La justice est lente, très lente même, dit-on souvent, mais même à l’allure de tortue elle finit toujours par rattraper le coupable ! La Cour industrielle de Maurice a mis six ans pour enquêter sur les causes d’un accident grave survenu à la station du Central Electricity Board de Fort George, le 29 septembre 2008, et qui avait brûlé gravement trois employés . Mais, le 26 décembre dernier, la cour a rendu son verdict ; c’est bel et bien la centrale, en tant qu’institution, qui avait été responsable de l’accident par négligence alors qu’elle a tout essayer pour faire porter le chapeau aux trois employés .  ?C’est un Clency Bibi, une des victimes, les larmes aux yeux et la voix serrée, mais satisfait que son honneur soit « sauve », qui a commenté le jugement de la Cour industrielle, hier après – midi, pour Week – End.   » Nous avions toujours maintenus que nous n’avions aucun reproche à nous faire et que nous avions failli nous-mêmes perdre la vie. Je suis maintenant extrêmement satisfait que le magistrat Kam Sing a été en mesure de comprendre toute la technicité qui a été à l’origine du problème. Je suis personnellement content que la vérité ait enfin éclaté parce que , avant tout, ce sont mes compétences professionnelles de technicien acquises depuis plus d’une trentaine d’années que mon employeur, le CEB a essayé de remettre en doute devant la cour de justice et le pays entier « , a déclaré Clency Bibi. Celui-ci était, au moment de l’accident, un syndicaliste profondément engagé au sein de la General Workers Federation et il se battait sans relâche pour l’amélioration des conditions de travail de ses pairs. ?Le procès devant la Cour industrielle avait été intenté au criminel contre le CEB par le Secrétaire permanant et Principal Occupational Safety and Health Officer du ministère du Travail agissant au nom des trois employés. Il était reproché à la centrale d’avoir, le 29 septembre 2008, délibérément et illégalement failli , au-delà de ce qui est raisonnablement praticable, d’assurer la sécurité de ses employés aux termes de l’Occupational safety and Health Act 2005 avec pour conséquence que trois membres de son personnel ont subi de sévères brûlures quand une machine a explosé à la station de production d’électricité de Fort George. Le CEB s’était fait représenté par son ingénieur principal, M. Ravindranath Nundlall, assisté d’un homme de loi tandis que le ministère a été soutenu par Me. Jean-Claude Bibi.?Après une longue analyse des témoignages apportés par les deux parties, le magistrat Kam Sing est arrivé à la conclusion que les trois employés qui étaient en service au moment de l’explosion de la machine et qui ont été blessés n’avaient commis aucune  » faute lourde et grossière » comme a voulu faire accroire la défense du CEB pour se dédouaner. Au contraire, a statué le magistrat, c’est la Board qui n’avait pas mis en branle un système dit de « automatic tripping device  » qui aurait pu refroidir la machine et éviter qu’elle explose. Or, toujours selon le magistrat, il a été également établi que le fabricant étranger, Man B&W Diesel A/S, qui avait livré la machine au CEB avait également remis à son commanditaire un mode d’emploi de la dite machine. Mais le Board avait choisi d’ignorer carrément ce précieux document. La Cour a constaté que  » ce n’est que peu de temps après l’accident que le CEB a fait circuler auprès de ses employés une note indiquant l’Automatic Tripping Device ne doit jamais être désactivé et doit, donc, être constamment en fonction ».?La Cour intermédiaire a en conséquence, retenue toute l’accusation de négligence portée contre le CEB. Le Board dispose d’un délai pour faire appel du jugement qui expire dans quelque jours. Les trois employés victimes comptent réclamer des dommages substantiels à leur employeur pour toutes les souffrances physiques et morales qu’ils ont endurés et endureront probablement toute leur existence. Particulièrement Clency Bibi qui a été le plus gravement touché.