L’endométriose est une maladie présente chez les femmes et qui se manifeste par des douleurs insupportables pendant les règles, des règles abondantes et parfois l’infertilité. C’est une maladie gynécologique causée par la présence de cellules de l’endomètre en dehors de l’utérus. Pour mieux comprendre cette maladie encore méconnue, le gynécologue Chandra Ramdaursingh nous explique ce qu’est l’endométriose et quelles sont ses conséquences, entre autres.

Qu’est-ce que l’endométriose ?

L’endométriose est une maladie très fréquente chez les femmes, qui cause des douleurs entre le nombril et les hanches et qui peut causer des problèmes d’infertilité. Elle se manifeste généralement quand une femme a des kystes ovariens. Tous les kystes qui se situent dans les ovaires ne sont pas forcément des kystes endométriosiques. Ceux-ci contiennent du sang autre que le sang menstruel. Toutefois, l’endométriose peut aussi se former dans les intestins, dans une cicatrice dans le cas où une femme a subi une intervention chirurgicale, dans le nombril et même dans l’anus.

Quels sont les facteurs prédisposant à l’endométriose ?

L’un des facteurs est lorsqu’une femme a beaucoup d’hormones œstrogènes (des hormones naturellement sécrétées par le corps, et principalement par les ovaires qui ont pour rôle le développement et le maintien des caractères sexuels). L’excès d’œstrogènes est provoqué par la malbouffe et le manque d’activité physique. De plus, une femme qui prend des médicaments à fort taux d’œstrogènes peut augmenter le risque d’être atteinte d’endométriose. Cela peut être des médicaments que les médecins prescrivent ou des suppléments qui contiennent beaucoup d’œstrogènes. Par exemple, les aliments à base de soja contiennent énormément d’œstrogènes. Pour finir, nous vivons dans un monde où tout le monde est stressé par le boulot et la vie quotidienne. Le stress est aussi associé à l’endométriose.

Est-ce difficile à diagnostiquer ?

Tout d’abord, il faut voir un gynécologue et faire des échographies. Mais la seule façon pour être sûr que c’est bien l’endométriose, c’est de faire des examens histologiques (une étude au microscope des tissus vivants).

Recevez-vous beaucoup de femmes atteintes d’endométriose ?

30 % à 40 % de mes patientes sont atteintes d’endométriose. D’ailleurs, toutes les semaines, je reçois de nouvelles patientes atteintes de cette maladie. Elles ont de 20 à 50 ans. Avant, il y avait très peu de femmes qui avaient l’endométriose. L’endométriose a fait son apparition vers 1995. Le taux a beaucoup augmenté car les femmes mauriciennes ne consultent presque pas les gynécologues, et aussi par manque d’information. Elles ont peur. Elles préfèrent prendre des médicaments qui leur semblent bons pour elles. Or ce n’est pas conseillé. Même si l’argent fait parfois défaut, il existe aussi des traitements gratuits à l’hôpital.

Quels sont les symptômes fréquents ?

– Les femmes ont généralement des douleurs atroces pendant les règles et des douleurs dans le petit bassin, au nombril, au bas-ventre, aux jambes et des nausées.
– Les rapports sexuels sont très douloureux. C’est-à-dire que la femme aura des douleurs lors de la pénétration.
– Les femmes ont des difficultés pour uriner si l’endométriose est située au rectum.
– Elles ont des soucis d’infertilité. D’ailleurs, pour plus de 30 % des femmes à Maurice qui sont touchées par l’infertilité, c’est à cause de l’endométriose.
– Elles sont constamment fatiguées et ont des troubles digestifs comme la diarrhée et la constipation.

Quelles sont les conséquences liées à cette maladie ?

Le mode de vie de la femme change. Elle sera toujours stressée et aura toujours des douleurs. Elle aura besoin d’énormément de soutien psychologique de la part de son entourage. Il y a des patientes qui acceptent le fait d’être atteintes de cette maladie, d’autres paniquent complètement si elles n’ont pas d’enfant. De plus, elles ont des règles irrégulières et abondantes. La couleur des règles est aussi très importante. Normalement, elles doivent être rouges mais les règles de celles atteintes d’endométriose sont très foncées, voire noires. D’où le nom en anglais, chocolate cyst.

Y a-t-il une chance de guérir si la maladie est décelée rapidement ?

L’endométriose n’est pas un cancer mais n’est malheureusement pas curable. Ce n’est pas non plus une maladie mortelle. On peut la supprimer pendant un certain temps mais elle peut refaire son apparition. La meilleure façon d’avoir moins de symptômes liés à l’endométriose est de tomber enceinte. Mais malheureusement il est difficile pour une femme atteinte d’endométriose de tomber enceinte. C’est paradoxal.


Les traitements

“Les traitements coûtent cher. Une injection coûte entre Rs 5 000 et Rs 6 000. Cela dépend du stage de l’endométriose, et il en existe quatre. Durant le stage un et deux, la femme peut tomber enceinte naturellement. Par contre, durant le stage 3 et 4, la femme doit suivre des traitements pour tomber enceinte. C’est-à-dire, avoir recours à la fécondation in vitro. En outre, il est important de savoir qu’à cause de l’endométriose, l’intestin et la trompe de fallope se collent entre eux. C’est aussi le cas pour les ovaires et l’utérus. Il est aussi important de savoir que certains traitements augmentent la prise de poids chez la femme”, explique le gynécologue Chandra Ramdaursingh.

Par ailleurs, selon Doctissimo Santé, pour atténuer les douleurs lorsque la prise de médicaments qui calment les douleurs et les anti-inflammatoires ne suffisent pas, le traitement consiste à freiner ou bloquer la sécrétion d’œstrogènes par les ovaires. Il suffit de prendre des pilules contraceptives adaptées à la patiente, soit en prise de 21 jours de pilule et 7 jours d’arrêt, soit en continu pour mettre fin aux règles. Généralement, il s’agit d’une pilule contraceptive à base d’œstrogènes et de progestérone ou uniquement de progestérone (une hormone stéroïdienne intervenant dans la préparation de l’organisme à la grossesse). La douleur peut à ce moment cesser.


Living with Endometriosis

L’association Living with Endometriosis a été créée au début de cette année par Vanessa Vencatachellum dans le but de sensibiliser les femmes et le public sur ce qu’est l’endométriose et pour soutenir les femmes qui en souffrent. “Notre objectif est aussi de créer plus d’intégration dans le monde du travail aux femmes souffrant d’endométriose.” Depuis la création de l’association, elle a développé une collaboration entre les gynécologues, les professeurs d’Université et les entrepreneurs, entre autres, qui les aident à accomplir leurs missions. “Avec la collaboration du National Women’s Council, nous avons organisé plusieurs causeries dans les collèges et les centres de femmes à travers l’île pour sensibiliser les femmes sur l’endométriose. Nous organisons aussi des rencontres avec les femmes atteintes d’endométriose afin de les aider à mieux vivre avec la maladie”, dit la présidente de l’association.


Lisa, Anushka et Diya (prénoms fictifs) racontent leur souffrance

“Comment expliquer aux gens que vous n’avez pas d’enfants car vous souffrez d’endométriose et que vous êtes sous ménopause artificielle ? À 32 ans, mariée et sans enfant, il est difficile de se résoudre à l’idée d’être une femme qui ne pourra peut-être jamais devenir maman”, se lamente Lisa, qui a découvert sa maladie depuis un an. Comme elle, Diya, mariée depuis quelques semaines, vit avec un seul ovaire après avoir subi des interventions chirurgicales pour soigner l’endométriose. “Mon gynécologue m’a conseillé de me marier le plus rapidement possible pour que je puisse avoir un enfant avant mes 30 ans. Je suis positive. Je suis mes traitements car je veux avoir un enfant. Ce n’est pas évident de vivre avec. Je déprime à chaque fois que j’ai recours à une intervention chirurgicale. Mon mari me soutient énormément. Même si on doit avoir recours à l’adoption, ce n’est pas un souci pour lui”, raconte la jeune femme de 26 ans. Cette dernière a appris qu’elle était atteinte d’endométriose à 22 ans. Elle ne se doutait de rien car elle a toujours eu des douleurs quand elle a ses règles. Le bouleversement commence lorsqu’un soir elle a des douleurs lancinantes, des palpitations et des sueurs froides alors qu’il faisait chaud.

Lisa connaît aussi le même sort et admet que c’est épuisant de vivre avec l’endométriose. Elle a des vertiges, de la diarrhée et des sueurs froides. “Parfois je n’arrive même pas à me lever tellement les douleurs au bas-ventre et au bas du dos sont insupportables. Mon mari doit m’aider à descendre du lit. Comment expliquer à son patron qu’on n’est pas en état de travailler parce qu’on a ses règles ?” Pour combattre cette maladie, elle a arrêté de consommer certains aliments et pratique une activité sportive régulière.

Le combat contre l’endométriose est éprouvant. C’est le cas d’Anushka, 45 ans, qui est atteinte de cette maladie depuis ses 25 ans. “Avant, je ne savais pas ce que c’était l’endométriose.” Elle a tout enduré pendant plusieurs années. “On me disait que c’était tout à fait normal d’avoir des douleurs quand on a ses règles, ou même que tout allait se résoudre une fois que je serais mariée”, raconte-t-elle. Elle a subi deux interventions chirurgicales pour essayer de vaincre ce mal. Elle explique que ses intestins étaient collés. Des caillots de sang s’étaient formés sur sa colonne vertébrale et sur ses os. Aujourd’hui, à 45 ans, Anushka n’a pas eu la chance d’enfanter à cause de cette maladie. “Six mois après mon mariage, j’ai eu recours à la deuxième intervention chirurgicale. Celle qui m’a été fatale. Mes trompes de fallope ont été endommagées. Il fallait les enlever”. Elle avait espoir que tout allait s’arranger. “Si j’avais été informée dès mon plus jeune âge à propos de cette maladie, les choses auraient été différentes. J’aurais pu la traiter et j’aurais peut-être eu un ou deux enfants”, regrette-t-elle.

Toutes concernées par cette maladie, elles sont d’avis qu’il faut plus de sensibilisation. “Je pense que le ministère de la Femme devrait s’occuper de ce dossier car le nombre de femmes atteintes de cette maladie augmente. Une des raisons serait la pollution à laquelle nous sommes exposées”, dit Lisa. Quant à Anushka, elle conseille aux jeunes femmes d’aller se faire consulter par un gynécologue aussitôt qu’il y a la moindre douleur. “Ce n’est pas un tabou pour moi d’en parler même si c’est trop tard pour moi. Je partage mon expérience pour aider les autres femmes à s’en sortir. Il ne faut pas avoir honte d’en parler. Ce qui m’aide surtout à aller mieux, c’est le soutien de mon mari. Il m’a fait comprendre que je ne suis pas la première ni la dernière femme à ne pas pouvoir donner la vie”.