« La peinture figurative fait école ». Cela reste exact aujourd’hui si l’on en juge l’exposition de tableaux de Jean François Koenig jusqu’au 6 août 2015 au Hennessy Park Hotel, Ebène. 66 acryliques (moyen et petit format) sur toile ou autres supports — autant de travaux figuratifs au thème peu identifiable, mais qui disent les paysages et les scènes populaires à Maurice et ailleurs. Peintre de la nature exubérante, Jean François Koenig affiche son goût solaire, sa façon lyrique d’orchestrer la couleur pour mieux communiquer avec le public. Le monde qu’il peint est souvent un monde des origines qui n’a pas encore subi les assauts d’un développement mal planifié. Son oeuvre montre comment et combien un artiste peut imposer la nature comme un lieu d’impulsions en exprimant cette tension entre la valeur constructive de la couleur et son écho émotionnel. C’est souvent l’éclatement de la lumière, les reflets dans l’eau, les transparences, l’harmonie des couleurs qui signalent cette quête constante du beau, de l’équilibre, de la vérité aussi que poursuit l’artiste. Comme de nombreux peintres figuratifs aujourd’hui, Jean François Koenig nous livre une peinture où le visible nous apparaît avec de multiples passages (du dessin schématique à une oeuvre visuelle qui agit directement sur les sensations), délivrant avant tout son caractère éphémère ou son instabilité. Notre peintre n’a de cesse de dire qu’il cherche la lumière, le bon ton, la précision. Il y a aussi sa volonté d’établir des connexions avec le public pour exprimer son sens du beau et ses émotions. J.F Koenig conjugue l’instant perçu, vécu et le modelage de son tableau par étapes : la contemplation, la prise de photographies, la recherche du dessin précis et « des bons tons », la correction de la perspective, et Jean François puise les sources d’inspiration de ses espaces graphiques et picturaux dans la nature de son île au gré de ses voyages (Cap Malheureux, Eau-Bouillie, le Morne, le Pain de Sucre, Contre-jour à Shanghai…). Ce sont peut-être ces lieux qu’il faut interroger pour comprendre l’essence de son art. L’originalité de sa vision vient du constat qu’il fait : « L’art enrichit la vie ». Le peintre peut rendre les gens attentifs aux détails, aux lieux reculés, dit-il. « Chacun a en soi un potentiel artistique… il faut prendre le temps de regarder, de chercher la manière dont la lumière informe les objets… »
Le travail de ce peintre mauricien est précédé de photographies prises sur le lieu, de dessins préparatoires. Il y a aussi quelques toiles peintes sur place en l’espace d’une heure, fabuleuse symphonie avec une sereine clarté s’ordonnant sur une gamme de couleurs. Tout en indiquant quelques procédés picturaux susceptibles d’élargir notre champ de vision (le lien entre architecture, sculpture, peinture), J.F Koenig met en garde contre toutes les systématisations trop intellectuelles. Le peintre ne doit pas s’éloigner de son sujet, mais l’étudier sous divers angles de vue pour en restituer la beauté. Attentif au creux, aux replis, aux reflets selon les variations horaires, ce peintre a un sens aigu des nuances. Ses bleus sont d’une grande intensité, le rouge est d’une vibration étonnante. Mais la réalisation des sensations peut être longue. Un même sujet peut l’occuper pendant des mois. De ses voyages, J.F Koenig ramène des images d’édifices à la volumétrie simple, où le verre domine (Ginza-Tokyo). On sait qu’il est aussi architecte, au langage moderne. Mais l`expression du peintre réside essentiellement dans la composition du tableau, la manière d`agencer les divers éléments dont il dispose et qui joueront un rôle primaire ou secondaire. Les investigations visuelles de J.F Koenig ou son approche de l`art à travers la visite de musées ou la lecture de livres consacrés aux maîtres du classique lui permettent de multiplier les points de vue, de diffuser ou multiplier le jeu des lumières sur une surface à l’instar d’un Michel-Ange. Mais il vaut mieux aller voir le renouveau ou la continuité dans l’espace de représentation ou de réinterprétation de Jean François Koenig de 8h à 23h au Hennessy Park Hotel, Ebène jusqu’au 6 août. Ce qui pourrait déclencher sur un plus grand nombre, des souvenirs, des réminiscences, de nouvelles formes…