Le groupe ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) et les pays les moins avancés ont intensifié ces jours-ci leur campagne de lobbying contre la proposition de la Commission européenne de supprimer les quotas sucriers en 2015. Le Premier ministre adjoint du Swaziland Themba Masuku a pris le leadership d’un mouvement dans ce sens et a rencontré hier le Commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural Dacian Cialos ainsi que les représentants permanents et ambassadeurs des Républiques d’Italie, de la Slovénie et de la Suède. « Cette proposition européenne aura des conséquences très graves pour Maurice », a déclaré le directeur du Syndicat des sucres Jean Noël Humbert.
Les négociations sur cette nouvelle réforme de la politique sucrière de l’Union européenne ont atteint un point critique à Bruxelles et Strasbourg. Ce qui explique la démarche politique de Themba Masuku qui est porteur d’un message, considéré comme vital, à l’Union européenne de la part du Swaziland mais et de tous les pays ACP et des pays les moins avancés (PMA), dont la population et l’économie dépendent des exportations sucrières sur le marché européen.
Le message du porte-parole des ACP et des PMA est simple : afin que les programmes de modernisation et d’expansion portent leurs fruits et contribuent au développement des économies ACP « nous avons besoin d’une période supplémentaire de cinq ans de stabilité dans la politique européenne et dans son marché ». « Après 2020, nous développerons d’autres secteurs économiques sur la base d’une industrie cannière durable et profitable. »
Citant l’exemple du Swaziland, il a souligné que l’industrie sucrière est d’une importance critique dans le développement socio-économique de ce pays. Elle contribue à 18 % au Produit intérieur brut et emploie 35 % de la main d’oeuvre engagée dans l’agriculture.
Comme les autres pays ACP, le Swaziland met en oeuvre un programme de réforme sucrière financé partiellement par l’Union européenne. Le marché européen absorbe 300 000 tonnes de sucre produites au Swaziland, soit la moitié de la production sucrière de son pays. Ce qui génère 50 % des recettes sucrières et 58 % de la valeur des exportations de tous les produits de ce pays.
« Les développements encourageants observés dans le cadre de la diversification et la modernisation de l’industrie sucrière du Swaziland et de tous les pays ACP sont maintenant menacés par la proposition de l’Union européenne de réformer la politique sucrière européenne », a observé le Premier ministre adjoint du Swaziland. Le message de ce dernier fait écho de la position des pays ACP producteurs de sucre concernant la réforme sucrière proposée et reconnaît que les opérations des raffineries européennes représentent un marché important pour le sucre roux en provenance des pays ACP.
« The maintenance of those operations is of key importance to us. If necessary, measures should be considered to support this part of the market, but naturally, we cannot support any measures which could compromise the preferences afforded to ACP and LDC sugar producers », insiste Themba Masuku. Et d’ajouter : « Our red line is that ACP and LDC preferences must be maintained and crucially that Swaziland in common with all ACP and LDC countries must be able commercially to access the preferences enshrined in the ACP-EU Cotonou Agreement and the Economic Partnership Agreements. »
Cette mission est suivie par les autorités mauriciennes qui soutiennent entièrement les initiatives du Premier ministre adjoint du Swaziland. « La suppression des quotas sucriers aura non seulement des conséquences graves sur l’industrie sucrière mauricienne mais va aussi rendre le marché européen instable, imprévisible et volatile », explique Jean Noël Humbert, directeur du Syndicat des Sucres. Il rappelle que l’intégration de l’industrie cannière a été financée grâce à l’aide financière de l’Union européenne et que l’industrie sucrière ne commence à peine à récolter les efforts qui ont été faits pour mener à bien cette réforme.