En tout cas, depuis ce week-end, du côté de l’hôtel du gouvernement comme du Joint Economic Council (JEC), l’on affirme être conscient qu’il faudra redoubler de vigilance pour affronter ces éventuels ondes de chocs. L’une des inquiétudes les plus aggravantes est que la situation économique dans la Zone Euro pourrait se dégrader encore davantage. Malgré les efforts de diversification des marchés, l’Europe, plus particulièrement la France, reste un des principaux partenaires de Maurice. Le tourisme, avec une part de 30% de visiteurs venant de France et environ 12% de la Réunion, ne cache pas sa situation de vulnérabilité dans la conjoncture. Du côté du JEC, l’on concède que le textile et le secteur émergent du BPO/ICT doivent se préparer pour affronter une période difficile.
En attendant la réouverture des marchés internationaux, demain matin, pour prendre la mesure des répercussions de cette dégradation de la note de la France par Standard and Poor’s avec des perspectives négatives, à Maurice, l’attention est braquée sur l’évolution du taux de change de l’Euro par rapport à la roupie mauricienne depuis ces derniers mois. Les données publiées sur le site web de la Banque de Maurice sur le taux de change de la roupie par rapport l’euro indiquent une déprécation de l’ordre de 11,7% au cours de ces douze derniers mois.
En janvier de l’année dernière, l’euro s’échangeait à Rs 41.51 en moyenne, alors qu’à la fermeture du marché, vendredi, le taux de change affichait Rs 36.61. Des touristes se déplaçant à Maurice à intervalle régulier, ou encore ces ressortissants français ou des Mauriciens installés ou de retour au pays et touchant leurs retraites en euro, ressentent de plein fouet les effets de cette dépréciation. Depuis le mois de juillet 2011, le taux de change de l’euro s’est maintenu sous la barre des Rs 40.
Les effets de la dépréciation de l’euro se font amplement sentir dans le secteur des exportations du textile. Des spécialistes disent craindre de voir le textile faire face à des effets conjugués d’une baisse des recettes à l’exportation et de la concurrence des produits bas de gamme venant d’Asie, vu l’érosion du pouvoir d’achat des consommateurs européens minés par la crise.
Un premier exercice d’évaluation laisse voir qu’une baisse d’un point dans le taux de change euro/roupie représenterait un manque à gagner de l’ordre de Rs 250 millions. Ainsi, avec un potentiel de Rs 40 milliards sous forme d’exportations de textile, le coût de la dépréciation de l’euro est estimé à environ Rs 1,3 milliards en une année, soit une moyenne de Rs 1 milliard par mois, avec un taux de dépréciation optimiste de 5% pour 2012.
Les perspectives pour l’industrie sucrière ne s’annoncent guère intéressantes en 2012, même si en 2011, les conditions à l’exportation ont fait que les planteurs de cannes ont obtenu Rs 15 800 par tonne. Par contre, des prévisions de la reprise des récoltes sucrières dans les principaux pays producteurs dans le monde viendront s’ajouter à la baisse du taux de change de l’euro. Avec des exportations sucrières d’une valeur brute de Rs 7 milliards, les pertes en devises pour le sucre pourraient varier de Rs 350 millions à Rs 700 millions, dépendant de l’envergure de la baisse dans le taux de change de l’euro.
L’industrie du tourisme, qui caresse une nouvelle fois l’ambition de passer la barre d’un million de visiteurs cette année, se prépare à obtenir la confirmation d’un mois de décembre en demi-teinte. En effet, Statistics Mauritius devra confirmer dans les jours à venir que le nombre de touristes enregistrés en 2011 sera inférieur aux prévisions déjà ramenées à la baisse.
En principe, l’objectif pour 2011 était de 975 000 contre 934 827 en 2010. Or, les chiffres officiels attendus dans la semaine devraient tourner autour de 965 000, soit 10 000 de moins. Cette performance en deçà des prévisions viendra se conjuguer avec la politique de prix au rabais pratiquée par le secteur hôtelier dans une tentative de garder la tête hors de l’eau. Le taux de change de l’euro devra également peser lourd au niveau de la profitabilité des compagnies hôtelières, déjà mise à rude épreuve au cours de ces dernières années.
D’autre part, les premières prévisions des effets de la crise de l’euro font voir que la filière du BPO/ICT pourrait se retrouver avec des baisses de revenus de l’ordre de 15%. Mais le plus difficile est à craindre avec les nouvelles difficultés dont fait face l’économie française. C’est du moins le point de vue exprimé par le JEC.
« La France reste un partenaire important pour le tourisme, le textile et le BPO/ICT. L’évolution de la situation en France, avec la dégradation de la note ‘triple A’ is a matter of major concern. Nous craignons des risques de pertes de marché en Europe même si dans l’immédiat, les effets ne devront pas se faire sentir. Nous devrons redoubler de vigilance et initier des mesures et actions en vue de parer au plus pressé. Il se confirme que 2012 sera encore plus difficile », a fait comprendre à Week-End un porte-parole autorisé du secteur privé.
Dans cette perspective, le Joint Working Group sur l’Europe, qui comprend des représentants du ministère des Finances, de la Banque de Maurice et du JEC, pourrait se réunir au cours de la semaine pour passer en revue la situation et décider des mesures à prendre. « Avec le National Resilience Fund et l’expérience accumulée au cours de ces dernières années, nous pouvons nous féliciter de disposer du mécanisme et des instruments pour encadrer les entreprises qui se retrouveront en difficulté. Nous devrons maintenir une cohérence dans la politique d’intervention et dans la politique monétaire car dans la conjoncture, l’objectif est de sauver à tout prix des emplois et de maintenir le chômage à un taux tolérable », poursuit cette source au sein du JEC, qui cache difficilement les inquiétudes face aux retombées sur Maurice de la crise économique en Europe.