Après la récente joute électorale et au vu du feel-good factor dans le pays suite à l’impressionante victoire de l’alliance Lepep, l’heure est au bilan et – pour reprendre le terme du nouveau premier ministre – il est temps de participer à la reconstruction nationale. Il serait également intéressant de faire une observation sur une subtile transformation sociétale quant au rapport du Mauricien à un sentiment très particulier: le bonheur.
La quête du bonheur est très louable et c’est ce qui a permis à l’Homme – et dans le cas qui nous intéresse: aux Mauriciens – de faire une avancée économique considérable ces dernières décennies, surtout durant les années 80-90. Mais il faut être capable d’identifier les nuances et reconnaître la dangereuse inflexion dans la définition du bonheur au niveau sociétal et l’impact, parfois malsain, que cela peut avoir. J’avance mes observations sur trois points qui marquent une rupture dans notre rapport au bonheur.
D’abord, la consommation de masse. Sans vouloir donner pied aux socialistes, il faut reconnaître que la mondialisation apporte inéluctablement un train de vie à l’américaine, avec tout ce que cela implique en termes de consommation. Le Mauricien se voit entraîner dans un rythme effréné de consommation et, pour preuve, le pouvoir d’achat devient la préoccupation principale des divers acteurs sociaux. Assimiler le bonheur à l’acquisition d’objets matériels constitue une première rupture, qui peut aisément être contrastée avec l’approche économe (travailler dur et épargner pour la prochaine génération au lieu de consommer) de nos aïeux.
Deuxièmement, le Mauricien devient esclave malgré lui de cette nouvelle culture de l’immédiat et éprouve un besoin grandissant pour la gratification instantanée. Donc, non seulement il consomme plus, mais il veut gagner plus – pas par le travail qui est un processus long et requiert de l’effort, mais par des moyens plus rapides et moins coûteux en termes d’effort comme les jeux de hasard. L’explosion dans le marché des jeux de hasard sonne le glas sur la deuxième rupture; alors que pour les générations précédentes, les jeux de hasard étaient considérés comme un vice et étaient sources de honte ou d’embarras, le Mauricien peut maintenant jouer de façon décomplexée et se permet même d’aspirer à compter sur ces jeux comme sources de revenus…
Troisième signe annonciateur d’un profond changement sociétal: le croisement entre l’hédonisme et l’endettement. Le Mauricien, dans sa nouvelle quête du bonheur sous forme de plaisir spontané reflétant l’assise d’une forme d’hédonisme contemporain aux accents consuméristes dans la société, ne peut s’empêcher de s’endetter pour assouvir son besoin d’ostentation. Il devient socialement acceptable, voire nécessaire, de vivre au-dessus  de ses moyens et l’endettement aveugle devient une norme qui était absente pour les générations passées. Le phénomène se répercute au plan national avec le niveau d’endettement du gouvernement ayant connu une aggravation drastique au cours des dix dernières années.
Au vu de ce qui précède, on pourrait s’étendre longuement sur les causes de ce changement comportemental du Mauricien et le travestissement du bonheur à ses yeux – allant de l’emprise de la mondialisation jusqu’au culte du “roder-boutisme” dans nos valeurs par nos politiciens. Il serait peut-être plus sage de reconnaître le coupable dans nos miroirs et se rendre compte du danger qui nous guette si l’on ne se prête pas à une sérieuse remise en question, avec la participation de nos acteurs sociaux.