Alors que l’on est déjà presque à la moitié de l’année scolaire, les candidats de SC et de HSC viennent d’apprendre que, pour pouvoir bénéficier d’un “full payment of the examinations fees”, ils doivent avoir un taux de présence d’au moins 90% pendant l’année où ils prennent part aux examens. Si cette mesure permet de freiner l’absentéisme très élevé au niveau de ces deux classes, elle suscite aussi le débat dans les collèges en raison de son annonce tardive, provoquant une certaine inquiétude chez les candidats qui se sont absentés fréquemment depuis le début de l’année.
Cela fait des années que des recteurs de collèges d’État et directeurs des collèges privés tirent la sonnette d’alarme quant à l’absentéisme grandissant lors des trois dernières années des études secondaires. Chaque année, ils demandent au ministère de l’Éducation de prendre des mesures pour sanctionner les “absents habituels”, suggestions qui sont souvent ignorées. Il n’est un secret pour personne que l’absentéisme est beaucoup plus prononcé au niveau de la Form VI, et plus particulièrement en 3rd Year (repeaters). Selon les témoignages de recteurs et d’enseignants, il existe trois catégories d’absents en 3rd Year : ceux qui viennent en début d’année pour s’enregistrer et qui ne retournent pas au collège, les “on and off” qui viennent une ou deux fois par mois pour « montre figir », et ceux qui viennent une ou deux fois par semaine pour des classes de travaux pratiques. Quant aux élèves d’Upper VI, ils ont une présence plus ou moins régulière durant le premier trimestre, mais commencent à s’absenter régulièrement à partir du second trimestre. Pratique également répandue en Form V.
Cette année, les autorités semblent avoir trouvé la solution pour inverser la tendance : le non-paiement des frais d’examens pour ceux ayant moins de 90% de taux de présence durant l’année où ils prennent part aux examens de Cambridge. Le Mauritius Examination Syndicate (MES) a fait part de cette mesure aux écoles dans le document “Cambridge – SC/HSC/GCE OCT/NOV 2015 Receipt of Entries” en date du 29 avril dernier. Au paragraphe 11 de ce document donnant les directives pour l’enregistrement des candidats, les chefs d’établissement ont appris au début de cette semaine que « Heads of school should inform their candidates that in order to benefit from the full payment of the examinations fees, Form V and and Form VI candidates should be requested to have attendance levels of at least 90% in the year of examination and that the same requirement will apply in respect of Form IV and Lower VI Student ».
Interrogations
La mesure n’est pas quelconque et interpelle les candidats et leurs parents. On en parle beaucoup aussi dans les “Staff Rooms”. Cette mesure prend-elle effet cette année ? Si oui, pourquoi avoir tardé à annoncer cette décision alors que l’école a repris depuis le mois de janvier ? Sur quoi s’est basé le MES pour fixer le taux de 90% ? A-t-on pris en considération la durée du troisième trimestre, qui est d’habitude plus court pour les candidats de SC et de HSC afin de leur permettre de compléter la révision à la maison ? Les recteurs sont pour leur part satisfaits que les autorités se soient enfin décidées à agir. « L’absentéisme au niveau des Upper Forms s’est beaucoup aggravé et il fallait venir avec des mesures fermes. Nous sommes favorables à cette décision, mais il manque beaucoup d’informations pour pouvoir la mettre en pratique cette année. Beaucoup de choses sont à clarifier et nous avons déjà écrit au ministère à ce sujet », déclare Ravind Ramjee, recteur du collège John Kennedy et président du syndicat des recteurs/assistants-recteurs de collèges d’État. Ceux-ci font remarquer qu’il n’y a aucune indication concernant la durée exacte de la “year of exams” citée dans le document, soulignant que le calendrier scolaire pour les classes de Form V et de Form VI n’est pas le même que celui des Forms I à IV et de la Lower VI. « Où commence et finit la “year of exams” pour les élèves de SC et de HSC. Il faut la définir, car l’école accorde un temps de révision personnel aux élèves avant les examens », poursuit Ravind Ramjee.
Du côté des enseignants, c’est ce taux de 90% de présence qui suscite le plus de débats. « L’intention de faire régresser l’absentéisme est fort louable, mais quels sont les critères que le MES a pris en considération pour arrêter ce quantum de 90% ? A-t-il consulté l’Institut de Pédagogie ? » demande Ally Yearoo, président de l’Education Officers Union (EOU), syndicat des enseignants du secondaire d’État. Ils sont plusieurs à soutenir que ce taux « est trop élevé », car ne correspondant pas aux réalités de l’école et à certaines exigences du cursus de certaines matières. Ils citent à titre d’exemple la préparation des “course works”, qui nécessitent plusieurs heures de travail, tant à l’école qu’à la maison. « Il est dommage que le MES n’ait pas jugé utile d’avoir l’avis des enseignants, car nous sommes bien placés pour dire ce qui est bon pour l’élève tout en respectant les règlements de l’école », souligne Ally Yearoo. « Le ministère devrait exiger une présence régulière tout au long du premier trimestre et au deuxième trimestre jusqu’à une semaine avant la tenue des “mock exams” qui se tiennent au mois de juillet », propose-t-il. Ce syndicat se prononce pour une certaine flexibilité sur la présence au troisième trimestre afin de permettre aux élèves concernés de compléter les “course works” et de réviser à leur propre rythme.
Avertissement
Selon les échos qui nous parviennent des collèges, un bon nombre de candidats de HSC pourraient ne pas être éligibles à cette subvention totale des frais d’examens si cette exigence de 90% de présences est appliquée dès cette année. « Cette mesure a été annoncée tardivement alors que beaucoup d’élèves ne sont pas là depuis le début de l’année », avancent des enseignants. Les candidats aux prochains examens de HSC ont été informés de la directive du MES, mais les classes sont toujours clairsemées. « Il n’y a aucune amélioration au niveau des présences », confiaient ce matin des enseignants. Selon nos informations, au ministère de l’Éducation et au MES, certains reconnaissent que cette mesure a été annoncée tardivement et qu’il est peu probable qu’elle entre en vigueur cette année. Cela sonne toutefois comme un avertissement aux candidats pour les années à venir.
Cette exigence de présence régulière pourrait cependant damer le pion à la propension des leçons particulières ayant lieu pendant des heures de classe. Dans un document à usage interne au ministère de l’Éducation, daté de l’année dernière, il est évoqué que « private tuition contributes to a large extent to exacerbating the problem just as poor pedagogy and work planning. »