laïque ». Prenant l’exemple de la France, un exemple de « laïcité extrême », M. Maudarbux met en avant le fait que ce pays « fait provision pour deux exceptions. En l’Alsace-Lorraine, l’instruction des matières religieuses se fait dans les écoles publiques et les instituteurs sont payés des fonds de l’État. Toujours en France, la loi de 1905 prévoit que tous les édifices religieux qui précèdent cette loi doivent être entretenus au coût de l’État. Ce sont donc les fonds publics qui déboursent la restauration de ces édifices ».