Le cas de Cynthia (prénom modifié), l’étudiante camerounaise trouvée séropositive lors de son arrivée à Maurice en février dernier où elle devait entamer des études tertiaires, et qui était menacée d’expulsion, a été présenté en Cour suprême ce matin. La cour avait autorisé l’étudiante à demander une “judicial review” et les débats en ce sens devaient avoir lieu aujourd’hui. Les avocats du PMO ont ainsi informé la cour que, sur une base humanitaire, ils étaient disposés à étendre le visa de la Camerounaise jusqu’à la fin de ses études, en janvier 2016. Or, ce n’est qu’en juin que Cynthia a commencé ses études, et ce après un ordre de la cour lui permettant de rester jusqu’à ce que l’affaire soit entendue. Ses études se termineront donc en juin 2016 et l’étudiante devra produire un nouvel affidavit pour le démontrer. Face à ce nouveau développement, les hommes de loi du PMO ont demandé du temps additionnel pour reconsidérer leur proposition.
Suite à la décision du Passport and Immigration Office d’annuler son visa d’étudiante après qu’elle ait été testée positive au VIH/sida, l’étudiante camerounaise, par le biais de son homme de loi, Me Burty François, avait déposé une motion en Cour suprême pour demander une révision judiciaire de la décision. Le 6 mai, le Senior Puisne Judge Eddy Balancy et la juge Ah Foon Chui Yew Cheong lui avaient ainsi accordé la permission de demander une “judicial review”. Les débats étaient prévus ce matin. Or, les avocats du PMO ont informé la cour que, sur une base humanitaire, ils étaient d’accord que l’étudiante reste à Maurice jusqu’en janvier prochain, date qui avait été mentionnée dans son affidavit. Face à cette proposition, l’homme de loi de l’étudiante, Me François, devait alors informé la cour que ce n’est qu’en juin que Cynthia a commencé ses études après un ordre de la cour lui permettant de rester jusqu’à ce que l’affaire soit entendue. Ce faisant, ses études en Hospitality Management se termineront donc en juin prochain. Ce nouvel élément a fait tiquer les avocats du PMO, lesquels ont déclaré qu’une décision a été prise par rapport aux faits jurés dans l’affidavit selon lesquels la jeune fille terminait ses cours en janvier 2016. « We are bound by the averments made in the affidavit, applicant had ample time to file a new affidavit », a fait ressortir Me Chittoo, la représentante du PMO. Le Senior Puisne Judge Eddy Balancy devait aussi soutenir que l’avocat de la plaignante aurait dû jurer un nouvel affidavit pour faire état de ces changements. Me Burty François a ainsi demandé à la cour un renvoi afin qu’il puisse faire le nécessaire pour jurer un nouvel affidavit, lequel devra être accompagné d’une attestation de l’institution tertiaire où est admise Cynthia pour confirmer qu’elle a bien débuté ses cours en juin suite aux difficultés qu’elle a rencontrées en apprenant sa séropositivité. L’affaire sera de nouveau appelée le 1er octobre.
Le 6 mai dernier, Cynthia, 28 ans et d’origine camerounaise, laissait exprimer son « soulagement, quand la justice mauricienne a tranché quelque part en ma faveur, en nous donnant, à moi, PILS et mes avocats, le droit de présenter mon cas en Cour suprême, comme cela a été le cas ce matin ». La jeune femme, qui poursuit des études tertiaires en Hospitality Management, faisait état en avril dernier, dans les colonnes du Mauricien, du calvaire vécu à son arrivée à Maurice… En effet, quelques semaines plus tôt, en se soumettant à des examens en vue d’un bilan de santé, impératif pour tous les étrangers venant poursuivre des études à Maurice, les services de l’Immigration l’ont immédiatement menacée de déportation parce qu’elle avait été trouvée séropositive.
Effondrée dans un premier temps, elle dit ne devoir son salut qu’à PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida). « Ses animateurs et ses responsables sont devenus ma famille alors que je passais par des moments terribles, loin de mes parents. Ce sont eux qui m’ont donné la force, par le soutien qu’ils m’ont offert, de me battre pour faire respecter mes droits. » De fait, explique pour sa part Lovena Luchooman, Social Worker chez PILS – et qui était responsable du dossier de Cynthia –, « les premières semaines, quand elle était sous le coup d’une déportation imminente, elle ne mangeait plus, ne riait plus et ne dormait plus », ajoutant : « Elle maigrissait à vue d’oeil. Et nous, à PILS, nous étions vraiment inquiets pour sa santé. »
« Après le verdict du 6 mai, continue Lovena Luchooman, Cynthia a repris confiance. L’élément positif avec la décision du judiciaire lui a donné un “boost” et elle a repris goût à la vie. Elle s’est concentrée comme il faut pour ses études et elle souriait, parlait… On voyait le changement positif s’opérer en elle. » De fait, Cynthia, interrogée par Le Mauricien, soutient que « cette décision du judiciaire m’a donné du courage pour poursuivre mon parcours, en l’occurrence mes études que je rêvais de faire à Maurice ».
Toutefois, explique encore Lovena Luchooman, « il y a une semaine environ, Cynthia a recommencé à stresser et n’affichait plus le sourire ». Comme la date de la prise de son affaire en Cour suprême approchait, « elle a recommencé à s’inquiéter ». Ne se voilant aucunement la face néanmoins, la jeune femme dit ne pas savoir « ce que me réserve l’avenir » s’agissant de l’affaire en cour ce matin. Mais, soutient-elle, « quelle que soit la décision de la justice mauricienne, en qui j’ai pleinement confiance, je la respecte ».