La nouvelle est tombée il y a une semaine. Il faudra débourser plus de Rs 100 000 pour s’inscrire en licence dans une université française et près de Rs 150 000 pour un master ou un doctorat.

Soit 16 fois le coût habituel, tournant autour d’une moyenne de 170 euros (Rs 6 600) par an. Une onde de choc pour les étudiants en fin de cycle et les parents, surtout, qui devront se serrer davantage la ceinture, mais aussi une aubaine pour les destinations universitaires émergentes, telles que la Nouvelle-Zélande. Alors combien cela coûte d’étudier à l’étranger ?

Diplômé d’une grande université européenne ou américaine: le rêve de tout étudiant mauricien. Néanmoins cela a un coût. « A compter de la rentrée 2019, les étudiants extraeuropéens qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation à l’université en France devront acquitter des frais d’inscription annuels : 2770 euros (Rs 108 545) en licence et 3 770 euros (Rs 147 731) en master et doctorat », peut-on lire sur le site officiel de l’ambassade de France depuis l’annonce du Premier ministre français Edouard Philippe, il y a une semaine.

Et ce, dans le cadre d’un nouveau programme baptisé « Stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux » qui consisterait à attirer davantage de candidats non africains, soit en provenance d’Inde, de Russie ou même de Chine. Une décision qui a soulevé un tollé dans le milieu universitaire, d’autant que 45 % des étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises seraient originaires du continent africain, dont Maurice.

L’exode continue
Pour cause, la France, quatrième destination la plus prisée pour des études supérieures, risque d’être détrônée. A Maurice, les parents ne cachent pas leur inquiétude, de même que les étudiants aspirant à faire leur entrée dans une université française. Et ce, même si du côté du ministère de l’Education, « cette situation est suivie de près » comme le rapportait lemauricien.com, il y a une semaine. « J’ai choisi la France pour la qualité de son enseignement, mais aussi pour le coût des cours proposés nettement moins élevés que ceux proposés ailleurs. J’envisageais de compléter mon doctorat là-bas, mais après cette nouvelle, je pense que je vais devoir encore économiser. Rs 150 000 ce n’est pas donné, surtout qu’un doctorat équivaut à cinq, voire sept années d’études ! », nous confie une jeune Mauricienne.

Expérience de vie hors pair, formation de qualité, diplôme reconnu à l’international, possibilité d’obtenir un permis de résident, les raisons sont multiples. « Les Mauriciens rêvent aussi d’étudier à l’étranger, car nos enseignants ont pour la bonne majorité une formation à l’anglaise ou à la française. L’on reproduit donc un peu le même schéma », explique Doris Chitson, Managing Director et Education Consultant & counsellor de l’Overseas Education Centre (OVEC). Vivre le rêve européen à tout prix.

Par ailleurs, Doris Chitson pense que cette nouvelle mesure du gouvernement français d’augmenter les frais d’inscription a tout de même du bon. Elle va largement ouvrir le marché universitaire. Etant un des pays offrant des études « gratuites », sauf quelques frais d’inscriptions ne dépassant que très rarement la barre des Rs 10 000, la France était devenue l’eldorado de nombreux Mauriciens. Selon elle, avec cette annonce, les parents penseront à deux fois avant d’envoyer leurs enfants y étudier, « d’autant que le coût de la vie y est très cher », dit-elle. Tout comme l’Angleterre, cette destination ne sera réservée qu’aux parents un peu plus fortunés. L’Europe reste encore très fermée, sauf pour « a selected few ».

Et pourtant, « l’exode continue ». « Le nombre d’étudiants qui souhaitent poursuivre leurs études à l’étranger va crescendo, et ce au prix fort, malgré les nombreuses institutions qui ont vu le jour sur le territoire mauricien », indique Doris Chitson. « Les gens veulent partir, las d’attendre, mais surtout ils sont frustrés de ne pas trouver d’emploi à Maurice. Je rencontre tellement de jeunes diplômés d’institutions mauriciennes qui ne savent plus quoi faire et qui veulent à tout prix quitter le pays », déplore-t-elle. « L’on parle d’Education Hub, d’un diplômé par famille, mais que fait-on de ses enfants ? Où les mettons-nous ? Le marché à Maurice est très petit. C’est une réalité », explique-t-elle.

La Nouvelle-Zélande, nouvel eldorado ?
Toutefois, si la France ferme les portes de ses universités et ne l’ouvre qu’aux plus offrants, où ira donc cette masse d’étudiants de classe moyenne souhaitant obtenir une licence, un master, voire un doctorat international ? Une double réponse : « Le Canada, mais aussi tout récemment la Nouvelle-Zélande. » Une aubaine pour les autres marchés universitaires d’ouvrir leurs portes. « Le Canada est la star du moment. Lors du dernier salon de l’OVEC, il y avait plus d’une vingtaine d’universités et pour notre prochain salon, les 9 et 10 février 2019 à la MCB de St- Jean, elles seront près d’une trentaine. Bref, le Canada a toujours la cote, même avant l’annonce du Premier ministre français », explique Doris Chitson.
Sauf que le pays de Justin Trudeau fait lui aussi des siennes. « Avec le gouvernement Trump, le flux gigantesque de migrants syriens, et, par ailleurs, le Brexit, le Canada est saturé. Il y a actuellement un goulot d’étranglement au Canada qui commence à imposer des quotas. C’est pour cela que je conseillerai aux jeunes de postuler dès maintenant, car attendre réduira nettement leur chance d’être acceptés dans une université canadienne. Nous ne sommes pas les seuls, il y a aussi l’Asie qui représente un marché énorme ! » D’où la surprenante émergence de la Nouvelle-Zélande, jusqu’alors connue pour sa culture maorie et ses kiwis uniquement.

« C’est la grande surprise. La Nouvelle-Zélande arrive au bon moment, entre le Canada qui impose désormais des quotas et la France qui augmente ses frais d’inscription, elle se positionne pour devenir l’un des favoris », explique Doris Chitson. Si, en Australie, la vie est beaucoup plus chère, en Nouvelle-Zélande elle l’est bien moins. Et si au pays des kangourous, l’Etat dispense de moins en moins de permis de résidence aux étrangers, aux pays des kiwis, c’est le contraire. La Nouvelle-Zélande se présente comme une compétitrice de taille. « C’est pour cela que les Mauriciens doivent donc changer leur perception et essayer de sortir des sentiers battus. D’autres pays sont prêts à les accueillir », conclut Doris Chitson.

Plusieurs pétitions signées à l’étranger
Sur la sellette internationale, c’est l’incompréhension, mais aussi beaucoup de colère. «Depuis l’annonce de la mesure, qui avait fuité par l’AFP quelques jours avant, plusieurs pétitions demandant l’abandon du projet ont recueilli plus de 100 000 signatures. Elles ont été signées par des associations françaises regroupant des étudiants de diverses origines, mais aussi par des représentants d’organismes basés en Afrique, comme l’Association marocaine des Droits de l’homme (AMDH) — le Maroc arrive en tête de classement des étudiants étrangers en France », rapporte le journal français Le Monde. Selon le même journal, «pour atténuer les critiques, le gouvernement a promis d’augmenter le nombre de bourses d’Etat réservées aux étudiants étrangers (de 7 000 à 15 000) et de privilégier les bénéficiaires en provenance d’Afrique».

Les prix sur le marché
Si, à Maurice, l’on compte quelques dizaines de milliers de roupies pour obtenir une licence, combien cela coûte d’étudier aux Etats-Unis, en Malaisie ou en Afrique du Sud? Ci-dessous, nous comparons les prix actuels des frais d’universités ajoutés aux frais qu’un étudiant mauricien doit débourser par an pour vivre.

— Etats-Unis : un étudiant débourse en moyenne Rs 1, 5 million par an, comptant des frais de scolarité de Rs 1 million et du coût de la vie atteignant les Rs 420 000.
— Australie : l’on estime une année à Rs 1, 2 millions, incluant Rs 700 000 de frais de scolarité et Rs 500 000 pour le coût de la vie .
— Grande-Bretagne : plus de Rs 1 million par an, dont Rs 585 000 de frais de scolarité et Rs 500 000 pour vivre au quotidien.
— Canada : Rs 885 000 pour une année d’étude, incluant des frais de scolarité de Rs 528 000 et une somme de Rs 288 000 pour le coût de la vie.
— Malaisie : entre Rs 296 000 et Rs 570 000 pour une année universitaire, dont Rs 200 000 à Rs 400 000 pour les frais de scolarité et Rs 96 000 à Rs140 000 le coût de la vie.
— Singapour : Rs 1,3 millions pour une année, incluant Rs 925 000 de frais universitaires et Rs 425 000 pour le coût de la vie.
— Chine : entre Rs 125 000 et Rs 465 000 par année, dont Rs 75 000 à Rs 400 000 de frais universitaire. Coût de la vie : Rs 25 000 à Rs 93 000 .
— Afrique du Sud : Rs 235 000 par an, dont Rs 175 000 de frais de scolarité et Rs 59 000 pour vivre quotidiennement.