Figure de proue parmi les personnalités de la lutte altermondialiste, l’Indienne Vandana Shiva est connue pour sa lutte dans le domaine de l’agroalimentaire, particulièrement sa farouche opposition à l’hégémonie des OGM (organismes génétiquement modifiés) imposés par les multinationales, et proposant notamment une acception élargie de la conception de souveraineté. L’oeuvre des multinationales grossistes en semences, dénonce-t-elle, rend en effet les agriculteurs dépendants de ceux-là et a notamment résulté, en Inde, au suicide de quelque 250 000 agriculteurs.
Si la cause que défend Mme Shiva est encore loin d’être gagnée, celle-ci a néanmoins remporté quelques conséquentes batailles au long des quelque 25 années que compte la lutte qu’elle mène encore à ce jour. Un quart de siècle d’un combat qui a valu à cette femme d’exception d’être honorée du Right Livelihood Award et, également, de se voir qualifiée par le magazine Time d’« héroïne de l’Environnement », ou encore par Asia Week d’« une des plus puissantes communicatrices d’Asie ». Une héroïne qui espère toutefois arriver à ses fins sans l’utilisation de la violence et qui, comme le souligne José Bové, est « probablement aujourd’hui la meilleure incarnation de l’héritage spirituel de Gandhi ».
Défenseur de l’environnement, ainsi que partisane occasionnelle de la désobéissance civile, elle était prédestinée à être l’une et l’autre puisque, née à Dehradoon, à quelque 230 kilomètres au nord de New Delhi, Vandana Shiva est la fille d’une inspectrice de l’Éducation nationale qui fut également membre d’un mouvement luttant contre l’agriculture intensive, ainsi que d’un conservateur des forêts ayant fait une grève de la faim et de la soif en faveur de l’égalité des sexes. Dans un premier temps, la route qui mènera la jeune fille d’alors à la lutte altermondialiste sera toutefois celle de l’apprentissage, soit un certain nombre d’années passées sur les bancs de diverses universités qui aboutiront à une flopée de diplômes : physique, philosophie des sciences, recherche interdisciplinaire en sciences, technologie et police environnementale, autant de connaissances qui ne lui seront pas inutiles au cours de son futur engagement. Connaissances qui, précisons-le, seront le complément d’une éducation fondée sur des conditions de vie simple, et notamment : végétarisme, non-alcoolisme, sobriété vestimentaire au sein d’une famille s’efforçant, par ailleurs, de produire elle-même la plus grande partie de son alimentation.
C’est au début des années 70, au cours de sa formation de philosophie des sciences, que la jeune physicienne vénérant alors Einstein, est mise en garde par sa soeur, étudiante en médecine, contre les dangers de la technologie nucléaire. Lorsqu’elle s’en informe auprès de ses collègues de l’élite nucléaire, la réaction, insouciante, voire irresponsable de ces derniers, n’est pas sans l’étonner. Et en 1973, lors de sa formation en philosophie des sciences, au Canada, elle réalise à quel point la recherche scientifique peut être réductionniste… En 1978, sa soutenance de thèse à peine terminée, la jeune doctorante rentre au pays afin de retrouver ses soeurs de lutte du mouvement Chipko, dont les réunions ont lieu chez sa mère – comme c’était déjà le cas avant son départ pour l’université. Là, en montagne comme aux champs, elle ne tarde pas à se rendre à l’évidence des compétences scientifiques de haut niveau des paysannes, notamment en matière d’écosystèmes. En 1981, le rapport qu’elle rend au ministère indien de l’Environnement concernant les effets de l’industrie minière sur le milieu dans la vallée de Dun suscite, de la part de la Cour suprême, le verdict suivant : « Quand le commerce détruit la vie, ce commerce doit cesser et la vie continuer. » Ce qui ne change cependant rien à la situation, puisque les mines poursuivent leur activité sans être inquiétées outre mesure.