Alors que l’Amérique vient de célébrer le 50e anniversaire du célèbre discours de Martin Luther King, « J’ai fait un rêve », la coïncidence veut que cette année 2013 marque aussi le centenaire de la mort d’une grande figure du mouvement abolitionniste, Harriet Tubman. Évadée de la ferme de son “maître” dans le Maryland, au XIXe siècle, cette esclave marron, surnommée la Moïse des Noirs, risqua sa vie en tant que libératrice et guide de centaines d’esclaves fugitifs dans les années 1850, avant de militer à l’issue de la guerre de Sécession, pour les droits de la femme, et notamment celui de voter.
Harriet Tubman est née Araminta “Minty” Ross, sur la ferme d’une certaine Mary Pattison Brodess, d’une mère qui y travaillait comme cuisinière, et d’un père employé sur la ferme de son propriétaire Anthony Thompson, deuxième mari de Mme Brodess. L’année de sa naissance, restée approximative — comme ce fut le cas pour nombre d’esclaves —, les historiens s’accordent pour la situer entre 1820 et 1825. Elle était la cinquième d’une fratrie de neuf enfants de cette famille Ross qui, comme c’est souvent le cas, allait être dispersée, selon les hasards des lieux de résidence des acheteurs d’esclaves. Harriet, pour sa part, fut d’abord « louée » à l’âge de six ans seulement, à une certaine Miss Susan, pour son premier “travail” consistant en la surveillance d’un bébé pendant les heures de sommeil de celui-ci — et lorsqu’il s’éveillait en pleurant, la petite Harriet était fouettée ; punition qui lui fut un matin infligée à cinq reprises avant le petit déjeuner… Un jour, menacée pour avoir volé un morceau de sucre, Harriet se cacha dans la porcherie d’un voisin pendant cinq jours, se battant avec les animaux pour les restes de nourriture. Avant de retourner chez Miss Susan où, comme on s’en doute, elle fut lourdement châtiée. Harriet connut ainsi maints loueurs, les uns plus cruels que les autres, jusqu’à un âge se situant entre 19 et 24 ans, lorsqu’elle épousa, en 1844, John Tubman, un homme libre.