Immense est la charge des peintures, dessins, estampes que l’artiste mauricien Louis Goupille expose à la galerie Imaaya aux Canonniers. Son travail appartient à une tradition qu’il est possible de définir ainsi : les mélange de formes, la répétition des motifs, les allongements, les renversements. Le travail de Louis Goupille est une quête incessante de l’identité mauricienne mais aussi de son « pays intérieur », celui de son enfance qu’il évoque dans son exposition « A marée basse ». L’artiste écrit : « L’identité, c’est de se définir tel que nous voulons être, et non pas de se contenter de ce que l’autre veut bien que nous soyons. Pour cela, il faut une recherche sur soi-même, car personne d’autre que nous ne sait mieux que nous, qui nous sommes réellement. » La notion d’identité accompagne le travail de l’artiste, le nourrit, l’accompagne. Son imagination devient une machine complexe à capturer la réalité locale (les plantes, les coquillages). Ses tableaux deviennent le réceptacle de ses rêveries symboliques et de sa mythologie du quotidien. Le fil conducteur, le scénario mental se déroulent ainsi : En 2008, dans les archives de la NYPL (New York Public Library), Louis découvre un ouvrage où les coquillages étaient répertoriés avec des dessins techniques, en faisant des recherches sur des dessins réalisés selon la technique ancestrale de l’engraving. C’est le coup de foudre. Louis décide que son prochain thème de création picturale sera les coquillages.
Il entreprend alors de classifier les coquillages qui sont spécifiques de l’océan Indien, et qui émergent de ses souvenirs d’enfance. Il y a ensuite l’éveil des énergies pour structurer son travail.  35 dessins, divers types d’estampes et des peintures naissent. Il y a aussi l’oeil de l’artiste, sa maîtrise technique pour restituer les motifs, les textures et les formes de nos coquillages. Il y a une évocation lisible du réel dans sa peinture, dans l’équilibre des surfaces, dans les courbes qui cernent les motifs et dans l’économie de la couleur réduite aux tons sombres ou orangés. Louis Goupille parle de ses « quatre années de travail, de recherche, de déconstruction et de reconstruction avec une perspective et une voix contemporaine mauricienne. » Son île lui a ouvert les portes de l’expression picturale, prétexte d’existence et de reconstruction. Porté par un désir de création et d’épanouissement? Louis crée des figures d’où  ressortent un concentré d’émotion. Le coquillage devient humain, bouche ouverte, il est le symbole d’un souvenir d’enfance, d’une trace de vie dans les îles des Mascareignes. Tout devient alors une vision inédite de la réalité contemporaine, sublimée par une mise en scène.
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*Louis Goupille est né à l’Ile Maurice, où il passe son enfance et adolescence. Il termine sa scolarité en Angleterre et étudie la littérature à Montréal, au Canada. Des arts, il passe aux Beaux-Arts, et complète ses études à la faculté des Beaux-Arts, Concordia, à Montréal. Il se spécialise ensuite dans la technique de l’estampe en suivant un apprentissage avec des maîtres graveurs à New York, où il vit et travaille dans un atelier, le Manhattan Graphic Center.
*En 2007 l’artiste expose pour la première fois en solo à Maurice, au Ruisseau Créole, à Rivière-Noire. L’expo s’intitule « Feuillage endémique des Mascareignes », une trentaine d’oeuvres sur papier : Lithographies, Eau fortes, Engraving, Estampes Japonaise et Sérigraphies.