Ce n’est pas un journal ou une radio privée qui ont montré – et surtout fait entendre — de quoi est capable vocalement le Speaker de l’Assemblée législative. C’est la chaîne télévisée qui retransmet les travaux parlementaires en direct qui a fait découvrir aux Mauriciens qu’en matière de hurlements, le Speaker de l’Assemblée législative n’a rien à envier aux fanatiques d’une équipe de football lors d’une grande finale. Le fait que les micros des membres de l’opposition aient été souvent coupés, alors que celui du Speaker ne l’était pas, a donné un aperçu de sa puissance vocale et de sa propension à répéter les mêmes phrases. Qu’est-ce qui a poussé le Speaker à démontrer qu’il était un bouledogue avec dents et voix ? Une motion du vice-Premier ministre qui lui demandait de qualifier de « contempt of Parliament » le fait qu’en décembre dernier un huissier de la cour lui a servi un papier légal dans le cadre des procès que lui intente l’opposition pour contester son élection. Le vice-Premier ministre juge inacceptable qu’on lui ait servi ce papier timbré au Parlement — en citant le nom de l’huissier — et le Speaker abonde dans le même sens. Le député Shakeel Mohamed proteste alors en disant qu’on ne peut évoquer au Parlement les détails d’une affaire qui est subjudice. Le Speaker ne l’entend pas de cette oreille et commence alors un affrontement verbal qui va durer un bon quart d’heure et se terminer par les expulsions du député Shakeel Mohamed et du leader de l’opposition Arvin Boolell, et le walk-out de l’opposition. Mais avant, c’est un concours de hurlements qui eut lieu dans ce que l’on surnommait autrefois l’auguste Assemblée. Debout, lunettes sur le front, brandissant un papier et tapant sur la table, le Speaker a passé son temps à hurler en répétant « Don’t speak from a sitting position ! », « Dont sit, don’t stand, Don’t shout ! » et autres « I am on my feet ! » À un certain moment, un membre de l’opposition lui ayant reproché de « shout » lui-même, le Speaker a répondu — toujours en hurlant — « This is my voice ! » Avant de demander au Sergent at Arms de faire sortir le leader de l’opposition du Parlement. Ce qu’Arvin Boolell et les membres de l’opposition firent en hurlant : « Mille fois Maya ! »

Pendant que le Speaker faisait ses vocalises, un autre membre du nouveau pouvoir faisait parler de lui en Inde. Samedi matin, le titre suivant était publié en Inde : Mauritius president stopped at Varanasi Airport over excess luggage. Le président de la République de Maurice a été bloqué à l’aéroport international de Varanasi dans l’État de l’Uttar Pradesh alors qu’il regagnait New Delhi. Le président avait entrepris un voyage de deux jours dans cet État pour aller effectuer un pèlerinage avec une délégation de six personnes. Le personnel de l’aéroport, suivant les procédures d’usage, a exigé que les excédents de bagages soient payés avant de permettre aux passagers d’embarquer. Quand l’identité du passager dirigeant la délégation a été connue, les autorités de l’aéroport et du ministère des Affaires indien sont intervenues pour demander à la compagnie aérienne ne ne pas faire payer les excédents de bagages. Après cette intervention, le président de la République et sa délégation ont pu embarquer sans payer les excédents. Une fois encore, ce n’est pas un journal ou une radio privée qui ont évoqué cette affaire embarrassante pour le gouvernement mauricien, mais le Hindustan Times, l’un des grands journaux indiens. La question qui se pose après cette information est la suivante : combien de kilos d’excédent peut-on transporter quand on effectue un déplacement de deux jours pour aller visiter un temple ? C’est sans doute une des questions que Maya Hanoomanjee, notre ambassadrice en Inde, a dû poser au président de la République qui se trouve dans la Grande Péninsule en visite privée. Une des premières missions diplomatiques de Maya Hanoomanjee consistera de faire comprendre au président et à sa délégation qu’ils doivent respecter les consignes de poids appliquées par les compagnies aériennes. Est-ce qu’il sera plus facile à Maya Hanoomanjee de se faire entendre du président de la République que son successeur au Parlement face aux députés de l’opposition ?
Décidément, le MSM et ses alliés n’ont pas de chance dans leur recrutement pour occuper les plus hauts postes de la République. Mais est-ce que ce sont les candidats qui n’ont pas le niveau adéquat ou est-ce que ce sont les sélectionneurs et leurs critères de sélection qui conduisent à ces situations qui contribuent à ternir l’image de Maurice ?