« Mes années soviétiques », c’est le titre de l’exposition de Krishna Luchoomun qui se tiendra jusqu’au 20 novembre 2015 à L’Institut français de Maurice (IFM). Peintures, collages, installations, vidéos, composent un ensemble qui retrace le vécu, les émotions ressenties par l’artiste de 1982 à 1990, durant ses années d’études en URSS. Un regard subjectif, nous dit Krishna, et des choses vécues intensément. D’une politique sociale limitant la liberté de mouvement et d’expression jusqu’à la catastrophe de Tchernobyl en 1986, une des plus graves dans l’histoire du nucléaire, Luchoomun évoque cette atmosphère d’enfermement dont seul le rêve permet de trouver une échappatoire. Une période qui a abouti à l’éclatement de l’URSS en 1991. Les différentes républiques qui composaient l’URSS ont proclamé les unes après les autres leur indépendance, et le 8 décembre 1991, l’URSS n’existait plus, remplacée par la Communauté des Etats indépendants (CEI). La Russie d’aujourd’hui n’a évidemment rien à voir avec l’ère soviétique où les artistes étaient tenus de véhiculer la propagande du régime. Le thème principal de l’exposition de Krishna Luchoomun est peut-être la transformation d’un paysage sous l’effet de l’idéologie soviétique. On peut y lire en filigrane les conditions sociales et les réalités politiques de l’époque. En tant qu’étranger, Krishna a été le témoin de la censure, du froid, de la misère, d’une grande catastrophe. Vivre dans un tel climat politique et social a enrichi l’artiste personnellement (à travers ses expériences, ses questionnements, ses observations). Krishna Luchoomun dit avoir “observé l’impact du capitalisme et du communisme sur le peuple soviétique. Le contraste de la vie moderne face à la précarité de l’homme de la rue. L’extrême paradoxe des fusées soviétiques et les satellites à la conquête de la lune avec les équipements ménagers primitifs et les files d’attente devant des boutiques presque vides. Des disparités criantes…” Ces paradoxes contribuent, au final, à la perception artistique de l’artiste. Krishna avoue son penchant pour l’art underground soviétique. Et il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui il veuille déconstruire ou réinterpréter ses “années soviétiques” de manière contemporaine. On peut se référer au “constructivisme” et la quête de la perfection anatomique que notre artiste a vécue plutôt de manière méditative. En jetant un oeil sur ces années passées à Ilya Repin (L’Académie des Beaux-Arts et la rue qui portaient toutes deux le nom d’un peintre russe illustre), Krishna s’empare d’une paire de ciseaux et déconstruit en puzzle ses anciens travaux. Le public pourra voir les peintures, vidéos, dessins — travaux de déconstruction/reconstruction selon des formes géométriques et dans une approche constructiviste.