Le photographe français Jacques Chatelain expose une série de photographies qu’il a prises à Rodrigues en 2010 et 2011 dans le cadre de la réalisation d’un ouvrage sur l’île avec la journaliste Anne Debever. L’exposition, qui s’est ouverte samedi au musée de Port-Louis, se tiendra jusqu’au 10 octobre. Par ailleurs, l’ouvrage Rodrigues Intimes a été officiellement lancé jeudi soir à la librairie L’Atelier, rue St-Louis, à Port-Louis.
Des vêtements étendus sur des branches d’un énorme flamboyant, des magnifiques plages de sable blanc, un sous-bois à l’intérieur de l’île, un festival de régates, des agriculteurs aux champs, des portraits, un cabri avec un brin d’herbe au coin de la gueule, des bicoques en tôle et des cases créoles, des instantanés pris à la volée… En tout, ce sont une trentaine de photographies plongeant le visiteur dans l’intimité de Rodrigues que donne à voir Jacques Chatelain pendant une semaine. Cette exposition s’articule autour du lancement du livre Rodrigues intimes et reprend d’ailleurs une bonne partie des photos illustrant le livre. Des photos qui, selon le photographe, illustrent chaque rencontre, chaque interview qu’a réalisée son amie Anne Debever.
Tous deux se sont rencontrés au sein du Club audiovisuel de Paris. « Cela faisait dix ans qu’elle venait à Rodrigues et elle me parlait toujours de cette île. Comme cela me plaisait, je lui ai dit que je souhaiterai bien visiter Rodrigues un hiver. C’est ainsi qu’en 2010, lorsqu’elle a décidé de partir, je lui ai proposé de l’accompagner. Elle m’a alors dit que cela tombait bien car elle avait un projet : l’écriture d’un livre sur Rodrigues. Elle m’a donc demandé de prendre des photos pour l’illustrer. C’est ainsi que nous sommes venus à Rodrigues, pour la première fois, pendant trois mois, durant la période hivernale en France, soit entre novembre et janvier. Durant ce premier séjour, nous pensions pouvoir avoir toutes les photos et les interviews nécessaires pour la réalisation du projet, mais il s’est avéré que ce délai serait un peu court pour réaliser ce travail. Aussi sommes-nous revenus en hiver 2011. »
Jacques Chatelain assistait Anne Debever dans son travail et c’est avec beaucoup de bonheurs qu’il découvrait Rodrigues à travers les rencontres. « Je ne connaissais personne. Anne en connaissait quelques-uns car elle venait dans l’île depuis 10 ans. Les gens nous ont bien accueillis et se sont livrés à nous en toute confiance, ce qui est important pour faire un bon  travail ». Anne Debever reprend : « Comme on dit, on met un peu de miel au milieu et les abeilles viennent d’elles-mêmes. » Jacques Chatelain prenait ainsi des photos pendant ces rencontres, mais aussi en dehors de ce cadre. « Je prenais rendez-vous avec les gens pour les photographier sur leurs lieux d’activités. De temps en temps, je partais aussi en dehors de ces rendez-vous pour faire des photos instantanées. » Étant très matinal, il prenait souvent l’autobus « vers 5h, 5h30 », dit-il, « pour aller sur la montagne et redescendre ensuite à pied jusqu’à la côte ». Lors de ses périples, profitant de la lumière du matin, il faisait alors des photos. « La lumière est très importante. C’est pour cela que je partais aussi tôt, car il y a à ce moment de la journée une belle lumière. Ce qui me facilitait beaucoup le travail à Rodrigues, ce sont les nuages. Il y en a beaucoup qui passent et cela donne un beau relief au paysage. La lumière fait aussi partie du décor qui change. Ainsi, on peut prendre deux photos ou même plus en 5 minutes d’intervalle. À midi, le soleil est au zénith et écrase le sujet », avance-t-il.
En 2012 et 2013, les deux amis travaillent sur la composition du livre avec les textes et les photos. « Anne a revu les interviews tout en respectant la parole des intervenantes tandis que je regardais les photos qui pouvaient correspondre à chaque portrait et aux autres textes », dit-il. Âgé aujourd’hui de 73 ans, Jacques Chatelain a commencé la photographie à l’adolescence. « J’ai commencé comme apprenti à 15 ans. » À 19 ans, il se joint à l’armée française pour son service militaire. Il est affecté pendant 28 mois en Algérie. Loin des siens, cette période était relativement dure pour lui, mais aujourd’hui, il affirme que c’est cela qui a déclenché en lui « le goût de l’ailleurs et de connaître d’autres modes de vie et de cultures ». Et à chaque voyage, dit-il, « je suis bien accueilli par les gens ». Jacques Chatelain, qui pratiquait le kayak avec son père durant les vacances, reprend cette activité à son retour en France. Il fera Ibiza, la Turquie, la Corse, la Grèce, la Nouvelle Calédonie, les Philippines… et Maurice, il y a 20 ans, en kayak. « Je connaissais l’île Maurice mais par la mer », dit-il.
Jacques Chatelain a développé un goût pour les pays tropicaux alors qu’il travaillait comme photographe industriel pour un centre technique forestier tropical employant une centaine de personnes. « Les ingénieurs forestiers partaient dans les pays tropicaux et ramenaient des photos sur lesquelles on travaillait au centre technique. Je voyais ces photos et elles ont éveillé en moi l’envie d’aller voir ces pays. » C’est ainsi qu’il fit son premier voyage en Guadeloupe. Et bien plus tard, à Maurice.
Après Maurice, l’exposition sera présentée à Rodrigues, du 11 au 17 octobre. Quant au livre Rodrigues intimes, il est disponible à la librairie L’Atelier.