On sentait qu’il voulait en dire plus mais qu’il s’est retenu. C’est à un exercice d’équilibriste auquel s’est adonné le Premier ministre pour ne pas accabler Vishnu Lutchmeenaraidoo, présent d’ailleurs et impassible pendant les échanges qui le concernent au premier chef. C’était mardi dernier, à l’Assemblée nationale, alors qu’il répondait à la Private Notice Question du leader de l’opposition sur le deal Yihai/State Investment Corporation qui fait l’objet d’une enquête de l’Independent Commission against Corruption et qu’il en a profité pour confirmer que c’est bien lui qui avait, le 12 mars, décidé de référer le dossier de projet de Smart City à cet organisme d’enquête. « I hope so », c’est la formule choisie par sir Anerood Jugnauth pour répondre aux nombreuses sollicitations de Paul Bérenger.
C’est par un long historique du projet de vente du Domaine les Pailles qui date de 2012 et qui, malgré les différentes tentatives, n’avaient pas abouti en 2014, que le Premier ministre a entamé la lecture de sa réponse et qu’il a expliqué que le board de la SIC a décidé en mars 2015 de contracter un partenariat avec le groupe Yihai, la compagnie d’État apportant comme participation les terres et les immeubles et Yihai ses fonds propres, à hauteur respective de 30% et 70%. “There was no issue of majority or minority shareholding. The whole matter is presently being investigated by ICAC. From the outset, the shareholding was fixed at 30% for the SIC and 70% for Yihai”, devait aussi préciser le chef du gouvernement.
 C’est le 15 septembre 2015 que la nouvelle compagnie a été enregistrée mais il n’y a pas eu d’échanges concrets en termes de terres et d’apport financier. “I understand that ICAC has already taken possession of these documents and when ICAC completes its investigation, I personally do not have any issue in making the documents public”, a également annoncé le chef du gouvernement.
 Le rôle de la directrice par interim de la SIC, qui n’est autre que la soeur de Vishnu Lutchmeenaraidoo, Benoomatee Veerasamy, plus connue sous le nom de Rita, a ensuite été évoqué par le leader de l’opposition, qui a souligné que, bien qu’il y a ait eu, dès décembre 2014, un appel de candidatures pour remplir ce poste, c’est toujours la personne citée qui agit comme directrice suppléante. « Yes, she is still acting », a répondu un Premier ministre à la limite du sarcasme. Quant à savoir si l’ICAC se penchera aussi sur cet aspect du dossier, SAJ a lancé un « I hope so ».
 « Gross under valuation »
 C’est au volet évaluation auquel s’est ensuite attaqué le leader de l’opposition pour savoir pour quel motif le nouveau gouvernement n’a pas jugé utile de procéder à un nouvel exercice en vue de déterminer la valeur des terres et autres actifs du Domaine les Pailles. “Well, it has not been done. I don’t know why. But, if need be, I can have it done.”
Si Paul Bérenger s’est réjoui de la réponse du Premier ministre, il n’a pas pu s’empêcher d’affirmer qu’il y a eu “gross under valuation”, qu’il espère que l’ICAC se pencgera sur cet aspect avec attention puisque c’est là que le problème commence et que cela a résulté en une participation de 30% de la SIC.
 Et au chef du gouvernement d’expliquer, en toute candeur, qu’en préparant les réponses à la PNQ “I expressed doubts whether the value that will be put in the future on building that is going to be brought in by Yihai, whether we can have proper supervision and we can evaluate these things to make sure that there is no overvaluation by the other party. In fact, they may bring in much less than 70% and still be the majority shareholder. My attention is being drawn to the fact that the valuation was done under the previous Government” et que si besoin est “we should have another valuation. I am ready and willing to do it”.
 Paul Bérenger n’a pas manqué de souligner qu’il s’agit du patrimoine du peuple de l’île Maurice et qu’en aucun cas la participation de la SIC ne doit descendre sous les 51%. Il a recherché une garantie à cet effet du Premier ministre qui a évoqué l’accord déjà signé pour dire qu’il ne peut s’engager dans cette voie. Et au leader de l’opposition de rappeler que ce dossier est bien plus solide que celui de Betamax pour commander une révision. SAJ a alors dit qu’il s’y pencherait une fois l’enquête bouclée.
Interrogé sur la décision de la répartition de l’actionnariat au désavantage de la SIC et qui du ministre des Finances d’alors ou du board qui avait ainsi tranché, le chef du gouvernement a indiqué qu’il s’agit du conseil d’administration de la SIC. Si tel est le cas, quelles ont été les directives données par le ministre des Finances d’alors ? a demandé le leader de l’opposition, qui a obtenu ceci comme réponse: “We should ask the former Minister of Finance and Economic Development. He may know. I am not aware.” Paul Bérenger a rebondi en rappelant que c’est le Premier ministre lui-même qui occupe en ce moment le portefeuille des Finances.
Invité par le leader de l’opposition à dire si l’ICAC enquête sur les deux dossiers, le prêt de Rs 44 millions et l’accord SIC/Yihai, le Premier minister a confirmé que tel est le cas mais qu’il ne peut en dire davantage. Est-ce qu’un ministre ou toute autre personne ont communiqué des informations à l’ICAC sur un transfert de fonds de $ 3 millions et un autre million, comme mentionné dans l’affidavit de l’ex-ministre des Finances, est-ce que Roshi Bhadain a été entendu par la commission ? a demandé Paul Bérenger. “C’est précisément parce qu’il y a eu des rumeurs en ce sens que j’ai référé le dossier à l’ICAC”, a déclaré le PM. À Rajesh Bhagwan qui voulait savoir si le Premier ministre était au courant de rencontres entre la SIC et des agents de Yihai à Singapour, SAJ a dit qu’il attendait les résultats de l’enquête en ce sens.