Au siècle dit des « Lumières », en France, une femme qui en posséda osa sortir de la condition féminine de son époque, en acquérant des connaissances d’un niveau supérieur à celui de la grande majorité de ses contemporains. Libre, intellectuelle, mondaine – elle eût notamment une liaison avec Voltaire –, la position sociale d’Émilie du Châtelet la situait au-dessus des railleries et autres ragots de ses contemporaines qui voulurent la faire passer pour une sorte de précieuse ridicule. La qualité d’une partie de son travail fut néanmoins reconnue, de son vivant, par le Journal des savants, et un des ouvrages scientifiques auquel elle travailla pendant plusieurs années, consacré à Isaac Newton, fut publié à titre posthume. Il y a quelque temps, deux siècles et demi après sa mort, la découverte d’une importante quantité de papiers écrits de sa main pourrait bien la réhabiliter, et son Commentaire sur Isaac Newton par Madame du Châtelet aurait été estimé, s’il était vendu aux enchères, à quatre millions d’euros.
Suite à la découverte de ces papiers, plus de 1 400 chercheurs du monde entier cosignèrent une lettre adressée à la ministre de la Culture, Aurélie Fillippetti, pour demander à l’État de préempter ces textes. « Il est à craindre », soulignent les pétitionnaires, « que ces fonds exceptionnels ne disparaissent de nouveau, nous privant tous d’informations inédites sur deux des plus grandes figures du siècle des Lumières. » Outre l’intelligence de Madame du Châtelet, l’attitude de deux hommes contribua à faire d’elle la femme qu’elle est devenue. En premier lieu, son père, à qui elle dut une éducation rarement dispensée aux filles de l’époque, et comprenant notamment l’allemand, le grec et le latin, celui-ci enseigné par son paternel lui-même. Plus tard, son mari lui accordera une liberté qui lui permettra de vivre selon ses désirs, y compris concernant ses amours extraconjugales – au nombre desquels figurera le maréchal de Richelieu. Non dépourvue de talent musical, elle s’initie au clavecin, au chant lyrique et à l’opéra, ainsi qu’à la danse, alors que, par ailleurs, elle pratique le théâtre en amateur. De même, toujours par le truchement de son père, Louis Nicolas Le Tonnelier, baron de Breteuil, introducteur des Ambassadeurs de Louis XIV, Émilie a la chance de vivre dans un milieu ouvert, où ses parents recevaient, dans leur salon parisien, des personnalités telles que le poète Jean-Baptiste Rousseau, ou encore l’intellectuel Bernard Le Bouyer de Fontenelle.