Le phénomène du suicide a de quoi inquiéter au niveau des établissements secondaires. Selon une étude recommandée par le ministère de la Sécurité sociale et menée par le Mauritius Research Council (MRC), 4 collégiens sur 131 ont déjà commis une tentative de suicide alors que 13 % des sondés y ont déjà pensé. Les principales conclusions de cette étude ont été présentées à la presse hier à l’occasion de la Journée mondiale de la Prévention contre le suicide.
Parmi les principales causes poussant les adolescents à vouloir commettre l’irréparable, on trouve le conflit parent/enfant, le sentiment de rejet, la désapprobation des parents face au choix amoureux de l’enfant, entre autres. La ministre de la Sécurité sociale a souligné que « se donner la mort n’est pas la solution ». Elle a appelé le personnel enseignant à se montrer attentif aux signes de détresse des jeunes.
C’est le sentiment de préoccupation générale dans le pays face aux suicides et tentatives de suicide, particulièrement parmi les jeunes, qui a décidé le ministère de la Sécurité sociale à initier une étude sur la question. La tâche a été confiée au Centre for Applied Social Research du MRC. Le but consistait précisément à déterminer les causes du suicide ou des tentatives de suicide parmi les adolescents et par ailleurs étudier les conséquences de tels comportements sur les familles et amis de ceux ayant tenté de mettre fin à leur vie ou ceux qui se sont donné la mort. Intitulée « Study on the causes and consequences of suicidal behaviour among teenagers in Mauritius », l’étude, qui a été faite entre janvier 2014 et juin 2015, a été présentée jeudi par Aveeraj Peedoly, du MRC.
L’étude a impliqué deux catégories de personnes : 30 jeunes ayant déjà fait une tentative de suicide et parallèlement 10 cas de suicide analysés avec recul du point de vue des proches. Ensuite, en vue d’identifier à quel point les collégiens sont exposés aux risques de suicide de même que leurs connaissances sur le sujet, trois collèges choisis au hasard, un de filles, un de garçons et un mixte, ont participé à cette enquête. Les interviews ont été réalisées par deux psychologues.
Aveeraj Peedoly indique que durant les 45 dernières années, dans le monde, le taux de suicide a augmenté de 60 %. À Maurice, durant les dix dernières années, il y a eu une moyenne de 108 cas rapportés par le ministère par an alors que les chiffres de la police étaient de 93. S’agissant des tentatives de suicide à Maurice, en 2011, 1 023 cas avaient été enregistrés, 1 034 en 2012 et 1061 en 2013. Aveeraj Peedoly soutient que le suicide serait la troisième cause de décès chez les 15-24 ans et la sixième cause de décès chez les 5-14 ans.
Le rapport souligne une surreprésentation des filles dans les tentatives de suicide. « Girls are nearly twice as many as boys in terms of having ever thought of committing suicide ». Par ailleurs, le phénomène du suicide est une grande source de préoccupation au niveau des établissements secondaires car un pourcentage non négligeable d’élèves ont admis avoir déjà songé au suicide ou ont déjà tenté de mettre fin à leur vie. Environ 13 % des sondés y ont songé au moins une fois, et quatre sur 131 ont affirmé avoir déjà franchi le pas. Selon M. Peedoly, l’ampleur du phénomène pourrait s’avérer bien plus importante si l’on sondait une plus large population estudiantine.
L’étude souligne que les causes du suicide chez les adolescents sont davantage liées à un ensemble de facteurs qu’à un seul facteur singulier. Ainsi, on trouve d’abord des conflits ou problèmes de communication entre le participant et ses parents, des familles dysfonctionnelles avec parfois des histoires d’abus, ou encore l’incapacité de la famille à contrôler le caractère de l’adolescent. Ces problèmes sont parfois associés à des manques matériels qui mènent à des sentiments de désespoir. Une deuxième cause est le sentiment de rejet ou les parents objectant au choix amoureux de l’enfant. Une troisième cause est la pression venant de l’école avec le phénomène du bullying. Une quatrième cause, enfin, serait des problèmes d’ordre psychiatrique incluant un cercle vicieux de dépression, d’auto-blâme etc.
La ministre de la Sécurité sociale, Fazila Daureeawoo, affirme que la Journée de la Prévention contre le suicide est l’occasion d’en parler ouvertement d’autant que « le suicide, qui concerne chacun d’entre nous, peut et doit être évité ». Elle a souligné que « nous avons tous un rôle à jouer » dans cette prévention. Tel, poursuit-elle, ne relève pas uniquement du rôle du gouvernement et des ONG. « En tant que proches, qu’amis, nous avons tous notre devoir. Le problème doit être combattu collectivement ». Et d’affirmer que « la prévention du suicide est une des priorités du gouvernement. Chaque vie est unique et mérite nos efforts. Désormais le ministère de la Sécurité sociale travaillera de concert avec celui de l’Éducation pour sensibiliser davantage les élèves ». Dans le cadre de cette étude sur les tendances suicidaires chez les jeunes, ajoute-t-elle, un Steering Committee a été institué pour faire des recommandations. « On doit se mobiliser pour conscientiser tout un chacun que se donner la mort n’est pas la solution ». La ministre devait citer ce proverbe : « Les batailles de la vie ne sont pas gagnées par les plus forts ou les plus rapides mais par ceux qui n’abandonnent jamais. »
Fazila Daureeawoo a rappelé qu’au ministère, il existe une unité Life Plus dont le rôle est de conseiller les personnes en détresse et une hotline 24h/24, le 188, pour ce genre de problèmes. « Les études indiquent que dans 75 % des suicides, les victimes ont montré des signes de désespoir des semaines ou des mois avant. Il faut leur venir en aide. Il n’y a pas d’action magique mais un mot suffit ». Elle a ainsi « humblement invité le personnel enseignant » à être attentif aux signes de détresse des élèves.
De son côté, Sheila Cheekhoory, vice-présidente de l’ONG Befrienders, a rappelé que l’association, qui est affiliée à celle internationale, existe depuis 1995 à Maurice. Elle vient en aide aux personnes avec des tendances suicidaires en toute confidentialité. L’ONG opère entre 9 h et 21 h et une hotline est mise à la disposition du public, qui est gratuite à partir d’une ligne fixe. Les services de Befrienders ont été étendus aux détenus. Le 10 octobre prochain, l’association fêtera ses 29 ans d’existence autour du thème Oui à la vie, non au suicide.