Quand une jeune artiste interpelle un artiste installé à voir son travail dans le but de recueillir son opinion, elle ignore qu’elle plonge ce dernier dans un état d’angoisse et d’appréhension terrible, parce qu’il ne sait pas à quoi il sera confronté. Si c’est pauvre, il est mortifié parce qu’il ne saura pas trouver les mots appropriés, ceux qui ne blessent pas. Si au contraire il découvre une création authentique et pertinente, il est sauvé. Telles furent les conditions de la première rencontre avec le travail d’Aude Gooly. Dès les premières pièces ce fut l’immersion totale dans son Univers et le soulagement face à un travail bien assis dans une Manière, un Style et un Vocabulaire déjà façonnés par un Imaginaire puissant et fertile, une Pensée capable de dire sa Vérité au Monde. Quelque temps plus tard, elle était au Coeur d’un trio pour l’aventure de sa première exposition, « 3G à GB », entre le plasticien Ismet Ganti et l’auteur de ces lignes, témoin privilégié de son cheminement durant ces quinze dernières années.
Depuis cette première rencontre, Aude a montré son travail à Maurice, bien sûr, où elle a fait souche, puis en sa Terre Natale, la France, ensuite à Papeete et aujourd’hui à Singapour. L’un des fondements de son travail, qui le constitue peut-être, réside dans ses Origines, son Vécu dans des pays différents, ses Pérégrinations et ses Voyages. Elle crée une autre Dimension dans ce qu’elle rend, qu’elle modèle de sa rencontre avec l’Autre, avec les Autres autres.
Aude Gooly énonce une Poétique de l’Image, libre des cartels académiques, des tendances, des modes, mais elle est pourtant tout à fait présente à l’Art Contemporain par sa Liberté à inventer un Langage Esthétique, une Gestuelle délestée des contraintes, même si on pourrait parfois voir une parenté à la Figuration Libre, à l’Art Brut, … et à la Bande Dessinée, l’autre Corde de son Arc. Il n’est pas anodin de retrouver à cette exposition l’eau et les couleurs, quand nous connaissons la passion que porte Aude à l’oeuvre de Friedensreich Hundertwasser. Elle invente une Ecriture Plastique qui rappelle les Miniatures Orientales et Persanes revisitées, par son traitement de la perspective, des couleurs franches, ses traits et contours qui renvoient au Khôl-Khajal, au Sûrma, le fard envoûtant des femmes orientales pour souligner le Regard.
L’aspect direct et frontal de son travail, où le Regardeur inattentif pourrait s’arrêter à une lecture au premier degré, est trompeur parce qu’en fait s’y réfugie un foisonnement de détails qui parsèment l’ensemble. Un vrai travail d’artisan méticuleux et assidu.
La présente exposition, intitulée « La Piscine », avec ses éléments géométriques répétitifs, souci du détail et du fignolage, font penser aux Céramiques du Maghreb, aux motifs colorés d’Antonio Gaudí. Cette thématique parle surtout d’Eau et la tentation est forte à voir non pas seulement ce corps liquide et transparent dont les molécules sont formées de deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène mais cette Eau associée au Symbolisme du Chaos Originel, les Eaux Primordiales, les Eaux de Jouvence, les Eaux Mercurielles de l’Hermétisme, la Matrice Universelle, les Ablutions Rituelles, l’Eau Baptismale, le liquide amniotique… la part féminine de l’Inconscient.
Aude Gooly est Peintre et Plasticienne, mais elle est surtout un Etre Sensible, c’est-à-dire Esprit ouvert sur autre chose que la matière malléable, cette Chose qui est le Visible de la Matière Inconsciente de l’Art. En cela, elle trouve sa Voie d’Equilibre. Chaque pièce offre une Composition finie, harmonieuse et équilibrée comme la Balance dont la correspondance dans le Tarot de Marseille est la VIIIe Lame, La Justice, des Arcanes Majeures.
« La Piscine » est la Pavane d’Aude Gooly au Bleu dans ses Nuances, ses Subtilités et parfois ses Outrances Lyriques et Lustrales.