De plus en plus de jeunes mauriciens partent étudier à l’étranger. En 2011/2012, le nombre total s’élevait à 10,063, soit 10% de la population estudiantine. Avec la mondialisation et l’Internet aidant, l’étudiant se trouve devant un vaste choix d’universités dans beaucoup de pays. Et il est vrai qu’étudier à l’étranger présente de nombreux avantages comme l’apprentissage ou le perfectionnement d’une langue étrangère, la découverte d’une autre culture, une ouverture sur ce monde en changement et une meilleure compréhension de la mondialisation et de ses enjeux. Et l’obtention d’un diplôme délivré par une université étrangère apporte un plus sur le CV. Toutefois, les études à l’étranger demandent de réels efforts sur soi et il faut envisager son expatriation comme un véritable défi, car de nombreux obstacles inattendus se dressent devant l’étudiant. Certains y réussissent, d’autres connaissent des désillusions qui les poussent à abandonner leurs études en cours de route et retournent au pays accablés. Nous avons recueilli le témoignage de deux jeunes filles qui ont été contraintes de mettre fin à leurs études à l’étranger mais qui toutefois n’ont pas renoncer à étudier.
Soucis financiers de Rita
Rita, aujourd’hui âgée de 23 ans, était partie en Chine pour des études en médecine (MBBS). Mais elle s’est trouvée contrainte, pour des raisons financières, de retourner au pays avant la fin de ses études. « J’ai failli sombrer dans une dépression quand je suis retournée. Je suis sans emploi et sans aucun diplôme, et je n’ai aucune expérience professionnelle. J’ai étudié pendant trois ans et demi pour des études en médecine qui durent six ans; il ne me restait que deux ans et demi à compléter, dont un an d’internat. Cela a été une très mauvaise expérience pour moi, et tout avait déjà mal commencé. Trois mois après mon départ, j’ai appris la nouvelle de la mort de mon père. C’était une période douloureuse et comme seule ma mère subvenait aux besoins de la famille et mon frère étant toujours scolarisé, il devenait de plus en plus difficile pour moi de financer mes études. On dit que comparé aux pays européens, le coût de la vie en Chine est moins chère. Ce n’est pas mon avis. Là-bas, les frais supplémentaires comme les photocopies, les livres, etc., et tout le matériel pour la pratique sont onéreux. Je suis donc retournée à Maurice en juin 2012 et, depuis, je suis au chômage. »
Ne jamais abandonner
Rita ne compte pas baisser les bras pour autant. Elle suit actuellement des cours en ACCA level 1, dit-elle, « faute de rien. » Elle a fait appel aux autorités concernées et au ministère de l’Éducation, elle est toujours en attente d’une réponse. « Au commencement ça a été très dur, voire traumatisant, car à part la médecine, je ne voulais pas faire autre chose. Mais il y a parfois des circonstances dans la vie qui nous obligent à changer totalement de direction et si on n’est pas confiante en l’avenir, on ne pourra pas avancer. Alors, j’essaye d’être positive, de ne pas abandonner », dit-elle.
En attendant, la jeune femme recherche un emploi dans le domaine de l’administration, ce qui, dit-elle, lui permettra d’économiser tout en apportant sa contribution à la maison. Elle garde espoir quant à la possibilité de terminer ce qu’elle a commencé.
Quand la langue devient obstacle
Pour Nadia, âgée de 20 ans, sa plus grosse difficulté en arrivant pour des études supérieures en communication en Malaisie a été le problème de communication. La langue devenant un obstacle, Nadia a vécu une mauvaise adaptation. Elle est partie en Malaisie en septembre 2011 et est retournée fin octobre, soit un mois après. « J’avais un très gros problème de communication puisque dans le village où j’étais, les habitants ne parlaient que le malais. Et comme l’université dans laquelle j’étais se trouve très loin de la capitale, je n’avais personne avec qui je pouvais vraiment communiquer. Nous étions huit étudiants mauriciens dans l’appartement où j’étais. Mais eux, non plus, ne se montraient pas très coopératifs. Je devais ainsi me débrouiller absolument seule, dans un pays que je ne connaissais pas, et où les habitants et moi ne parlions pas la même langue », raconte-t-elle avant d’ajouter : « J’ai manqué ma journée d’orientation à la fac, ce qui m’a complètement déboussoler. J’ai même atterri dans une salle remplie d’étudiants en master. La honte! Bref, j’avais le sentiment que le mauvais sort s’acharnait contre moi. »
Comme pour de nombreux étudiants, faires ses études à l’étranger était un rêve pour Nadia. « J’ai toujours voulu étudier à l’étranger. Mes deux cousines étaient parties en Malaisie et m’avaient vanté le mérite de ce pays et de l’université où elles étaient (pas le même que le mien). Je me suis laissée tenter. Mais elles avaient eu une bien meilleure expérience que moi, et je ne m’attendais pas du tout à de telles affres », dit-elle.
Ne s’adaptant pas, Nadia est revenue poursuivre ses études à l’Université de Maurice où elle fait un BA in English.
Le mariage et la grossesse, ou l’obligation de prendre un emploi sont d’autres facteurs qui poussent des étudiants à abandonner leurs études. Mais tout est une question d’organisation. Pour éviter ces erreurs de parcours il faut bien se renseigner sur l’université qu’on a choisie et du pays dans lequel on résidera. Voici quelques pistes pour vous aider à franchir les obstacles :
Assister aux cours. Ceux qui découvrent l’univers des études supérieures se trouvent en effet face à beaucoup de liberté et pas d’obligation d’assister aux cours en amphithéâtre. Et si l’on se dit au début que l’on rattrapera « plus tard » quand arrivent les partiels, c’est la panique.
De l’investissement personnel. Il en faut, et beaucoup. Si l’on ne mesure pas très bien les attentes des profs, ne pas hésiter à leur poser la question en fin de cours.
Travailler à plusieurs. Le travail de groupe comporte en soi une vraie aide. Pour trouver le binôme ou trinôme efficace de ses études, usez et abusez de la bibliothèque. Profitez aussi des travaux de groupe pour créer des liens. Une fois les contacts créés, les réseaux sociaux sont un moyen dont nombre d’étudiants usent ensuite pour s’entraider.
Organiser son temps : Une clé de la réussite. Il faut jongler entre heures de cours, activité sportive, éventuel petit job et envie d’aller boire un verre avec les copains. Sans perdre de vue l’objectif : réussir son année en fournissant le travail nécessaire. Mieux vaut donc faire le tri, et, bien au calme devant son agenda, répartir le tout en un emploi du temps personnel. En veillant à planifier sur l’année, et pas seulement sur les douze semaines d’un semestre.
Demander de l’aide. On en a le droit d’être un étudiant en difficulté momentanée. C’est le moment de se tourner vers les tuteurs, étudiants et/ou profs institués dans chaque fac ou les conseillers d’orientation.