Pas moins de 20 000 jeunes âgés entre 16 et 24 ans, dont quelque 5 000 diplômés, sont actuellement au chômage. C’est en tout cas ce que révèle une étude du National Economic and Social Council, rendue publique cette semaine par son président, Radhakrisna Sadien. Une situation attribuée au « manque de préparation » des jeunes pour le marché du travail et à « l’absence d’un système d’orientation professionnelle » au niveau secondaire.
La préparation du rapport a donné lieu à un atelier de travail consacré au chômage des jeunes, permettant aux principaux intéressés d’exprimer leurs appréhensions et leur opinion. Le conseil a en outre eu des consultations élargies avec des parties prenantes au niveau de l’éducation tertiaire et d’autres personnes au niveau éducationnel. « Puisque tous les jeunes sont passés par le système d’éducation avant de rejoindre le marché du travail, il était plus intéressant de passer par le secteur éducatif pour comprendre le problème de chômage des jeunes », souligne M. Sadien.
Selon l’étude, le taux de chômage chez les diplômés résulterait de plusieurs facteurs. En premier lieu : l’économie mauricienne, laquelle n’est pas en mesure d’absorber les jeunes diplômés. Mais aussi en raison d’une inadéquation entre la formation et la demande sur le marché du travail. Le cursus scolaire tend par ailleurs à être « trop académique » et à ne pas produire « les talents dont les employeurs ont besoin ». Beaucoup de diplômés finissent en outre par accepter des emplois nécessitant pourtant des qualifications inférieures à celles promises par leur diplôme, donnant lieu à un problème de « underemployment ». Certains employeurs ont aussi observé que les diplômés n’ont pas d’« employability skills », notamment au niveau de la communication. Par conséquent, le NESC recommande aux autorités de revoir le rôle des universités, lesquelles devraient mieux préparer les jeunes à rejoindre le marché du travail.
Les règlements régissant les universités ont été amendés de manière à ce que les universités puissent consulter le secteur privé dans la conception des cours et du cursus scolaire. Le NESC recommande que les universités entreprennent un « tracer study of the employability of their graduates and make public employment rate of their courses ».
L’étude relève par ailleurs que le gros des étudiants (environ 10 000) quittent le collège chaque année pour le marché de l’emploi sans y être préparés. Ce qui amène le NESC à recommander que les autorités introduisent un système d’orientation professionnelle au niveau des écoles secondaires.
Le paradoxe, constate également le NESC, est que malgré un taux de chômage élevé, certains employeurs observent un manque de travailleurs qualifiés dans de nombreux secteurs, à l’instar de la construction, du textile, du commerce ou encore des services, les forçant à avoir recours à la main-d’oeuvre étrangère. S’il est vrai que beaucoup de jeunes sont « très sélectifs » concernant les emplois qui leur sont proposés, il faut par ailleurs que certaines occupations nécessitant une compétence moyenne soient mises en valeur, de sorte de les rendre plus attirantes pour les jeunes.
L’étude fait état de l’insatisfaction des jeunes quant à la façon dont fonctionne le Career Guidance Office du ministère de l’Éducation. Elle recommande donc la création d’une National Employment Agency utilisant des moyens modernes. Le NESC considère également que la migration à l’étranger est une solution partielle au chômage des jeunes. Finalement, la création d’emploi dans les secteurs émergents de l’économie pourrait donner un nouvel élan aux jeunes en ce qui concerne leur plan de carrière.