13h13. Mercredi 6 septembre. Coup de tonnerre dans l’air à Plaisance. Soudain, d’impressionnants nuages de flammes envahissent l’atmosphère. Vole en éclats, ce qui ressemble à une porte, qui s’écrase dans un rideau de fumée noire. La scène est spectaculaire. Tant la déflagration que l’épaisse fumée noire qui s’élève au ciel à des kilomètres. Presque immédiatement, des sirènes se font entendre au loin. Un avion, avec 47 passagers et 7 personnels navigants à son bord, s’est écrasé non loin de l’aéroport de Maurice Selon les informations diffusées par les autorités, 15 personnes sont décédées et plusieurs blessés graves sont à déplorer. La nationalité des personnes décédées n’est pas encore connue. Rassurez-vous. Il s’agit d’un exercice de simulation avec un inédit déploiement de moyens. Aucun avion ne s’est écrasé à Maurice. Comment gérer une telle situation de crise ? C’est pour répondre à cette question, et se tenir prêt en cas de pareille catastrophe, que les autorités, sous l’égide d’Airports of Mauritius Ltd, ont conduit cet accident fictif, mercredi dernier, comme cela doit être le cas chaque trois ans.  Objectif : mettre “en situation réelle” les différents acteurs d’un tel drame, “tester la coordination des services”, “assurer la maîtrise de l’information” et “la communication de crise”. A terme, s’il est bien conduit, cet exercice, effectué en présence d’observateurs étrangers, devrait permettre à AML de renouveler son Operation Licence. Week-End a assisté à l’exercice.
L’aéroport est en alerte rouge. L’avion qui s’est écrasé est un Airbus 319 – CL190 – de la compagnie Cloud Air. A peine avait-il décollé de l’aéroport SSR en direction de Madagascar, qu’il s’est écrasé en bout de piste. Derrière le Yu Lounge où est survenu ce drame, pompiers, ambulanciers, plusieurs éléments de la Special Mobile Force, de la Special Supporting Unit et autres membres du Forensic Science Laboratory, ont été déployés pour porter secours.
En premiers sur les lieux, les pompiers tentent de maîtriser l’incendie. Les flammes sont domptées et l’épaisse fumée noire réduite. Entre-temps, les membres de la SMF ont délimité la zone. Pas question que des intrus, même pas les journalistes, s’infiltrent sur cette zone sensible où gisent de nombreuses victimes. Seuls les ambulanciers et autres membres de la SSU peuvent s’approcher.
13h25, les premières civières sont redirigées vers les ambulances qui démarrent en trombe pour l’hôpital. S’agit-il de survivants ? Sans doute. Il faut faire vite. Les blessures sont graves. Il y a une unité de premiers soins qui a été mise en place sous une tente, sur le site. Quelques badauds se sont approchés du grillage. Certains, sans doute des proches des personnes qui se trouvaient sur ce vol, pleurent. Ils interpellent les policiers. Cependant pas d’information disponible.
Un Media Centre a été mis en place. C’est là que les journalistes pourront obtenir les informations officielles. Entre-temps, il y a également une unité de renseignement pour les familles qui a été aménagée au sein de l’aéroport qui a suspendu ses services.
Au Media Centre, les journalistes s’impatientent. Il est 14 eures, aucune information ne filtre. L’attente est interminable et la tension est palpable. Aucun moyen d’avoir accès aux blessés, à leurs proches et encore moins au personnel de direction de l’aéroport. Ce n’est qu’à 14h45 qu’un premier communiqué est émis par le représentant du Police Press Office : l’Airbus CL190 au départ de Maurice avec 47 passagers à son bord et 7 personnel navigants, en direction de Madagascar, s’est écrasé en bout de piste. “Les opérations de l’aéroport ont été suspendues. Il est conseillé à tout passager de se renseigner par téléphone avant de se déplacer à l’aéroport”, annonce l’inspecteur de police. Un représentant de Cloud Air confirme le crash, assure du soutien de sa compagnie à toutes les personnes concernées par ce drame et insiste sur la collaboration totale de Cloud Air pour faire la lumière sur cet accident. La communication aura duré sept minutes. Les responsables n’ont répondu à aucune question des journalistes, indiquant qu’il était encore tôt pour se prononcer et donner des informations.
Pourtant, dehors, c’est le branle-bas. Les secours s’activent. Et malgré l’annonce des autorités, les gens affluent à l’aéroport. Un profiling centre a été mis en place en vue de faire le tri parmi les gens qui convergent vers l’aéroport et qui souhaitent avoir les nouvelles de leurs proches, qui devaient être sur le CL 190. Au Media Centre, la tension est manifeste. Ce que les journalistes considèrent de la rétention d’information est intolérable. Il est 15h20 lorsqu’un deuxième communiqué est émis. Le représentant de la police annonce que “c’est un jour triste pour le pays. Il y a eu un accident d’avion tragique qui a fait 15 morts. Parmi les 39 survivants de ce crash, 21 ont été transférés à l’hôpital le plus proche et les18 restants reçoivent des soins sur place au Survivors Centre”. Information que le représentant de Cloud Air confirme, ajoutant que s’il est difficile pour l’heure de donner l’identité des survivants, selon les informations détenues par l’immigration, parmi les 47 passagers, il y avait 8 Mauriciens, 12 Sud-africains, 12 Indiens, 8 Français et 7 Malgaches.
Si cette fois les questions de la presse sont admises, toujours est-il que les autorités n’ont pas d’informations concernant l’identité des personnes décédées, ni s’il y avait des enfants à bord. Serait-ce une attaque terroriste ? A cela, les autorités répondent qu’il est encore tôt pour déterminer les causes. Le SOCO est sur place et la boîte noire de l’appareil a déjà été retirée pour investigation au département de l’aviation civile. Les représentants d’AML annoncent également que les activités de l’aéroport ont repris à 15h45. Ils reviendront au Media Centre à 15h50 pour annoncer que l’opération de simulation avait finalement pris fin.
Un exercice préparé sur six mois au moins, qui se fait chaque trois ans et qui déterminera le renouvellement de l’Operation Licence de l’aéroport SSR. Les observateurs étrangers indépendants étaient sur place pour assister à l’exercice, et ont noté d’éventuelles lacunes dans l’Airport Emergency Plan devront soumettre un rapport. Ils n’ont pas hésité à demander l’avis des journalistes qui participaient à l’événement pour savoir si les informations diffusées par les autorités mauriciennes étaient satisfaisantes