Du 6 décembre 2012 au 7 janvier 2013, l’artiste mauricien Saïd Hossanee, a, semble-t-il, élevé l’exotisme au rang du sublime, selon les termes de Bénédicte Auvard, commissaire de l’exposition qui s’est tenue à Paris, à la galerie Mailletz. La manifestation a été organisée à l’initiative de l’Association OXUM ALLWAYS (A tous ceux que la scène de l’art contemporain interroge, l’association entend oeuvrer comme une plate-forme de réflexion pour donner voix à ceux qui subissent l’asymétrie du système…) L’essentiel de l’oeuvre exposée (outre des estampes, trois séries: Voiliers, Séga et Dodo) repose peut-être sur ce « corps étranger » avec son authenticité, sa poésie, son décalage. Ce qui pourrait expliquer ce que Bénédicte Auvard qualifie de « thèmes évocateurs de l’ailleurs d’un autre de l’art », se référant à Daniel Fabre : « c’est de l’art ! Le peuple, le primitif, l’enfant… » Bénédicte Auvard évoque, par ailleurs le jeu référentiel, la revendication de Hossanee, de son héritage artistique : Hervé Masson, Malcolm de Chazal, Picasso, Matisse, Soulages, Bacon. Les voiliers, Dodos, danseuses de séga que l’artiste projette dans son monde révèlent un subtil mélange de transgression des repères à travers le registre chromatique. Le rouge, le jaune, le bleu et leurs différentes valeurs singularisent le tableau et ramènent à la vision de l’île mythique. On rejoint la commissaire de l’exposition lorsqu’elle écrit que le peintre adore son île. En 2000, dans le catalogue d’une exposition majeure du peintre à Grand-Baie, nous écrivions : « Hossanee travaille à retrouver sur la toile cet éblouissement provoqué par son île qui, par le cheminement de sa pensée, renvoie à ses paysages, ses rythmes, son peuple, ses traditions. Les toiles qu’ils nous présentent révèlent une démarche picturale principalement liée à la sensation. Nous demeurons face au champ d’un monde peuplé de signes et d’éléments agencés. A partir de cette passion, naissent de multiples toiles qui restituent la densité mais aussi la lisibilité des visions du peintre… » Bénédicte Auvard ajoute : « De la figuration de paysages idylliques, dont le consumérisme touristique nous sature le regard, Saïd ne retient que les symboles pour nous dire l’intention qui nourrit sa démarche picturale… »
Saïd Hossanee continue à conjuguer ce qu’il voit et ce qu’il imagine. Il maîtrise le trait, mise sur la rapidité du geste, de l’économie. Il dévoile l’inconscient. Si les thèmes populaires n’échappent pas à son pinceau, l’artiste sait éviter les stéréotypes et chercher l’étranger dans sa peinture en la plaçant dans un monde où le regardeur aborde les toiles autrement. Tourné du côté occidental ou bien oriental, le regard rapporté sur la toile, invite, toute en finesse, à des lectures multiples. Un simple détail et tout bascule. Dans son iconographie, les associations d’images préservent une fraîcheur et une force de vie. Saïd Hossanee traite de l’exotisme à sa manière. Ses traits de pinceau deviennent des traits d’esprit.