Damien DEROUBAIX (on pourra s’entendre sur ce profil) habite Meisenthal à la frontière franco-allemande. Il est passé par une école de beaux arts à Saint-Etienne, France et Karlsruhe, Allemagne et a fréquenté les musées, dit-il. C’est un artiste dont le travail a tenu ses promesses si l’on se réfère à ses expositions et aux 7 catalogues monographiques qui lui sont consacrés. Il fait figure de celui qui vient bousculer l’ordre établi, renouvelle la situation artistique; “Il faut tout casser pour recommencer…” dit-il en entretien. Il nous semble qu’il y parvient à force de dynamisme, d’esprit inventif ou de contradiction. Damien Deroubaix a été en résidence pendant un mois à Flic-en-Flac, à Maurice, à l’initiative de l’IfM. Un temps de réflexion pendant lequel il a tenté de faire le point sur son travail ces dix dernières années. La résidence mauricienne de l’artiste a aussi abouti à une exposition inédite « Best Of – Part 1 » (du 7 février au 7 mars à l’IFM), spécialement créée pour Maurice, nous dit-on. Il s’agit d’une 20e de dessins sur papier japon, deux huiles sur toile et un panneau de bois gravé, pièce majeure de cette exposition. Il faut préciser que la plupart des oeuvres de Damien Deroubaix “étant en grand format et exposées dans des musées du monde entier (le Centre Pompidou, à New York, en Suisse etc.)”, ce dernier a tenté un véritable pari : faire des dessins d’après les peintures les plus représentatives de son style et de sa technique. Il faut ajouter que l’artiste avait eu une certaine visibilité grâce à la galeriste Eva Hober qui lui a permis de figurer dans une certaine scène de la peinture figurative en France en participant à l’exposition La Belle Peinture 2 à Phoenix Les Halles. Aujourd’hui, l’artiste suit les étapes de la réalisation et de la communication de son exposition à Maurice, choisit de se faire discret, de ne montrer que son travail. Il prend comme objet thématique la société dans laquelle l’on vit et sur laquelle il jette une regard critique. “… On vit dans un monde violent où les utopies sont cassées… l’ultracapitalisme a pour moyen de propager des images de la propagande, la publicité…” déclare l’artiste et d’ajouter qu’il s’est servi des armes de cette société, par montage et par collage pour “faire sortir le sens” dans l’oeuvre gravée, peinte ou sculptée. Laissons encore Damien Deroubaix nous révéler, selon lui, ce qui se joue d’essentiel dans sa démarche :
“ … ce que je représente, c’est tout ce qui opprime l’homme… le fait de dévoiler, c’est peut-être un acte politique : dire et montrer…!” Dire et montrer, lever le voile sur la société avec l’espoir de changer le monde. Soulevant le voile qui masque la texture de la société, il nous entraîne dans une sorte de no man’s land. Et si c’était pour redonner à la peinture réaliste une autre ambition visuelle, une idéologie qui ferait la part belle à la décroissance, la réduction de la pollution, la pensée collective, par exemple. Faire des oeuvres où l’on met de la pensée… dit-il. Mais une fois terminée l’oeuvre vit toute seule. Damien Deroubaix sonde la violence de la société dans une logique frontale en empruntant la plupart de ses images aux livres, à la presse, à la pub, à l’histoire de l’art. Il emprunte ces images, les assemble et en fait un monde. “C’est du montage comme au cinéma…”, dit-il. Il emploie parfois des images du passé (la période de la Renaissance) pour parler du monde actuel. Ses sources d’inspiration proviennent aussi des cultures populaires de différents mondes. On l’a souvent dit, ce monde fabriqué par l’artiste est noir, apocalyptique, peuplé de créatures monstrueuses. Damien Deroubaix déclare que pour montrer la vanité de la société capitaliste il a préféré passer par des métaphores d’animaux, d’où cette imagerie qui peut dérouter certains. Cet abandon à la violence et à la monstruosité qui outrepassent la bienséance secoue définitivement les bases de notre rapport au monde. Crise et création.