Le ministère de l’Éducation a confirmé il y a quelques jours, aux différents syndicats du primaire, les changements majeurs qu’il compte apporter pour l’obtention du Certificate of Primary Education, et qui entreront en vigueur à partir de cette année. Mais ces annonces font déjà beaucoup de bruits dans les milieux scolaires. Certains craignent en effet une baisse du niveau tandis que d’autres déplorent le timing du « resit » à la veille de Noël et anticipent un stress additionnel sur les enfants, à peine sortis des salles d’examens. Mais les cadres du ministère ont fait comprendre aux syndicats qu’ils ne reculeront pas. Par ailleurs, il n’est pas impossible que le taux de réussite aux prochains examens du CPE dépasse enfin la barre des 70%.
Selon les règlements du Mauritius Examinations Syndicate, le « minimum requirements » pour obtenir le diplôme du CPE est comme suit : « Grade “E” in each of the following subjects, english, maths and french together with an overall of 35% of the total marks in either English, Maths, French, Science, History & Geography or English, Maths, French, Science, History & Geography and Asian Language/Arabic. » Ainsi, le candidat doit obtenir au moins un total de 175 points dans cinq matières ou 210 points s’il s’est présenté dans six matières. Il faut obtenir au moins 30 points (Grade E) pour réussir dans n’importe quelle matière.
Dans ces deux récentes réunions avec les syndicats, en présence des officiers du MES, pour annoncer les changements, les cadres du ministère ont informé de l’annulation de ce critère “Overall of 35% of the total marks”. Ils ont indiqué que le certificat sera dorénavant octroyé aux candidats qui auront obtenu au moins quatre “E », incluant les maths, le français et l’anglais.
Le « resit » envisagé par le ministère, quelques jours après la publication des résultats, ne concernera seulement que ceux qui auront manqué une matière pour l’obtention du diplôme. En tout cas, c’est l’information communiquée aux syndicats par les responsables du ministère dans ces deux réunions, qui se sont déroulées durant ces derniers quinze jours. Les examens du CPE sont prévus du 22 au 25 octobre et les résultats seront connus le 9 ou le 10 décembre. Le ministère, qui veut organiser ce « resit » avant la fin de l’année, a fait part de son intention aux syndicats d’enseignants et de Head Masters d’organiser ce « resit » vers le 23 décembre, soit à deux jours de la fête de Noël, alors que les candidats du CPE décrochent généralement des études dès la fin des examens du CPE. On laisse entendre que ceux qui prendront part à ce « resit » se trouveront devant un questionnaire « très facile et accessible » car il sera seulement axé sur les “Essential learning competencies” (notions de base). Il est bon de savoir que le questionnaire pour chaque matière comprend deux parties : la Section A, comprenant des questions très simples sur chaque concept, teste les Essential learning Competencies de chaque candidat ; et la Section B, dont le niveau est plus elevé, qui vise à tester les Desired learning Competencies. « Un questionnaire doit contenir un ensemble d’éléments testant les différentes aptitudes du candidat à chaque étape de son parcours scolaire. Si le questionnaire pour le « resit », comme l’ont dit les officiers du ministère l’autre jour aux dirigeants syndicaux, comprendra uniquement des questions portant sur les ELC, cela ne reflétera pas la performance réelle du candidat », réagit un Head Master.
Des pédagogues se disent outrés par la période choisie par le ministère pour la tenue de ce « resit », quel que soit le niveau du questionnaire qui sera proposé aux enfants. « Ce n’est pas parce que le questionnaire sera facile qu’il faut imposer un stress additionnel sur ces enfants immédiatement après les résultats. A cette date, il règne une ambiance de fête dans le pays et dans les familles. C’est inhumain de faire subir à ces enfants un autre stress », fulmine une enseignante, mère de deux enfants.
Des pédagogues, qui ne sont pas contre l’idée d’un « resit » dans le cas des candidats ayant raté de peu leur diplôme du CPE pour avoir échoué dans un des trois compulsory subjects, avaient proposé au ministère, disent-ils, que le repêchage ait lieu durant le premier trimestre de l’année suivante afin que les candidats n’aient pas à attendre les prochains examens du CPE. « Si ces candidats réussissent dans l’épreuve concernée, ils pourront rejoindre immédiatement le secondaire avant la fin du premier trimestre. Et avec les cours de rattrapage, ils pourront ainsi entrer dans le programme d’études sans difficulté. Il faut savoir qu’il existe de nombreux jours fériés durant les trois premiers mois de l’année, et ces élèves ne rateront pas grand chose, même s’ils intègrent le secondaire avec un peu de retard », soutient un enseignant partisan de cette formule.
Selon le ministère, les deux changements envisagés dès cette année émanent du Forum national sur la réforme du CPE, qui a eu lieu en 2011. « Ce sont des idées jetées à la va-vite par des participants et sans plus. Il n’y a jamais eu de discussions approfondies avec les pédagogues du primaire », rétorquent des chefs d’établissements. Des participants aux réunions organisées par le ministère, relatives à ces changements, disent avoir exprimé certaines réserves et posé plusieurs questions auxquelles ils n’ont obtenu de réponses. « Les cadres du ministère se sont contentés de nous répondre qu’il s’agit d’une policy decision », relate un participant.
Manifestement, ces nouvelles mesures – si elles sont mises en pratique – influeront sur le taux de réussite qui, depuis plusieurs années, reste sous la barre des 70%. Il faudrait aussi s’attendre à une augmentation du nombre d’admis en Form I l’an prochain.
Des cadres du ministère ne sont pas d’accord avec ceux qui évoquent un éventuel « rabaissement du niveau » pour l’obtention du diplôme du CPE. « Le concept de CPE failures est dépassé. L’idée est de donner une chance à ceux qui sont sur la boarder line. En vérité, il y a seulement 10% de ceux qui prennent part aux CPE pour la première fois qui échouent. La grande majorité peut accéder au secondaire si on met en place les remedial opportunities », rétorque un partisan des changements que proposent le ministère.
Les cadres de l’Éducation et les officiers du Mauritius Examinations Syndicats discutent des modalités pour la mise en application de ces changements.