En nous approchant de ces 59 céramiques exposées à la galerie Imaaya, Pointe-aux-Canonniers jusqu’au 26 avril, on se rassure : ce sont bien des plaques et des vases décorées. Un grésillement visuel complique la description picturale, rappelant la décomposition des images. Marie Rogers s’explique : « Les engobes, les émaux d’ordre minéral et la terre produisent au travers du feu des craquements, des fractures, des éclatements et aussi des phénomènes de couleur, de luminosités inattendues. Les émaux dominent la terre qui à eux deux deviennent peinture, sculpture ou toute autre forme plastique… » L’artiste procède par la déformation. Sa touche particulière annonce l’affirmation d’un style qui se définit par l’instinct. Sa main, tel un sismographe, travaille l’argile. Il fallait, dit-elle, « apprivoiser cette endémique, tenter de lui faire dire ce qui est inscrit dans sa sédimentation qui date de plus de 400 millions d’années… » Marie Rogers a recueilli l’argile de Terre Rouge, a mixé les émaux et engobes dans un ordre mystérieux. Avec talent elle est passée du visible au sensible et a développé des oeuvres racontant l’éternelle histoire de l’univers. Les émotions, les sensations qui traversent ses sculptures sont en prise avec le corps ou bien avec la puissance de la nature. Marie déclare qu’elle a cherché à reproduire les effets de la croûte terrestre, de la sècheresse des déserts. Elle s’inspire de la nature mais les formes créées sont elles-mêmes intemporelles. L’artiste se sent proche des premiers moyens des premiers humains pour entrer en relation avec les puissances de l’univers. Le poids de la matière, de la terre nue est immense. Il y a aussi l’interaction avec l’air et le feu et les énigmes minérales.
Chez Marie Rogers, la terre est le réceptacle d’une autre terre.