Christian Bossu-Picat, ancien reporter et photographe établi à Maurice depuis plus d’une vingtaine d’années, utilise les codes de la photographie pour aller vers un travail plastique. Il voit dans le numérique un support pour magnifier ses images et se rapprocher de la peinture vers laquelle il a toujours été attiré. Essentiellement consacrées à Maurice, ses récentes images entre photogrphie et peinture forment un témoignage très intime de l’auteur sur ces petites choses qu’on ne remarque pas forcément. 25 « peintographies » sont exposées jusqu’au 29 novembre à l’Atelier, Port-Louis, sous le thème Diversion. Une démarche photographique inédite et une expérience qui lui impose de rendre compte de son rapport au monde très intime aussi. 25 images dont la beauté flirte avec la pureté et témoignent d’une sensibilité forgée par la grande culture de l’image de Bossu-Picat. Un exemple à suivre pour la génération montante de photographes.
Après avoir abordé des problématiques ouvertes aux reporters (to report en anglais, relater) dans son pays natal en France où il s’engage dans différentes missions à partir de 1965, en Guyane française d’abord, ensuite en intégrant l’équipe des photographes officiels du Comité Olympique pour les Jeux d’Hiver de 1968 à Grenoble, Christian Bossu-Pica commence, on peut dire, par le documentaire. Avec ce que cela comporte dans son sens commun de ce qui sert à instruire, à informer… Bossu-Picat est entré dans des secteurs dynamiques et a exploré de nombreuses pistes. Christian a élargi son champ d’intervention et fait se rencontrer le monde du reportage et celui de la création. Mais il a toujours affirmé son attachement au réel tout en relatant des récits. Ses projets lui ont valu des prix : Prix de la Fondation de la Vocation Marcel Bleustein-Blanchet en 1972, Promotion Pierre Lazareff, fondateur de France Soir et de 5 Colonnes à la Une (dans la catégorie reportage televisé). A son actif des expositions photos : L’espace Cardin et la galerie Ulysse à Paris.
Si la qualité d’éclairage, le cadrage, le sens de la composition, le graphisme, entre autres, sont pour lui des valeurs fondamentales, Christian Bossu-Picat a développé une culture photographique pour tous allant du tourisme, de la gastronomie et de la photographie aérienne. Après un temps de tatônnement (2 ans), l’auteur tente de creuser ses propres impasses et aller dans d’autres perspectives tout en restant dans l’engagement absolu. Dans son nouveau travail, il utilise la photographie comme base pour reconstruire des situations de vie, des rencontres. Son exposition à l’Atelier répond à la nécessité d’articuler un regard, de structurer un effort : »Au depart, il fallait trouver des détails, des choses qu’on ne remarque pas forcément, ensuite aller vers des gros plans, recadrer… », dit-il. Ce déplacement des structures du métier vers des formes expressives et des enjeux de l’art contemporain est volontaire. C’est la peinture qui donne cette fois à la photographie une reconnaissance. Le passage de la photo à la cimaise du lieu d’exposition témoigne aussi d’une sensibilité de l’époque actuelle : nous avons besoin de regarder l’image sur un autre registre, rare, valorisant des formes abstraites ou des sujets figuratifs. C’est dans ce genre d’expérience qu’une mutation s’opère et qu’on arrive à croire dans l’identité du photographe. Quand Christian Bossu-Picat dit qu’il se sert de ses outils pour un autre traitement de l’image décorative ou abstraite, on le croit. La technique consiste à produire des effets de « peinture » en fouillant dans les couleurs, le vaporeux, le graphisme. Il ne reste que 30 % de photographie environ dans le travail final, nous dit-il. Une autre page s’ouvre dans l’inventaire visuel de l’auteur: la volonté de montrer des images, de relater, avec les outils d’aujourd’hui. Chaque image ne racontant pas un fait précis mais mises bout à bout, elles forment un ensemble.