Un regard d’artiste sur les chutes d’eau, les ravines, une énergie acharnée à peindre les endroits reculés, calmes, mystérieux : Georgina Rey expérimente sans cesse en peinture et avance dans le déséquilibre et la fragilité avec 7 Cascadeset Le Souffleur, “The Spirit of the Place”, sa nouvelle exposition de peintures à la galerie Color Attitude, Moka, du 27 mars au 3 avril. Le public verra comment ses 60 huiles exposées savent figurer à la fois les périls et l’harmonie, les déferlements, les proportions.
Georgina Rey transfigure les éléments de la nature : la terre, l’air frais, les flots, les flamboiements de l’aube et du crépuscule. La mer bleu/gris, le ciel jaune, les sables noirs – les couleurs fortes transforment l’air, la mer, le ciel. Georgina choisit une peinture épaisse et la gamme des blancs/gris/violets pour arpenter les côtes, descendre au plus profond pour restituer des images en masses colorées en mille vibrations. Chaque toile tente de reproduire une peinture recommencée, une nature vaste et ressourcée. Georgina Rey semble accepter l’expérience de l’art (elle parle volontiers de son cheminement, des ses stages en Afrique du Sud et en Italie), les luttes, le hasard des rencontres, les hauts et les bas, la rumeur et le silence. Elle ne se repète jamais. Le plus important c’est de trouver des lieux intacts chargés de mystère :“I like, quiet, remote, wild, unspoilt places, with no sign of human beings, or their influences : cars and buildings. I need the quiet in order to work and concentrate… The interesting aspect or art is that you are always in the dark, you never know how your painting is going to turn out…”Les choix des lieux géographiques où se promène l’artiste au chapeau avec son chevalet et ses palettes sont déterminants dans sa peinture. Une nécessité intime, un besoin irrépressible de retrouver le calme. Le parcours pictural de Georgina se divise en plusieurs périodes : un moment de gestation, de recherche, de méditation, ensuite des croquis, une peinture sur place et d’un trait, le basculement vers l’abstrait pour revenir au figuratif. On voit sa toile se construire progressivement. Elle travaille la matière en épaisseur avec un grand nombre de couches. Elle occupe les grands et les petits formats mais dans ses tableaux, les structures sont soumises à un dynamisme – les formes s’engendrent les unes les autres. L’oeuvre peut être lue comme des paysages, de ceux qui se contemplent du haut des falaises ou des cascades. Les paysages sont restitués dans toute leur flamboyance. Que dire de la couleur? Bleu azur, gris, rouge énergétique, la chimie des jaunes, Georgina les travaille avec acharnement, inventant sa propre palette, appliquant des épaisseurs qu’elle a apprises récemment. Sa conception de la couleur se situe entre force et subtilité. Elle décompose la lumière à travers le prisme indigo, bleu-vert, jaune, rouge. Tout concourt à montrer l’énergie de l’espace. On pourrait aussi parler de la complexité des couleurs et des variations somptueuses.
Tout ce travail (le traitement du sujet, les personnages en creux) relève de l’affrontement, du risque. Une audace et une fenêtre ouverte sur le monde et la soif de peindre.