Cette jeune Mauricienne au parcours universitaire brillant aux États-Unis, et maintenant en France, fait parler d’elle. La soif d’apprendre pousse Teejana Beenessreesingh à avancer sans hésitation et sans ménager ses efforts. Après ses études au QEC, elle met le cap sur les USA et intègre le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), puis part en France où elle étudie actuellement à la non moins prestigieuse HEC (École des Hautes Études Commerciales). Elle vient de se distinguer parmi les 100 “MBAs to watch 2019” dans le monde.

C’est le site très connu Poets & Quants regroupant tous les ‘MBAs’ qui vient de la classer parmi les 100 meilleurs au monde cette année. « J’ai été sélectionnée par une équipe de journalistes indépendants afin de figurer parmi les 100 premiers “MBAs to Watch” de 2019 au niveau mondial. Le classement est majoritairement concentré sur les États-Unis mais regroupe les MBAs du monde entier », explique la jeune femme. « Je suis particulièrement heureuse d’avoir été sélectionnée. La réorientation de carrière que j’ai initiée il y a bientôt deux ans représente en effet beaucoup pour moi et a impliqué un grand nombre de concessions tant sur le plan personnel que professionnel. Cela me conforte dans l’idée que ce fut une bonne décision de poursuivre ma passion. »

Cette native de Beau-Bassin a étudié au Queen Elizabeth College avant de poursuivre son rêve de faire des études aux États-Unis. Après une réussite à l’examen SAT, avec un sans-faute en mathématiques, sans oublier le soutien de ses parents, Anand et Narvada et de sa sœur, Kaleena, elle a été encouragée, dit-elle, à envoyer sa candidature dans des universités de la Ivy League, notamment au MIT et Stanford. En 2004, à sa grande surprise, elle est retenue pour des entretiens au MIT et Harvard. Ayant obtenu une bourse complète pour rejoindre le MIT, elle choisit d’y poursuivre des études et décroche un BSc Management Science and Economics.

À Wall street en pleine crise financière

« Par la suite, j’ai eu l’opportunité de rejoindre la banque d’investissement UBS Investment Bank, le jour même où Lehman Brothers a fait faillite. Je commence donc à travailler à Wall Street en pleine période de crise financière, mais je m’en réjouis sachant que cela a été très formateur pour un début de carrière », explique Teejana Beenessreesingh. Avec deux ans d’expérience en tant qu’Investment Banking Analyst, la jeune femme rejoint un des plus grands fonds d’investissement au monde, Citadel, où elle est chargée de la gestion de portefeuilles.

Pendant ce temps, l’idée de créer sa propre entreprise sociale ne la quitte plus. « Je pars alors de Citadel pour créer BeeJooS.com, une entreprise qui permet aux artisans de vendre leur savoir-faire, à travers leur artisanat à des prix plus avantageux aux États-Unis. Cette idée m’était venue quand, étant gamine, j’accompagnais ma grand-mère paternelle pour faire du bénévolat à l’école des aveugles à Beau-Bassin. C’est la possibilité d’aider des personnes défavorisées en leur donnant accès à un marché qui recherche des produits issus de l’artisanat local qui m’a poussée à créer BeeJooS.com », relate-t-elle.

Après deux ans d’expérience entrepreneuriale, un “hedge fund” new-yorkais voulant investir dans des startups la recrute en tant que Junior Portfolio Manager. « C’est ainsi que je passe quatre ans à rechercher, valoriser et compléter des investissements dans la Fin Tech », dit-elle. Malgré ces expériences très enrichissantes, Teejana Beenessreesing réalise rapidement qu’elle ne souhaite pas poursuivre l’intégralité de sa carrière dans la finance. « Je commence ainsi à me renseigner sur les différentes opportunités de MBAs », raconte-t-elle. En contactant HEC, elle parvient à obtenir une bourse d’excellence et c’est avec une grande excitation, dit-elle, qu’elle fait le saut de New York à Paris, après une dizaine d’années passées aux États-Unis, précisément à Manhattan.

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a choisi HEC, elle dit que les Mauriciens ont une grande affinité avec la France. « Je voulais absolument avoir une expérience de gestion dans une autre culture que la culture américaine et avoir l’opportunité d’intégrer HEC m’a paru immanquable. De plus, je voulais accomplir une transition dans le luxe, et HEC a le réseau le plus remarquable au niveau des boards de maisons de luxe comme Kering, LVMH et Richemont »,explique-t-elle.

Actuellement, elle complète donc son MBA à HEC avec spécialisation dans la “Digital Transformation” et dans la gestion du luxe, car c’est le domaine dans lequel elle souhaite évoluer. Elle aimerait pouvoir intégrer une maison de luxe pour gérer une équipe. Après obtention de son MBA, elle a prévu de faire du conseil en management et stratégie chez Bain & Company, une firme basée à Dubaï. Mais à terme, son rêve est d’intégrer le comité exécutif d’une grande maison de luxe « car pour moi, le luxe regroupe des métiers passionnants, internationaux, analytiques et créatifs ».

« Rien n’égale la chaleur mauricienne »

À ce stade, elle a eu l’opportunité d’être élue présidente du Club de luxe de HEC où elle organise des visites avec les PDG de grandes maisons de luxe des groupes LVMH, Kering et Richemont. De plus, elle a créé la première conférence de HEC dans le luxe qui a regroupé tous les MBAs en Europe intéressées par l’industrie du luxe. Elle a également été Career Representative pour sa classe, dans l’objectif d’aider les étudiants à atteindre leurs objectifs de carrières.

Par la suite, en tant que vice-présidente du club Private Equity et Venture Capital, la jeune femme a contribué à améliorer les relations de HEC avec divers fonds d’investissement. Mais ce qui lui tient particulièrement à cœur, c’est qu’elle a travaillé avec les divers programmes de diplômes de HEC afin de créer plus d’opportunités pour les femmes dans les secteurs où elles ne sont pas bien représentées. « Je pense d’ailleurs que c’est la somme de toutes ces expériences qui ont joué en ma faveur pour ma sélection par Poets & Quants », raconte-t-elle.

En stage dans le cadre de son MBA à la célèbre maison Cartier au sein de l’équipe Marketing international en joaillerie, elle dit avoir eu l’opportunité de travailler avec une manager très inspirante sur la stratégie de lancement d’une ligne de joaillerie. « Cette expérience a été passionnante, d’autant plus que le sujet se rapproche de ma thèse dans laquelle j’étudie le lien entre cultures, émotions et comportement d’achat. Cette expérience chez Cartier m’a permis de vivre une ‘360 Activation ‘ dans les marchés les plus importants pour le luxe dont la Chine, le Japon, les États-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Moyen-Orient », poursuit Teejana Beenessreesingh.

Maintenant qu’elle touche son rêve du bout des doigts, Teejana Beenessreesingh ne songe pas vraiment à rentrer au pays, mais cette option n’est pas à écarter dans le futur, même si après avoir vécu et travaillé aux États-Unis et en Europe, son souhait est de vivre en Asie. « Mon pays natal est très proche de mon cœur. Cette option reste ouverte. Pour le moment, je profite encore de quelques années afin d’acquérir des connaissances plus approfondies auprès d’organisations internationales. Cependant, je garde toujours en tête l’idée de revenir à Maurice un jour. Paris et New York sont des villes merveilleuses, mais rien n’égale la chaleur mauricienne au quotidien. »