Le Mauritius Examinations Syndicate (MES) a rendu publiques les Regulations and Syllabuses pour le Primary School Achievement Certificate (PSAC) 2017. Hormis quelques changements d’appellation, dans l’ensemble, les examens de fin d’études primaires demeurent une étape importante car les résultats des candidats détermineront le collège régional où ils seront admis. La compétition sera donc intense pour l’obtention d’une place parmi les collèges régionaux les plus sollicités et considérés dans la population comme des « high performing schools ». Le MES maintient l’examen de rattrapage – en vigueur dans le système CPE sous l’appellation « resit » – à l’intention de ceux à qui il ne manque qu’une matière pour l’obtention de ce diplôme de fin de cycle primaire. L’élément nouveau dans cet examen de rattrapage est la performance en Communication Skills (nouvelle matière), qui accorde une possibilité supplémentaire pour y être éligible.
La distribution aux parents durant la semaine écoulée par le ministère de l’Education d’une brochure sur le “Nine-Year Schooling” et la publication des Regulations & Syllabuses pour les examens du PSAC 2017 ramènent au-devant de l’actualité la réforme du système éducatif. Dans les faits, la PSAC n’apporte pas de changements fondamentaux dans les examens conduisant au cycle secondaire. Certes, tous les enfants, et ce indistinctement, obtiendront une place dans un collège régional à partir de 2018, quelles que soient leurs performances aux examens du PSAC. « Il n’y a pas grand-chose qui a changé. La place qu’un enfant obtient au secondaire dépendra de la qualité de ses résultats. La sélection des candidats pour l’admission en Form I est le point sur lequel a buté tout projet de réforme fondamentale du système éducatif mauricien », réagit le recteur d’un collège d’Etat.
En effet, les critères pour diriger les élèves vers les établissements secondaires sont les mêmes que dans le système actuel : performance globale du candidat aux examens, choix des parents et la distance entre la résidence du demandeur et le lieu de l’école. « Il y a 11 collèges en moins pour l’entrée en Form I, ce qui intensifiera la compétition pour obtenir une place dans un bon collège régional », disent parents et enseignants. « On ne parle plus de “A+” et on a remplacé les A, B, C, D, E et U par d’autres termes. Mais la fourchette des points pour connaître le niveau atteint des candidats est la même que pour le système du CPE. Au lieu de dire qu’un candidat a eu un “A” en maths, on dira qu’il a décroché un “Grade I” dans cette matière. Les leçons particulières continueront donc au même rythme », affirment les chefs d’établissements.
Selon ce document officiel du MES, l’obtention du nouveau diplôme sera basée sur deux types d’évaluation, soit un examen national organisé par cet organisme et un “school-based assessment”. Cette évaluation au niveau de l’école ne concerne que les “non-core subjects” et, pour l’examen de 2017, il n’y en a qu’une dans cette catégorie, à savoir Communication skills. « For Communication Skills, there will be school-based assessment which will be moderated by the MES. Arrangements will be made by MES for private candidates to be assessed in the non-core subject. »
Intéressons-nous à ce Communication Skills, qui est la seule nouveauté parmi les matières figurant au programme d’études. Dans le cas des “compulsory core subjects” (anglais, français, maths, histoire/géo et sciences) et des “optional core subjects” (asian language/arabic/kreol morisien), les élèves seront notés selon un système de graduation allant du Grade 1 (la note la plus élevée, soit pas moins de 70 points) au Grade 6 (la note la plus faible, soit pas plus de 30 points). Mais pour la notation en Communication Skills, l’examinateur a prévu trois niveaux de compétences, soit “Proficient”, “Intermediate” et “Basic”. Ainsi, si un candidat a obtenu la mention “Intermediate” et qu’il n’a réussi que seulement dans deux “core subjects” parmi les maths, l’anglais et le français, il n’est éligible pour l’examen de rattrapage que dans une seule matière. Le Communication Skills devient alors une possibilité supplémentaire de réussir à obtenir le diplôme de fin d’études primaires. Cette matière vise à évaluer les compétences de communication des élèves à l’oral en anglais, en français et dans un des “optional core subjects” (dans le cas des candidats concernés). Cette évaluation sera basée sur le programme d’études pour l’enseignement de ces langues. Objectif tout à fait louable sauf que, pour l’heure, il n’y a aucun préparatif dans les écoles témoignant de l’inclusion de cette nouvelle matière à l’avenir dans le “time-table” des profs. D’où le questionnement des parents d’élèves de Std V, qui seront les premiers candidats aux examens du PSAC, ainsi que du côté des chefs d’établissements. « Il n’y a rien de concret qui indique que nous démarrons bientôt avec le “Communication Skills”. Le ministère attendra-t-il l’année de l’examen pour familiariser les candidats avec cette matière ? » se demande Moonsamy Sunasee, président de la Mauritius Head Teachers Association. Et il n’est pas le seul parmi les pédagogues du primaire à insister sur la nécessité d’un programme de formation appropriée et solide à l’intention des personnes qui assureront les classes de “Communication Skills”. « La formation est la clé pour le bon déroulement de ces classes. Il faut aussi des “guidelines” et des “teachings aids”. Question : est-ce la responsabilité du MIE ou celle du MES pour subvenir à ces besoins ? » s’interroge Moonsamy Sunasee.
Les réflexions de nos interlocuteurs sont les mêmes. Le ministère confiera-t-il l’enseignement de “Communication Skills” aux professeurs de l’école ou aura-t-il recours à des personnes externes, lesquels seront employées sur une base contractuelle ? Quel temps sera alloué à cette matière dans le “time-table” ? Combien d’évaluations prévoit-on pendant l’année ? Les maîtres d’école font remarquer que l’on compte environ 300 écoles primaires à Maurice, à Rodrigues et à Agalega. De fait, ils se demandent si le MES a les ressources humaines suffisantes pour veiller au respect des normes pour l’enseignement de cette matière et pour contrôler l’évaluation des élèves. Les maîtres d’école et les enseignants soutiennent qu’une des caractéristiques de l’enseignement en “Communication Skills” est l’accompagnement individuel des élèves. Or, ils doutent que cela soit possible du fait du nombre élevé d’enfants par classe. « Si cette tâche est confiée à l’enseignant de la classe, croyez-vous qu’il pourra accorder une attention particulière quand il y a 35 ou 40 enfants dans sa classe ? Sans compter le volume de travail pour les matières principales… » questionnent des parents. D’autres se demandent si le curriculum du “Communication Skills” tiendra compte de la culture et de l’environnement quotidien dans lequel évolue l’enfant. Selon des examinateurs au MES, il est de la responsabilité du MIE de mettre en place « une bonne structure » pour que l’enseignement de “Communication Skills” démarre sur de bonnes bases et qu’il n’y ait pas de critiques dans les écoles.