“La décision du Conseil des ministres annoncée le 15 janvier dernier d’interdire l’exportation de vieillies ferrailles affecte plus de 2000 foyers et favoriserait un seul commerçant, ex-ministre du PTr, revenu dans les bons papiers du gouvernement actuel”. C’est ce que dénonce la nouvellement créée Scrap Metal Workers’ Association (SMWA) qui, réunissant les scrap metal collectors, transporteurs, dealers et exportateurs au Rabita Hall mercredi dernier, a exprimé ses craintes face à l’avenir menacée de quelque 2000 familles.
Devant ce qu’ils estiment une situation de monopole, les membres de cette association, par le biais de leur avocat, Me Rama Valayden, ont fait parvenir, jeudi, à la suite d’une rencontre avec le ministre du Commerce, une lettre à Ashit Gunga demandant au gouvernement de revoir les règlements. La SMWA réclame que la récente décision relative au scrap metal soit gelée et qu’un comité soit institué en vue d’établir des solutions pour ce secteur d’activité.
Pour la SMWA, la décision “unilatérale” du Conseil des ministres d’interdire l’exportation de vieilles ferrailles crée une situation de monopole favorisant désormais la compagnie Samlo, qui appartient à Mahen Gowressoo, qui serait devenu un proche du gouvernement actuel. Les membres de la SMWA soutiennent que si le prix de vente de vieilles ferrailles est aligné sur le tarif en vigueur sur le marché international, Samlo à lui seul ne pourra absorber l’ensemble des métaux.
Ce qui aura pour conséquence une chute de prix déjà observée, disent-ils. Ils rappellent en outre que la compagnie Samlo a déjà fait l’objet d’une Prohibition Notice. “Si jamais cela se reproduit, quelles sont les garanties que nous pouvons offrir à nos clients internationaux ?” se demandent les exportateurs, qui soutiennent que la réputation de Maurice est aussi en jeu.
Leur gagnepain est en danger
Selon leurs informations, à ce jour, ce secteur générerait un chiffre d’affaires de Rs 300 millions avec quelque 2 000 emplois directs, soit 2 000 familles qui vivent de vieillies ferrailles. Ils déplorent qu’aujourd’hui leur gagne-pain est en danger. La raison selon laquelle cette décision gouvernementale vise à stopper le vol et la vente de métal, en l’occurrence du cuivre, dont récemment sur les réseaux du CEB et de Mauritius Telecom, n’est pas justifiée. “Éna 2 000 employés dans sa secteur-la. Nou éna enn bizness et nou enregistrer. Zot pé rass nou boussé manzé”.
P.G., âgée de 50 ans, explique qu’elle est dans le secteur depuis six ans. Elle a créé avec son époux une petite entreprise qui achète et vend de la vieille ferraille, et emploie deux autres personnes. “Nou enn bizness bien organisé. Nou fi nn investi dans enn camion, dimoun téléphone nou, dir nou zot éena feray kot zot. Nou pa rent dans lakour dimounn pou kokin. Nou pran rendez-vous, nou fer nou planning et nou ale l’endroit par l’endroit. Nou travay structuré, nou pa voler, nou honnet”. Cette habitante de La Tour Koenig dit craindre pour l’avenir de sa famille. Avec deux enfants scolarisés, elle se demande comment elle survivra car la décision du Conseil des ministres a signé l’arrêt de mort de son business.
Les membres de la SMWA, dans leur lettre adressée au ministre Gunga, demandent au gouvernement de revoir ses règlements. Selon Me Rama Valayden, Ashit Gunga, qui a eu une oreille attentive aux doléances des membres de la SMWA, a promis de présenter les griefs de l’association au Conseil des ministres.
La SMWA, qui réclame par la même occasion l’institution urgente d’un comité consultatif pour se pencher sur les solutions aux problèmes du secteur, se dit suspendue à une éventuelle décision du Cabinet. Elle dit compter sur “le bon sens du Premier ministre”, espérant que “pa pou mett ankor 2 000 chômeurs lor koltar !”