Cette année, le plasticien Jacques Charoux, frère cadet de l’artiste et architecte Roger Charoux, fête ses 50 ans de carrière. À cette occasion, le Wollongong Art Gallery en Australie, où il vit, a accueilli une exposition rétrospective de son travail.
Du 18 avril au 21 juin, notre compatriote a présenté 90 pièces, dont 24 en 3D et trois vidéos d’une durée de 5 à 7 minutes, retraçant son parcours artistique international au public australien.
Dans un catalogue publié à l’occasion de cette exposition, le directeur de la galerie, John Monteleone souligne « the retrospective exhibition Jacques Charoux : Over half a century traces the evolution of the artist’s work from the 1960’s to the present and is a timely and fitting tribute to an artist who has dedicated his life to the continued development of his work and practice ». Il note que l’artiste a quitté Maurice dans les années 60 pour Londres. Ce fut la période la plus passionnante, selon lui, dans le monde de l’art, « when creativity exploded and London became the capital of youth and anti-establishment values. Buildings and skirts went higher ; hair got longer ; music got louder and art flourished ». Ainsi, le jeune artiste s’est vu exposé à une multitude de courants artistiques et d’idées.
Dans une interview publiée dans ce même catalogue, l’artiste revient sur ses débuts. Encouragé par les frères du collège du St-Joseph, où il a fait sa scolarité, le jeune Charoux s’adonne au dessin et décroche même le premier prix dans le cadre d’une compétition internationale d’art organisée à New Delhi. Après le décès de son père, sa mère l’appuie dans sa passion et en 1958, il reçoit le premier prix du Concours d’art organisé par la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill, ce qui lui vaut trois ans de cours gratuit avec l’artiste Serge Constantin dans son atelier au Plaza. Jacques Charoux est ensuite recruté en tant que caricaturiste dans le journal « Action » où il travaillera pendant trois ans avant de prendre le large. Il affirme qu’il vendait bien ses oeuvres à Maurice et, lorsqu’il annonça aux gens qu’il partait pour l’Anglettre, il constata une hausse dans la demande pour ses travaux. Ce qui lui permit de vivre pendant un an à Londres.
Une fois sur place, il se rend au Central School of Art où il avait déjà envoyé son portfolio, mais sans réponse, négocie un entretien avec le chef du département et fut admis même si le semestre avait déjà commencé. Suite à une visite du manager des Editions Alecto, pionnières dans la production et la vente des gravures d’artistes dans les années 60/70, Jacques Charoux voit son travail sélectionné pour une tournée aux États-Unis. Un mois plus tard, la maison achète trois de ses gravures et les quinze reproductions de chacune d’entre elles. Une aubaine pour le jeune Jacques qui voyait ses finances s’assécher. La collaboration se poursuit de 1962 à 1967. Jacques Charoux organise sa première exposition en 1963.À Londres, il visite toutes les expositions en cours et fréquente régulièrement les galeries.
Après sa formation à la Central School de 1961 à 1964, il reçoit une subvention pour poursuivre sa formation à l’École nationale supérieure des Arts, à Bruxelles. Mais entre-temps, ayant voyagé en Espagne, il avait déjà des idées sur ce qu’il voulait entreprendre. Jacques Charoux est influencé par les courants de son temps dont le pop art, en plein essor. Il pratique son art et assure parallèlement des cours et des conférences. Après avoir passé 20 ans en Grande-Bretagne, fatiguée des longs hivers, il décide d’émigrer en Australie. D’une part, il découvre que Paddington à Sydney ressemble à Kensington en Angleterre et d’autre part, il a de la famille dans l’île-continent.
Malgré sa riche expérience artistique, il est contraint de donner une nouvelle orientation à son art avec les moyens disponibles. Jacques Charoux travaillera comme freelancer et deviendra par la suite, professeur des beaux-arts au Wollongong West College. À la fin des années 80, il se lance dans une série de gravures autobiographiques qui deviendra le « self series », un projet qui lui permet de partager ce qu’il faisait auparavant avec ses collègues.
Durant toute sa carrière, Jacques Charoux a touché à une multitude de techniques dont la photogravure, la peinture de polymer sur toile, sérigraphie sur plexiglas, tube en acier chromé, l’utilisation du raphia sur du coton, graphie sur aluminium, la giclée sur papier… et des objets en 3D. Au départ, souligne-t-il, les travaux étaient petits. Expliquant les étapes de son travail en 3D autour du thème Coco de Mer, il affirme : « first come the papier mâché version. I made four like this using totally different materials, fur encaustic, Japanese lacquer and gold leaf ». Il note que l’« Indian ocean series » a été réalisé à partir du raphia, fibre de coco, peau de kangourou, ocre rouge autochtone, glycérine et algues.
La dernière réalisation à partir du coco de mer que Jacques Charoux redécouvre en 1971 est intitulée « Fountain of youth », et elle date de 2012. Après avoir complété cette série, il revient à ses idées des années 70. « You can say that I am moving backwards and forwards at the same time, which to me is wonderful. It provides diversity and I am still creating something new », conclut-il dans cette interview. Jacques Charoux a participé à plus d’une centaine d’expositions collectifs et solo.