Le plasticien Firoz Ghanty nous a habitués ces six derniers mois à ses « ruptures » et à une minutieuse déconstruction. Il débouche aujourd’hui sur « l’action ordonnée vers un objectif », soit la praxis (prakzis en kreol). Le public est ainsi invité durant tout le mois d’août à la Galerie Le Consulat à Port-Louis, à venir rôder dans les méandres endocriniens du chercheur Ghanty. Et d’oublier le connu…
À la Galerie Le Consultat, situé à rue St-Georges, Port-Louis, la démarche “gantiesque” s’enchevêtre. L’on se rend vite compte que Firoz Ghanty a « travaillé, travaillé, travaillé » cette année. Le plasticien a aussi beaucoup cherché, à sa manière « pour trouver des vérités ». Il constate ainsi avoir « fouillé sa tombe ». Morbide ? Sombre ? Ce seraient des adjectifs réducteurs.
Quand on est comme cet artiste, « par-delà le nihilisme », on sait « se dépouiller de certaines références ». Celles-là mêmes qui diraient que ceci est « beau » et cela « horrible ». Mais comment s’y retrouver ? L’on y arrive… La Galerie Le Consulat, son « asile », offre à Firoz Ghanty l’opportunité de détailler sa progression. En témoignent les trois volets de son récent travail : Ruptures, Ruptures (Suite) et Prakzis – le point culminant, le changement tangentiel, le degré zéro, la nouvelle origine.
Dans Ruptures, démarquer l’avant de l’après et rester dans cet instant suspendu. La « résolution d’une contradiction antagoniste », voire une tranche d’absurde. Et dans sa (Suite), perpétuer ce rappel catégorique des choses. « Il n’y a de raison à rien », tout un « raisonnement arrivé à deux certitudes : l’art et la mort », d’une vision où l’on « vient du néant et on répart au néant ». Un brin fataliste ? Peut-être, mais pas comme un cri désespéré dans la nuit, juste une contemplation de l’absence, une révolte amadouée ; le terrain est alors préparé.
Le troisième volet vient, lui, se greffer à ce « rien » de rigueur, tout en cohérence. « Ruptures » (novembre 2011) et « … Suite » (juin 2012) doivent « ouvrir sur d’autres perspectives » pour accomplir leur sens. Prakzis donne ainsi du relief au « Tout » – que l’on pourrait dire « oxymorique » – de Firoz Ghanty.
Neuf
La Praxis est « l’outil d’analyse et d’action, vérifié par l’historicité de l’oeuvre ». « Prakzis est ce qui découle d’une transition longue qui se projette dans une période nouvelle en affirmant se départir de la partie connue de l’oeuvre », souligne l’artiste. Et Prakzis parvient à extirper le curieux rôdeur qui transite par les univers Ruptures et Suite…
Un fort contenu philosophique transpire de l’oeuvre. S’il est de plus en plus vérifié dans l’anthropologie que plus on connaît moins l’on sait (moins on a de certitudes), quitter le connu par l’intermédiaire d’une prakzis permettrait-il de caresser la certitude ? Firoz Ghanty paraît idéalement confronté à ses certitudes glanées le long du chemin de son espèce, au cours de sa « fouille », de son archéologie dialectique. Le plasticien traduit l’impression de “savoir”. Sait-il ? Il avouera bien être persuadé de certaines choses : l’art, la mort, notamment. Mais on n’y sent plus l’amertume.
Prakzis est ainsi l’illustration de la quiétude qui semble gagner Firoz Ghanty. Sans doute la satisfaction d’avoir atteint le seuil d’une rare maturité ! Et de rompre avec Ruptures. L’artiste explique : « Il m’a fallu revenir dedans pour revenir plus haut ». Et de déroger à sa règle des couleurs plus terreuses. La palette connaît une variation. Oui, toujours de l’ocre, de l’or, du gris, du noir. Mais également, laisser sa liberté au blanc, au vide, au bleu plus « aérien » comme dans Crécerelles Blanches, Nuit Close ou Trois Hibiscus Blanc.
On y décèlerait presque un certain optimisme. Toujours nuancé. Mais la sérénité qui s’y dégage ouvrirait, semble-t-il, sur des jours heureux. La possibilité d’une joie ? Malgré le néant ambiant auquel tente inlassablement de nous habituer Ghanty…
Quête
La charge ésotérique – kabbale, talismans, cercles, quadratures diverses, triangulaires – illustre la dimension « tricéphale » de l’oeuvre de Firoz Ghanty. Signe, symbole, archétype. On sent ce retour vers le patrimoine comme réflexe. L’artiste avoue lui-même ce besoin presque névrosé de « faire des cercles ». La forme le complète, vraisemblablement. S’y complaît-il ? Il n’en reste pas moins que son art persiste à s’exprimer comme un besoin viscéral dont il dira : « J’ai ce côté chevalier prussien blessé qui gît sur le sol, remet de la poudre sur sa plaie, la lèche, se relève et repart au combat. »
De quel combat parle-t-on ? De celui de la vie… Oui, mais cela ferait cliché. De quête… cliché aussi. Mais de citer ces mots définis par la graphie saccadée caractéristique du peintre que l’on retrouve dans Nuit Close : « Je suis le noyé des eaux primales, une cicatrice effacée sur le ventre de ma mère. » Firoz Ghanty détaille le cri primal. Voilà son retour.
Firoz Ghanty expose à la Galerie Le Consulat durant tout le mois d’août. Le public pourra découvrir ses travaux du lundi au dimanche de 11 h à 18 h.