DR GEETANEE NAPAL
Doyen, Faculté de Droit
et de Gestion

Les démocraties sont parfois caractérisées par des problèmes de corruption, mauvaise gouvernance, instabilité, parfois associés à de l’incompétence ou à un manque de vision. Dans des pays en voie de développement, les citoyens ont tendance à accepter la corruption de manière passive. Si en même temps les institutions réformatrices n’ont pas forcément de crédibilité, cela ne fait qu’aggraver le problème. À Maurice, la réticence de reconnaître l’ampleur de la corruption est en partie la source du problème.

Avons-nous, au fil du temps, accepté une culture de faveurs pour ne pas dire une culture de corruption, comme un mode de vie ? La corruption est un problème d’ordre institutionnel. Si l’on veut éradiquer ce fléau, il y a toute une éducation à refaire, car c’est la culture qu’il faut revoir. Une culture de corruption bien établie est cependant difficile à défaire sans véritable soutien politique. La corruption découle souvent d’un mauvais usage de pouvoir, de l’ingérence politique. Peut-on éviter tout cela dans une démocratie ?
Idéalement, le pouvoir est utilisé pour faire avancer les choses positivement. Or, pas mal de détenteurs de pouvoir se sentent valorisés par le prestige que leur accorde leur poste, sans nécessairement savoir établir leurs priorités.

L’exercice du pouvoir dans une démocratie implique une certaine marge d’autonomie et un niveau de prudence dans les prises de décision, ce qui repose sur le principe de responsabilité personnelle. Un système démocratique et libéral exige un minimum d’éthique, d’honnêteté et de bonne foi de tout un chacun. L’intégrité publique établit un lien fort entre les aspirations et convictions des décideurs et les exigences de leurs fonctions. On s’attend aussi à ce que les responsables soient disciplinés, compétents et efficaces, qu’ils commandent le respect et la confiance. La confiance est un élément clé qui, une fois perdue, est souvent irrécupérable. On peut mettre des années à construire un empire mais on peut tout détruire en une fraction de seconde si on prend une mauvaise décision. Nos choix et nos actes reflètent notre intégrité morale, d’où la nécessité de reconnaître l’importance de sa réputation en tant que figure publique. Le décisionnaire qui gouverne doit faire bonne impression sur tous les plans.

Nous avons avant tout notre image à sauvegarder, ce qui implique le besoin d’agir en tant qu’être responsable. L’exercice du pouvoir politique dans une société comme la nôtre exige une certaine discipline et une intégrité morale. Le citoyen s’attend à ce que tout homme politique, qu’il soit élu ou nommé, puisse exercer son jugement et son pouvoir de décision de manière légitime et rationnelle. Logiquement, l’usage du pouvoir ne devrait pas donner recours à des abus, entraînant mauvaise conduite ou faute professionnelle. Nous avons tous à un moment ou à un autre, fait face à des injustices découlant d’abus de diverses formes. Comment contourner les risques d’abus que comporte le système dans une démocratie ? Encore une fois, c’est une question de culture.

Le sens du devoir doit primer, les règles de l’éthique et la loi doivent avoir le dessus sur les intérêts et ambitions personnels si le détenteur de la charge publique tient à conserver sa crédibilité et le respect de la communauté. L’objectif est de faire bonne impression, de préserver une bonne image et d’inspirer les jeunes de manière positive. Mais qu’en est-il du mauvais exemple qui vient d’en haut ? Là, les médias ont un rôle déterminant à jouer car il est important que le citoyen sache distinguer entre bonne et mauvaise conduite, s’il aspire à évoluer dans une société intègre. Les médias mènent des enquêtes et sont bien placés pour jouer un rôle de facilitateur et d’éducateur. Peut-être même qu’avec un peu plus d’autonomie, les médias auraient le potentiel d’exercer un meilleur contrôle au niveau de la société. D’autre part, les réformes institutionnelles sont nécessaires si le but est de promouvoir la démocratisation, les droits humains, le développement économique et social, c’est-à-dire, une bonne gouvernance, justice et transparence au sein des institutions de l’État. Est-ce qu’un détenteur de pouvoir devient incontestablement un exemple pour la communauté ? Si oui, et c’est souvent le cas, il est primordial de renforcer la notion d’intégrité morale et de l’éthique. Tout détenteur d’une charge publique doit être capable de résister à la tentation. Que représente la tentation face aux responsabilités auxquelles le directeur est confronté ? La gourmandise de certains, le désir de s’enrichir rapidement, le besoin de cette sécurité financière a, dans plusieurs cas, surpassé le sens du devoir.

Quelle importance la richesse matérielle occupe-t-elle face à l’intégrité morale, l’honnêteté et la bonne foi dans une société qui se veut exemplaire en matière de succès à l’échelle internationale ? Qu’est-ce qui prime ou plutôt, qu’est-ce qui devrait primer, face à de telles ambitions économiques et politiques ? Quel est le devoir de ces détenteurs de la charge publique envers le citoyen dont les droits sont souvent lésés ? Ceux qui se sentent frustrés ont recours aux radios privées pour faire part de leurs multiples doléances, mais quelle est la solution concrète et immédiate à ce genre de problème ?

Toute action politique provenant du responsable d’une institution publique, voire du fonctionnaire, s’incorpore dans un enchaînement étriqué de droits et de restrictions, de vulnérabilité et d’interdépendance. Toute charge publique relève de la même éthique dans un cadre public, qu’elle soit de nature législative ou exécutive, qu’elle soit le résultat d’une élection ou d’une nomination. Indépendamment de la nature d’une charge publique, il y a des lois et des valeurs d’ordre éthique à respecter. Il est important que tout dirigeant, qu’il soit à la tête d’une entité publique ou au sein d’un gouvernement, ressente le besoin de respecter l’éthique et les droits fondamentaux des citoyens. Il est aussi important d’agir en conformité avec l’éthique et les valeurs qui attribuent un pouvoir de décision légitime et une autonomie au poste de responsable de toute institution publique. Après tout, la priorité de tout individu responsable est de promouvoir les bonnes pratiques, la justice, la transparence, l’objectif principal étant de maintenir un niveau d’intégrité morale exemplaire qui bénéficiera à tout le monde.