Le Premier Ministre s’est à maintes fois prononcé, y compris à l’Assemblée nationale, contre la déclaration communale obligatoire pour être candidat aux élections générales, cela alors même que l’État s’employait à vanter par tous les moyens, et avec un certain acharnement même, les mérites du Best Loser System devant le Comité des Droits de l’Homme des Nations unies.
Navin Ramgoolam va aujourd’hui plus loin. Le Premier Ministre a, en effet, dans un discours prononcé le week-end dernier, à Pointe-aux-Sables, choisi de dénoncer plus généralement le vote communal. En ce faisant, il remet en cause directement le système politique lui-même, qui repose fondamentalement sur une logique communale.
Du Best Loser System, en passant par le découpage électoral, ou le choix des candidats par les principaux partis politiques, ou encore le vote en lui-même, qui à Maurice, a fait naître la pratique moyenâgeuse du « koupe-transe », le système politique mauricien respire le communalisme par tous ses pores.
Le renvoi inopiné de l’affaire opposant le Blok 104 à l’État, à la demande de celui-ci, affaire qui aurait du être entendu par le Full Bench de la Cour Suprême le mardi 5 mars, est une indication que la réforme électorale tant souhaitée est de nouveau remis sur les rails et que la parution du fameux livre blanc maintes fois promise et autant de fois renvoyée, est quasi-imminente.
Pour autant, la réforme envisagée s’emploiera-t-elle vraiment à dépouiller notre système politique de ses aspérités et à prévenir, à terme, les dérives communales, véritable talon d’Achille de notre nation « arc-en-ciel » ? Certes, ce serait un avancement majeur pour la démocratie surtout si cette réforme venait à abolir la déclaration communale, ce qui scellerait définitivement le sort de l’anachronique Best Loser System.
Cependant, il est permis de douter que « le vote communal » décrié par Navin Ramgoolam disparaîtrait comme par enchantement avec cette reforme là.
Vous me direz que le vote communal est un réflexe bien ancré dans la mentalité mauricienne. Vous aurez sans doute quelque part un peu raison. Mais voilà, vous êtes-vous déjà posé la question de savoir pourquoi ce fameux réflexe n’apparaît que tous les 5 ans et coïncide souvent d’ailleurs avec une campagne électorale ? Y aurait-il à Maurice une saison communale comme il peut y avoir une saison cyclonique ?
La vérité, qu’on le veuille ou non, est que le réflexe communal est inextricablement lié au système politique. Le système favorise ce réflexe ou plutôt l’exacerbe. C’est ce que l’on peut appeler une déficience innée du système. Les politiciens des partis politiques traditionnels le savent bien et utilisent à fond ces déficiences. Leurs survies en dépendent !
Plusieurs éléments contribuent à cet état de chose, pas uniquement la déclaration communale obligatoire ou le Best Loser System. C’est pour cela qu’il faut aujourd’hui réfléchir en termes de réforme du système politique et pas uniquement du système électoral. Car la réforme ne serait que cosmétique si nous ne nous attaquons pas à ce qui est systémique.
Ainsi, il faudrait pouvoir remettre en question ce bon vieux système westminstérien, héritage britannique qui nous a bien servi, mais qui mériterait peut-être d’être revu à la lumière de nos 46 ans d’expérience en tant qu’État souverain et indépendant. Il faudrait pouvoir repenser le découpage de nos circonscriptions qui nous balkanise malgré nous. Il faudrait tout autant pouvoir questionner ce First Three Past The Post, qui favorise le « koupe transe ».
Aristote disait que « le courage est le juste milieu entre la peur et l’audace ». Il est peut-être temps pour nous Mauriciens d’exorciser nos peurs et de faire preuve d’audace pour trouver ce juste milieu.
Food for thought, Mr. Prime Minister !