Les ex-habitants de Riverbank Anse-Courtois ont quitté la salle d’oeuvres de l’église de Pailles et sont logés depuis hier soir dans les locaux qui abritaient autrefois un centre d’accueil pour toxicomanes. Mais grâce à un travail formidable des bénévoles pendant la journée de samedi et de dimanche pour rendre l’endroit habitable, point de trace pouvant indiquer l’ancienne vocation de ces lieux. Ces familles sont entrées hier après-midi dans un environnement propre, clair, accueillant et sûr. Elles y seront pour une quinzaine de jours, le temps de compléter les procédures pour leur installation dans les nouvelles maisonnettes à Gros-Cailloux, construites par la National Empowerment Foundation.
Les adultes, particulièrement les mères de famille, avaient de sérieuses réserves jusqu’à leur départ de Pailles hier après-midi, pour se rendre à Beau-Bassin, dans l’abri temporaire proposé par la PPS Aurore Perraud. Elles craignaient que l’endroit ne soit rassurant en raison de la mission de précédents locataires de bâtiment.
« Ayo noun finn tann dir ki pou met nou dan sant drogue, nou pa anvi al laba nou », confiaient au Mauricien vendredi dernier quelques-unes d’entre elles avec une profonde inquiétude. Mais les membres du comité de soutien, autour des pères Gerard Mongelard et Laurent Rivet, s’y sont rendus d’abord en éclaireur, pour un constat des lieux avant de faire déménager ces familles en détresse. Ils y ont découvert quelques points positifs, notamment l’espace disponible, deux grandes salles pouvant servir de dortoirs, l’existence des douches/WC, une grande varangue, un coin cuisine et une grande cour. Toutefois, l’endroit était à l’abandon et tout était sombre. Il fallait urgemment un grand coup de nettoyage et quelques menus travaux de réparation ici et là pour rendre ce lieu vivable et l’environnement un peu plus agréable. Chapeau à ces nombreux volontaires qui se sont mis à la tâche immédiatement à la suite d’un appel lancé par le comité de soutien au sein duquel l’ENL Foundation apporte une contribution remarquable.
Crispé à leur arrivée à Beau-Bassin vers 17 heures, le visage de ces ex-habitants de Riverbank Anse Courtois s’est détendu en découvrant l’endroit et devant l’accueil que leur a réservé les bénévoles qui les ont mis à l’aise. On leur a servi une petite collation. Pendant que les enfants, ravis de l’espace de jeu à leur disposition, prenaient d’assaut la cour, les adultes s’enquéraient auprès des pères Mongelard et Rivet des nombreuses choses pratiques et des détails sur la région : « Eski nou an sekirite ? », « Kot pran bis pou al travay ? », « Ziska ki ler bis roule », « Kouma pou fer pou kui manze ? », « Kot legliz ete ? », « Eski nou bann fami kapav vinn isi ? », « Kouma pou fer ek zanfan kan nou pou al travay ? », « Kot laboutik ete ? ».
La principale préoccupation de ces familles demeure cependant la durée de leur séjour dans ce lieu temporaire même si elles sont hébergées dans des conditions correctes. « Komie letan nou pou isi monper ? Sa ki nou bizin kone… » ont demandé avec insistance hier après-midi les femmes. Le père Mongelard leur rappelle alors l’engagement pris par la PPS Aurore Perraud lors d’une rencontre la veille à l’église de Pailles. Celle-ci leur a donné l’assurance que les familles resteront là-bas pour une quinzaine de jours en attendant les travaux pour la connexion de l’eau et de l’électricité et quelques travaux de finition dans les maisonnettes à Gros-Cailloux.
« Nous saluons les efforts de la PPS Perraud pour trouver une solution pour ces familles. Les choses semblent aller dans la bonne direction. Elle a dit que les familles iront dans des maisonnettes individuelles à Gros-Cailloux au plus tard dans 15 jours. Je souhaite que ses collègues au gouvernement la soutiennent dans ces démarches. Ces familles ne doivent pas rester indéfiniment là-bas. Le plus tôt qu’elles bougent c’est le mieux. Il ne faut pas les laisser dans l’instabilité qui peut être perturbant psychologiquement », dit au Mauricien le père Mongelard.
Le comité de soutien a mis en place un programme d’accompagnement et d’encadrement pour ces familles durant leur séjour dans cet abri temporaire, en tenant des besoins spécifiques, des chefs de famille, des jeunes et des enfants. Ce passage à Beau-Bassin servira de préparation à leur installation dans leur nouvelle demeure à Gros-Cailloux. Tandis que l’ONG Family Care assure une présence quotidienne sur les lieux pour l’intendance. « Outre l’accompagnement psychosocial, il y a beaucoup d’aspects administratifs qui entrent en jeu. Nous sommes là comme administrateur du lieu pour que les choses se déroulent correctement », explique Jean-Marie Pazot, responsable de cette ONG.